Guinée : le gouvernement lance le projet de réhabilitation environnementale de la décharge de Dar-es-Salam.
Comme annoncé par les autorités guinéennes, la décharge de Dar-es-Salam s’apprête à connaître une transformation majeure. Le Premier ministre, Amadou Oury Bah, a présidé , ce lundi 2 novembre 2026, le lancement officiel du projet de réhabilitation environnementale et de fermeture écologique de ce site situé dans la commune de Gbéssia , sous la clairvoyance du ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara.

A cette occasion, plusieurs personnalités ont pris part à ce lancement notamment les partenaires techniques et financiers.
Cette initiative vise à mettre fin à plusieurs décennies d’exploitation de cette décharge, devenue au fil des années une source importante de pollution et de nuisances pour les populations riveraines.

Elle prévoit notamment la sécurisation du site, la réduction des risques environnementaux et sanitaires, ainsi que sa transformation progressive en un parc urbain végétalisé ouvert au public.
Prenant la parole à cette occasion, le maire de Gbéssia, Mamadou Saliou Fofana, a salué le lancement de ce projet qu’il considère comme une étape importante pour l’amélioration des conditions de vie des populations.
Il a notamment rappelé que la décharge de Dar-es-Salam constitue depuis de nombreuses années une préoccupation majeure pour les communautés riveraines, en raison de ses conséquences environnementales, sanitaires et sociales.
« Au-delà de la question des déchets, il s’agit d’un enjeu de santé publique, de dignité humaine, de préservation de l’environnement et de justice sociale envers les populations qui ont longtemps supporté les conséquences de cette situation », a-t-il souligné.
Le maire a, par ailleurs, réaffirmé la disponibilité des autorités communales à accompagner cette initiative gouvernementale, notamment à travers la sensibilisation des populations, la collaboration avec les services techniques et le suivi des actions engagées. Il a également plaidé pour des mesures d’accompagnement en faveur des communautés riveraines, particulièrement en matière de protection sanitaire et d’amélioration de leurs conditions de vie.
Le financement et la réalisation de ce projet seront assurés par Winning International Group. Le représentant de l’entreprise Sun Xiushun, dans son intervention, a exprimé la volonté du groupe de contribuer à la transformation de cet espace, en réponse à l’appel des autorités guinéennes.
Présent en Guinée depuis douze ans, le groupe a annoncé avoir décidé de financer intégralement le projet et d’en faire don au peuple guinéen. Son engagement, a-t-il précisé, repose sur le respect des normes internationales en matière d’ingénierie et de protection de l’environnement.

« Nous espérons qu’un jour, les arbres y offriront leur ombre, que les enfants pourront y jouer en toute sécurité et que les gens pourront s’y promener paisiblement. Que cette maison de la paix devienne véritablement un lieu de verdure, de vie et d’espoir », a déclaré Sun Xiushun
Par ailleurs, Sun Xiushun a également assuré que Winning International Group mobilisera son expertise et les moyens nécessaires pour conduire les travaux à leur terme et traduire ses engagements en résultats concrets.

De son côté, le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, a mis en évidence l’ampleur des conséquences environnementales de cette décharge, tout en rendant hommage aux victimes des drames survenus sur le site.
Selon les données présentées par le ministre, plus de 9 millions de mètres cubes de déchets, représentant environ 7,2 millions de tonnes, se sont accumulés sur une superficie de plus de 280 000 mètres carrés, durant près de trois décennies.
Il a également indiqué que le site aurait rejeté dans l’atmosphère environ 250 000 tonnes de méthane, soit l’équivalent de 6 millions de tonnes de CO₂. À cela s’ajoutent les risques liés aux lixiviats, ces liquides issus de la décomposition des déchets qui s’infiltrent dans les sols et peuvent atteindre les eaux souterraines ainsi que le littoral.
Sur le plan sanitaire, le ministre a estimé qu’entre 150 000 et 250 000 personnes ont vécu quotidiennement à moins de deux kilomètres de la décharge. Les fumées, les incendies, les gaz, les mouches et les rongeurs ont ainsi exposé les populations à de multiples risques sanitaires.
Pour Aboubacar Camara, la fermeture de cette décharge constitue une décision majeure dans la lutte contre l’insalubrité à Conakry.

« Dar-es-Salam était devenu une honte nationale, il faut le dire. Quels que soient les efforts consentis pour assainir Conakry, tant que cette décharge demeurait ouverte, rien n’avait d’impact. Sa fermeture n’est donc pas une opération parmi d’autres, elle est la condition de toutes les autres », a-t-il déclaré.
Concernant les travaux, le ministre a précisé que le projet prévoit la fermeture écologique de l’ensemble du site, la stabilisation du massif de déchets, sa couverture par différentes couches de protection, l’installation d’un système de drainage ainsi que le captage et le traitement des gaz. Ces interventions devraient permettre de réduire durablement les risques d’éboulement, d’incendie et de nouvelles pollutions.
À terme, le site sera transformé en un parc urbain végétalisé, accessible aux populations. Une perspective qui, selon le ministre, permettra de remplacer progressivement l’ancienne montagne de déchets par un espace de verdure et de loisirs.
Il a également insisté sur la nécessité de mettre en place un mécanisme de financement durable pour assurer toute la chaîne de gestion des déchets, allant de la précollecte à la valorisation, en passant par la collecte, le transport et le tri. Il a notamment évoqué le principe du pollueur-payeur, une contribution de salubrité et les partenariats public-privé.
Dans son discours de circonstances , le Premier ministre, Amadou Oury Bah, a indiqué que cette réhabilitation s’inscrit dans la vision du président de la République, Mamadi Doumbouya, portée par le programme de développement socio-économique durable et responsable Simandou 2040, notamment son cinquième pilier consacré à la santé et au bien-être.
Pour le chef du gouvernement, la modernisation du pays doit nécessairement se traduire par une amélioration concrète des conditions d’existence des citoyens.
« La santé et le bien-être commencent aussi par un quartier salubre, un habitat protégé et des services publics réguliers », a-t-il rappelé.
Amadou Oury Bah a également souligné que la transformation de Dar-es-Salam ne saurait être dissociée d’une réorganisation globale du système d’assainissement de la capitale. Il a ainsi insisté sur la continuité des opérations de collecte, de transport et de traitement des déchets, mais aussi sur la prévention des risques dans l’aménagement urbain et la prise en compte des alertes des populations.
Le Premier ministre a, par ailleurs, appelé les départements concernés et les autorités locales à assurer une coordination efficace et un suivi rigoureux de l’exécution du projet. Il a annoncé qu’il suivrait personnellement l’évolution des travaux, en collaboration avec le ministre de l’Assainissement et le conseiller du président de la République, Ousmane Doumbouya.
S’adressant aux habitants de Dar-es-Salam et des quartiers environnants, il a assuré que les familles dont les logements ou les moyens d’existence seraient affectés par les mesures de protection devraient bénéficier d’un accompagnement adapté de la part du gouvernement.
« Le vœu du président de la République, Mamadi Doumbouya, c’est de transformer cette plaie béante qui a endeuillé pendant des décennies et des décennies plusieurs familles guinéennes en un espace de vie, de convivialité, de loisirs, d’espoir et de meilleure santé », a-t-il affirmé.
Le ministre Aboubacar Camara a, de son côté, exprimé sa reconnaissance aux partenaires techniques et financiers, notamment l’Union européenne et Enabel, pour leur accompagnement dans le secteur de l’assainissement.

Il convient de rappeler que le 23 août dernier, un grave éboulement s’était produit sur cette même décharge de Dar-es-Salam, faisant une trentaine de morts. Cette tragédie avait une nouvelle fois mis en lumière les dangers liés à l’exploitation du site et l’urgence de trouver une solution durable à cette situation.
Avec le lancement de ce projet, les autorités guinéennes affichent leur ambition de tourner une page difficile de l’histoire de Dar-es-Salam et de faire de cet ancien dépotoir un espace de vie, de verdure et de loisirs au bénéfice des générations présentes et futures.
Par Amy Camara, pour lerenifleur224.com