WCAF 2026 : les ministres de l’Énergie et de l’Urbanisme appellent à davantage d’investissements pour accompagner Simandou 2040

À l’occasion de la première journée de la cinquième édition du Forum sur le commerce et l’investissement entre le Royaume-Uni et l’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre (WCAF), lancée ce mardi 20 octobre, les ministres de l’Énergie et de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire ont pris part à des panels consacrés aux perspectives de développement de leurs secteurs respectifs.

Face aux investisseurs et aux partenaires techniques et financiers, Laye Sékou Camara et Mohamed Lamine Sy Savané ont exposé les besoins de la Guinée et appelé à une mobilisation accrue des financements pour soutenir les ambitions du programme Simandou 2040.

Intervenant au cours des échanges, le ministre de l’Énergie, Laye Sékou Camara, a souligné le rôle stratégique du secteur énergétique dans le développement économique et industriel de la Guinée. Selon lui, cette rencontre constitue une occasion à saisir pour renforcer les partenariats et accélérer la réalisation des projets énergétiques.

« Je pense que c’est un événement important et c’est une opportunité pour la Guinée qu’il faut saisir. Et le secteur de l’énergie est au cœur du développement de notre pays. Donc, ce secteur aujourd’hui a besoin d’être boosté », a-t-il déclaré.

Le ministre a notamment regretté que l’énergie ne figure pas explicitement parmi les cinq piliers du programme Simandou 2040, alors qu’elle constitue, selon lui, une condition indispensable à la réalisation des ambitions de développement du pays.

 

« Quand vous regardez les cinq piliers de Simandou 2040, vous voyez les cinq piliers, mais vous ne voyez pas l’énergie. L’énergie, elle est incorporée dans les infrastructures. Ce que j’ai trouvé anormal, parce que tout ce que nous voulons développer, il faut de l’énergie. Donc, elle devait apparaître vraiment au grand écran du développement de Simandou », a-t-il estimé, plaidant pour que ce secteur occupe une place centrale dans la stratégie nationale de développement.

Abordant les perspectives de coopération avec les investisseurs présents au forum, Laye Sékou Camara a indiqué que plusieurs échanges avaient déjà porté sur des projets énergétiques. Il a notamment évoqué des discussions avec des partenaires, dont UKF, ainsi que le projet de la Côtière, pour lequel il espère une avancée prochaine. Il a précisé que le dossier se trouvait déjà à l’Assemblée nationale. Le ministre a également insisté sur la nécessité de consacrer une partie plus importante des financements à la production d’électricité, en complément des investissements destinés à la distribution.

 

« Avec la BAD, nous avons discuté, parce qu’elle finance beaucoup la distribution, mais nous avons demandé à la BAD aussi de financer la production, parce que tout ce que nous faisons, la demande croît et, pour satisfaire la demande, il faut de la production. S’il n’y a pas de production, on ne peut pas satisfaire la demande », a-t-il expliqué.

Selon lui, l’extension des réseaux de distribution ne saurait suffire sans une augmentation parallèle des capacités de production. Il a notamment mis en évidence les disparités d’accès à l’électricité entre les différentes régions du pays, en particulier en Haute-Guinée et en Guinée forestière, où l’approvisionnement reste limité par rapport à celui de certaines autres zones. Il a ainsi appelé à renforcer les investissements dans les infrastructures de production, en privilégiant notamment l’hydroélectricité, qui constitue la principale source de production du pays, ainsi que l’énergie solaire, dont les installations peuvent être développées dans des délais relativement courts.

Le ministre a par ailleurs évoqué les travaux en cours sur la ligne électrique Guinée-Mali, destinée à contribuer à l’approvisionnement du reste du territoire national. Il a toutefois averti que la réalisation des lignes de transport ne permettrait pas de répondre durablement aux besoins des populations sans des capacités de production suffisantes.

Au-delà de la mobilisation des financements, Laye Sékou Camara a insisté sur la nécessité de raccourcir les délais de négociation et de mise en œuvre des projets. Il a déploré la longueur des procédures, qui peuvent, selon lui, prendre jusqu’à trois ans avant d’aboutir à un accord de financement.

« Ce que nous avons demandé à ces investisseurs, c’est l’accélération dans le montage financier, parce qu’on ne peut pas aujourd’hui attendre trois ans pour pouvoir avoir les accords. Les accords, ça doit se négocier au plus en un an et, si nous avons des accords en un an, la deuxième année, on peut commencer à développer le projet », a-t-il souligné.

 

Pour le ministre, l’enjeu est de permettre à la Guinée de disposer, dans des délais raisonnables, des infrastructures énergétiques nécessaires à son industrialisation et à la satisfaction des besoins croissants de sa population.

De son côté, le ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, Mohamed Lamine Sy Savané, a mis l’accent sur le rôle du programme Simandou 2040 dans la coordination des politiques publiques et la planification du développement national.

Il a estimé que cette cinquième édition du WCAF offrait un cadre d’échanges privilégié permettant aux membres du gouvernement de présenter aux partenaires et aux investisseurs les orientations du programme, conçu pour assurer une meilleure cohérence entre les actions des différents départements ministériels.

« Cette cinquième session de WCAF Guinée a été vraiment un cadre idéal pour permettre à tous les panélistes, surtout les membres du gouvernement, d’expliquer en profondeur le programme Simandou, qui est né du projet Simandou que nous connaissons tous », a-t-il déclaré.

Selon le ministre, ce programme socio-économique vise notamment à harmoniser les interventions gouvernementales et à éviter que chaque responsable ministériel développe des projets isolés, sans lien avec les priorités nationales.

« Ce programme est conçu de telle sorte qu’aucun ministre n’a la possibilité d’initier un programme en dehors des projets qu’il souhaite réaliser conformément à ses propres ambitions », a-t-il expliqué, insistant sur la nécessité d’inscrire les initiatives sectorielles dans une vision commune.

S’agissant des priorités de son département, Mohamed Lamine Sy Savané a évoqué plusieurs réformes, notamment celles relatives au foncier communal, au Code de l’urbanisme et à la politique foncière nationale. L’objectif est, selon lui, de renforcer la transparence dans la gestion foncière et de faciliter l’accès des citoyens aux titres de propriété. Le ministre a également souligné l’importance de mieux encadrer l’occupation des sols et de promouvoir un aménagement urbain maîtrisé, capable de prévenir la prolifération des bidonvilles, les inondations et les éboulements. Ces enjeux concernent aussi bien Conakry que les villes de l’intérieur du pays, où la maîtrise de l’urbanisation demeure essentielle à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Dans cette perspective, il a évoqué les opérations d’aménagement en cours à Wonkifong, ainsi que le déclassement de certains secteurs, notamment Kassa et Wanindara. Concernant ce dernier site, le ministre a rappelé que les populations vivent depuis près de quarante ans dans une situation d’incertitude foncière. Il a indiqué que le chef de l’État avait décidé de procéder à son déclassement afin de permettre, après restructuration, la délivrance de titres fonciers aux habitants.

Au-delà de la sécurisation foncière, cette opération devrait également permettre de réserver des espaces aux équipements collectifs indispensables, notamment les centres de santé, les établissements scolaires, les lieux de loisirs et de culte, ainsi qu’un cimetière adapté aux besoins des populations. Dans la perspective de la mise en œuvre du programme Simandou 2040, le ministre a également insisté sur la nécessité de mobiliser des financements pour assurer la viabilisation des futurs espaces de développement. Il a notamment cité les sites destinés à accueillir de nouvelles villes, des ports et des parcs industriels le long du corridor de développement associé au projet Simandou.

 

« Entre autres projets, nous avons l’aménagement qui nous tient à cœur. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé un appel à UKF, mais aussi aux autres partenaires techniques et financiers qui accompagnent notre pays, pour permettre à ce que la viabilisation soit faite sur tous les sites qui doivent recevoir des nouvelles villes, des ports, mais aussi des parcs industriels tout au long du projet Simandou », a-t-il indiqué.

 

 

À travers leurs interventions, les deux membres du gouvernement ont mis en évidence les besoins de financement de secteurs essentiels à la transformation économique de la Guinée. D’un côté, l’énergie demeure indispensable à l’industrialisation et à l’amélioration de la couverture électrique nationale. De l’autre, l’urbanisme et l’aménagement du territoire constituent des leviers pour organiser la croissance des villes, sécuriser le foncier et accompagner l’implantation des futures infrastructures.

 

 

Par Amy Camara, pour lerenifleur224.com