Décès d’Aboubacar Séné Diallo : la presse guinéenne rend un vibrant hommage à une figure de l’animation culturelle
La presse guinéenne et le monde culturel sont en deuil. Aboubacar Séné Diallo, célèbre journaliste et animateur culturel, est décédé dans la nuit du dimanche au lundi 26 octobre 2026. Quelques heures après l’annonce de sa disparition, parents, amis, confrères, artistes et personnalités publiques se sont retrouvés dans l’après-midi à l’hôpital sino-guinéen pour lui rendre un dernier hommage à l’occasion d’un symposium empreint d’émotion.
À travers plusieurs témoignages, les intervenants ont évoqué le parcours professionnel du défunt, son engagement en faveur de la culture guinéenne, sa générosité ainsi que ses qualités humaines. Tous ont salué la mémoire d’un homme qui a consacré une grande partie de sa vie à donner la parole aux autres et à promouvoir les artistes du pays.
Prenant la parole en tant que petite sœur et protégée du défunt, Patricia Adeline Lamah a livré un témoignage chargé d’émotion. Elle a décrit un homme protecteur, toujours présent à ses côtés et soucieux du bien-être de son entourage.

« C’est quelqu’un qui m’a toujours protégée, qui m’a toujours accompagnée. Quelle que soit la destination que je prends, il est toujours là avec moi », a-t-elle confié.
Au-delà de leur relation personnelle, elle a souligné la capacité de Séné Diallo à créer des liens particuliers avec les personnes qu’il côtoyait et à contribuer à leur épanouissement.
« S’il y avait une relation particulière avec chacun, c’était une lumière pour tout le monde. Mais avant tout, c’était un humain, quelqu’un qui aimait les gens et qui aimait élever les gens », a-t-elle déclaré.
Dans son intervention, Patricia Adeline Lamah a également lancé un appel à la solidarité envers les enfants du défunt, rappelant l’amour qu’il leur portait et la place essentielle qu’ils occupaient dans sa vie.
« Je voudrais vous dire de ne pas oublier ses enfants, parce qu’on savait que c’était un bon papa qui adorait ses enfants. Il part aujourd’hui, mais il a laissé ses représentants, qui sont ses enfants. Nous ne les oublions surtout pas », a-t-elle insisté.
Elle a terminé son témoignage par une prière, souhaitant que le défunt continue de répandre l’amour et la joie là où il se trouve désormais, avant de demander à Dieu de lui accorder le repos éternel.
Présent sur les lieux , l’ancien ministre Fodéba Isto Keira a, pour sa part, rappelé les circonstances dans lesquelles il a connu Aboubacar Séné Diallo, au début des années 2000. Présenté par Malick Kébé, le jeune animateur avait été sollicité pour assurer la présentation de spectacles de musique urbaine organisés par l’ancien ministre, alors très actif dans le milieu culturel. Ému par cette disparition, Fodéba Isto Keira a souligné le rôle joué par Séné Diallo dans le développement de l’animation culturelle et dans l’émergence d’une nouvelle génération de journalistes et d’animateurs.
Il a notamment rappelé que plusieurs jeunes professionnels, dont Mohamed Bangoura, récemment promu à la tête de l’Office guinéen de publicité, avaient évolué dans un environnement où les anciens partageaient leur expérience avec les nouvelles générations.
Pour l’ancien ministre, la forte mobilisation observée lors du symposium témoigne de l’estime dont jouissait le défunt auprès des différentes composantes de la société guinéenne.
« Malgré le temps court marquant l’annonce de son décès et la programmation de ce symposium, voyez déjà l’expression populaire à travers cette mobilisation de toutes les couches sociales de notre pays », a-t-il fait remarquer, avant d’adresser ses condoléances à la famille biologique du disparu et à l’ensemble de la presse nationale.
Fodéba Isto Keira a également invité les proches, les amis et les acteurs culturels à se mobiliser pour soutenir la famille du défunt, notamment afin de permettre à ses enfants de vivre dignement.

Le témoignage d’Ibrahima Sory Traoré proche et collaborateurs du défunt, a permis de retracer les grandes étapes du parcours personnel et professionnel d’Aboubacar Séné Diallo, depuis ses origines à Fria jusqu’à ses différentes expériences dans les médias et l’événementiel.

Fils de Mamadi Diallo et de Binta Sané, Séné Diallo a grandi à Fria, une ville à laquelle il est resté profondément attaché. Selon Ibrahima Sory Traoré, il s’était déjà distingué par son esprit de partage avant même de faire carrière derrière un micro ou sous les projecteurs. Il a notamment rappelé que le défunt enseignait bénévolement le français et les mathématiques au collège Tito, sans rien attendre en retour.
Sa carrière radiophonique a ensuite pris de l’ampleur à Nostalgie Guinée, où il a exercé pendant près de dix ans, devenant une voix familière pour des milliers d’auditeurs.

En 2011, il a été consacré meilleur animateur radio de Guinée lors des Diassa d’Or, une distinction qui, selon son ancien collaborateur, récompensait un professionnel particulièrement talentueux.
Séné Diallo s’est également investi dans l’événementiel, domaine dans lequel il a travaillé avec passion. Ibrahima Sory Traoré a évoqué leur collaboration en 2014, présentant le défunt comme son meilleur employé de l’époque.
Son parcours l’a ensuite conduit à Djoma Média, où il animait une émission consacrée à la mémoire collective et aux souvenirs des Guinéens. À travers ce programme, il faisait revivre des airs, des visages et des moments marquants du passé.
« Il était en quelque sorte le gardien de notre nostalgie collective », a résumé Ibrahima Sory Traoré.
Entre Celcom et Djoma Média, le journaliste avait également fait un passage à Guicopress, où il avait mis ses compétences au service de la communication d’entreprise. Parallèlement, avec son initiative Sénémania, il contribuait à ouvrir des scènes aux artistes guinéens, offrant à certains d’entre eux l’occasion de se faire connaître du public.
Au-delà de ses compétences professionnelles, Ibrahima Sory Traoré a décrit un homme dynamique, honnête, généreux et soucieux du travail bien fait. Il a surtout insisté sur ses qualités familiales, rappelant qu’il était un époux aimant et le père de trois enfants.
S’adressant à la famille endeuillée, il a exprimé la compassion de tous ceux qui ont connu et apprécié le journaliste, affirmant que leur douleur était également celle de milliers d’auditeurs et de personnes touchées par son parcours.
Dans une adresse poignante au disparu, il a déclaré : « Séné, tu as passé ta vie à donner la parole aux autres. Aujourd’hui, c’est nous qui parlons de toi et les mots nous manquent. Le studio est désormais silencieux, mais ta voix restera dans chacun de nos souvenirs. » a-t-il déclaré avec enthousiasme.
Il a enfin rendu hommage à Fria, la ville qui a vu grandir Séné Diallo et qui, selon lui, lui a beaucoup donné tout en recevant également de lui.
« Fria, qui t’a vu grandir, Fria, qui t’a tout donné et qui a tout reçu de toi, te dit merci. Repose en paix, guerrier. Qu’Allah t’accorde Sa miséricorde. Va en paix, mon frère ! », a-t-il conclu.
À l’issue du symposium organisé à l’hôpital sino-guinéen, la dépouille d’Aboubacar Séné Diallo a été conduite à la mosquée de Taouyah, dans le quartier où il résidait, pour les dernières prières.
Le journaliste-animateur a ensuite été inhumé aux environs de 17 heures au cimetière de Taouyah, en présence de ses proches et de ceux venus lui témoigner leur affection. Avec sa disparition, la Guinée perd une voix familière du paysage radiophonique et un acteur engagé dans la promotion de sa culture.

Repose en paix, Aboubacar Séné Diallo. Repose en paix, guerrier.
Par Amy Camara, pour lerenifleur224.com