Quand les fans dérapent : les artistes peuvent-ils être pénalement responsables des agissements de leurs admirateurs ? Les précisions de Moussa Fofana (BGDA)
La responsabilité des artistes face aux comportements parfois controversés de leurs fans s’invite dans le débat public. Lors d’une récente conférence de presse, le Directeur général du Bureau guinéen du droit d’auteur (BGDA), Moussa Fofana, a apporté des précisions sur les risques de poursuites pénales auxquels pourraient s’exposer certains artistes lorsqu’ils entretiennent, encouragent ou relaient volontairement les agissements répréhensibles de leurs admirateurs.
Selon le responsable du BGDA, un artiste ne saurait être automatiquement tenu responsable des actes commis par un fan. Toutefois, sa responsabilité pourrait être engagée lorsque son comportement démontre une volonté de soutenir ou de favoriser la commission d’une infraction.
« Si on dit qu’il n’y a pas eu d’infraction pénale concernant l’artiste qui sciemment entretient, de façon consciente, une fan-buzz, qui la félicite, qui l’encourage, et qui n’a jamais prononcé son désaccord sur ses comportements, sur les propos outrageants, sur les injures, peut bien, et bel et bien, être complice », a expliqué Moussa Fofana.
Le Directeur général du BGDA insiste notamment sur l’attitude que doivent adopter les artistes lorsqu’ils constatent des débordements de la part de leurs fans. Pour lui, ils doivent pouvoir prendre publiquement leurs distances avec des comportements susceptibles de constituer une infraction.
« Les artistes ne doivent pas rester dans leur silence lorsque leurs fans-buzz dépassent »,
a-t-il déclaré, estimant qu’un artiste responsable peut mettre en garde ses admirateurs et leur rappeler que certains actes ne sauraient être commis en son nom.
Cette prise de position intervient dans un contexte où les réseaux sociaux ont profondément transformé les rapports entre artistes et communautés de fans. Les publications, commentaires, partages et messages de soutien peuvent rapidement amplifier une polémique ou des propos injurieux visant notamment d’autres artistes ou leurs proches.
Moussa Fofana cite ainsi le cas d’un artiste qui reprendrait à son compte une publication injurieuse faite par l’un de ses fans.
« Un fan qui insulte la maman d’un autre, un artiste qui prend ça, il le relaie, il publie, il partage sur sa page personnelle », explique-t-il, considérant qu’un tel comportement peut être interprété comme un acte de soutien aux agissements du fan lorsque les éléments permettant de l’établir sont réunis. Le responsable du BGDA rappelle cependant que l’artiste n’est pas, de manière automatique, pénalement responsable des actes commis par ses admirateurs. C’est surtout son propre comportement qui peut être examiné lorsqu’il est établi qu’il a encouragé, relayé ou contribué à la commission de l’infraction.
Dans cette perspective, le fait pour un artiste de condamner publiquement les dérapages de certains de ses fans pourrait permettre de clarifier sa position. « Stop ! En tout cas, si vous le faites, vous ne le faites pas à mon nom. […] Je ne suis pas solidaire », a illustré Moussa Fofana.
À travers ces explications, le BGDA appelle donc les artistes à davantage de vigilance dans leur utilisation des réseaux sociaux et dans leur rapport avec leurs communautés de fans. Si un artiste ne peut être tenu responsable de tous les actes commis par ses admirateurs, son propre comportement, notamment lorsqu’il encourage, relaie ou cautionne certains agissements peut, selon les circonstances et les éléments établis, soulever la question de sa responsabilité pénale.
Par Rama Fils, pour Lerenifleur224.com