​Mort de Séné Diallo : le vibrant témoignage de Lansana Traoré à son « frère » et mentor

La disparition tragique d’Aboubacar Diallo, plus connu sous le pseudonyme de Séné figure incontournable du journalisme et de l’animation culturelle en Guinée.  continue de secouer le monde artistique et médiatique du pays. Profondément marqué par ce deuil, Lansana Traoré, responsable de la communication au ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, livre un vibrant témoignage à la mémoire de celui qu’il considère bien plus qu’un confrère : un mentor, un frère et une véritable institution culturelle. L’annonce de la mort de Séné a provoqué une onde de choc immédiate chez ses proches.

Pour Lansana Traoré, le pays ne perd pas seulement un talent, mais un pan entier de son identité culturelle.

« On perd un frère, on perd un ami. La Guinée perd une grande personnalité en termes de culture. Parce que Séné, c’est toute une institution », confie-t-il, ému.

Au-delà de son parcours de journaliste, l’empreinte de Séné s’est ancrée dans le quotidien des Guinéens grâce à sa voix unique, immédiatement identifiable, qui a habillé de nombreuses campagnes publicitaires et productions sonores de référence. Les souvenirs de Lansana Traoré ramènent au début des années 2000. Jeune étudiant évoluant alors dans l’univers underground du DJing et des soirées musicales, il croise la route de Séné, dont l’influence sera décisive.

Un tournant marquant s’opère lors de la première édition d’un festival de rap organisé par Kill point Productions. Séné, agissant comme le maître de cérémonie principal de l’événement, pousse ces jeunes animateurs de clubs à sortir de leur zone de confort pour monter sur les grands podiums et présenter les artistes.

« Il nous a dit : écoutez les gars, aujourd’hui, vous allez tous sortir de vos clubs pour être des présentateurs de spectacles », se rappelle M. Traoré.

Cette impulsion ins insuffle une nouvelle dynamique à toute une génération. Ateliers d’écriture, conseils sur la diction, préparation de textes et partage de grandes scènes : Séné a constamment veillé à encourager et professionnaliser ses cadets.

Loin des projecteurs, c’est l’immense humanité de l’homme qui laisse un vide immense. Chaleureux et doté d’un humour communicatif, Séné savait illuminer chaque pièce où il entrait.

« Dès qu’il pointait seulement sa tête, c’était le show qui commençait. Tout le monde était souriant parce qu’il trouvait toujours une histoire pour faire rire tout le monde », se souvient son ami.

Malgré des conditions de vie modestes à ses débuts, notamment dans sa chambre de Dixinn au début des années 2000, Séné a toujours fait preuve d’une générosité sans faille, partageant le peu qu’il avait avec simplicité, sans la moindre once de prétention malgré son statut d’avance dans le milieu. Une élégance de cœur rare : réussir sans jamais oublier les autres.

Lorsque le paysage audiovisuel guinéen a commencé à s’ouvrir et à se structurer, Séné a incité son entourage à franchir le pas, les poussant à postuler dans les jeunes stations de radio pour embrasser de véritables carrières médiatiques. Par cette vision, il s’est affirmé non seulement comme un animateur d’exception, mais surtout comme un conseiller et un passeur de flambeau.

Aujourd’hui, la douleur de la perte le dispute à la fierté du chemin parcouru. En saluant la mémoire de ce pilier de la culture guinéenne, Lansana Traoré conclut avec émotion

« Je suis vraiment éprouvé par cette disparition. Je ne sais quoi dire, mais je pense que là où il est aujourd’hui, il doit être fier de lui. Que son âme repose en paix. »

La voix de Séné s’est certes éteinte, mais l’empreinte indélébile qu’il a laissée dans les cœurs et les esprits continuera de résonner à travers les générations qu’il a inspirées et élevées.

 

 

 

Par Rama fils, pour Lerenifleur224.com