Forum WCAF 2026 : la Guinée, le Sénégal et le Congo misent sur les partenariats pour accélérer l’industrialisation
Les travaux de la cinquième édition du Forum sur le commerce et l’investissement entre le Royaume-Uni et l’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre (WCAF) se sont poursuivis ce mercredi 21 octobre dans un réceptif hôtelier de Conakry. Après le lancement officiel intervenu la veille, cette deuxième journée a été marquée par plusieurs panels de haut niveau réunissant des décideurs publics, des investisseurs et des représentants du secteur privé, notamment de Guinée, du Sénégal et du Congo. Les échanges ont porté sur les opportunités d’investissement, le financement des entreprises, le développement industriel et le renforcement de la coopération économique entre les pays africains.
Pour Dialor Thiam, directeur régional francophone du Department for Business and Trade du Royaume-Uni en Afrique de l’Ouest et du Centre, ce forum constitue un cadre privilégié pour rapprocher les gouvernements, les entreprises et les investisseurs autour de projets économiques concrets.

« C’est un forum que nous organisons avec notre partenaire DMA et, cette année, nous l’avons fait en Guinée. C’est donc la deuxième fois que cet événement se tient sur le sol africain, après une première édition au Togo », a-t-il expliqué.
Selon lui, cette rencontre permet aux autorités britanniques et à leurs homologues d’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre d’échanger sur les enjeux économiques et commerciaux, tout en favorisant la création de partenariats. Il a notamment souligné la forte mobilisation enregistrée lors de la première journée, avec la participation d’entreprises britanniques, de membres du gouvernement guinéen et de personnalités venues de plusieurs pays de la sous-région.
Au-delà des discussions, l’ambition est de transformer les échanges en opportunités d’affaires. Les espaces de présentation de projets et les deal rooms, consacrées aux rencontres entre porteurs de projets et investisseurs, doivent permettre de rapprocher les besoins de financement des entreprises des capacités des partenaires financiers.
« Ce n’est pas seulement un événement pour réaliser une activité ponctuelle, mais pour nouer un partenariat fondé sur la confiance et susceptible de produire des résultats à l’avenir », a insisté Dialor Thiam.

Intervenant au cours des échanges, Michel Djombo, ministre congolais du Développement industriel, des Zones économiques spéciales et de la Promotion du secteur privé, a présenté les atouts économiques de son pays ainsi que les réformes engagées pour attirer davantage d’investissements. Il a notamment mis en avant la position géographique du Congo, son potentiel logistique et son accès à un marché régional estimé entre 100 et 120 millions d’habitants.
Le ministre a également insisté sur l’importance des infrastructures, en particulier le port en eau profonde de Pointe-Noire, qu’il a présenté comme une plateforme majeure de transbordement en Afrique centrale. Ce port joue un rôle essentiel dans l’acheminement des marchandises vers la République démocratique du Congo, notamment par le port de Matadi, ainsi que vers d’autres destinations de la sous-région.
À ces infrastructures s’ajoutent des corridors routiers permettant de relier le Congo aux marchés de l’intérieur du continent. Sur le plan de la mobilité, Michel Djombo a annoncé la mise en service prochaine du dispositif de visa électronique, prévue au début de l’année, tout en évoquant la décision de son pays de supprimer les visas pour les ressortissants africains. Selon lui, cette mesure pourrait faciliter les déplacements professionnels et stimuler les investissements croisés entre les pays africains.
Le responsable congolais a également exprimé son intérêt pour l’expérience guinéenne dans le développement du secteur minier, un domaine que son gouvernement souhaite davantage promouvoir.

« La Guinée est un pays frère. Nous avons un lien historique d’amitié et de coopération », a-t-il déclaré, saluant l’accueil des autorités guinéennes et la qualité des échanges avec son homologue chargé du Plan.
Pour le ministre, le développement économique régional passe également par une meilleure fluidité des échanges, une collaboration renforcée entre les États et la construction de chaînes de valeur complémentaires.
« Il nous faut travailler à plus de fluidité dans les échanges entre pays, à plus de collaboration sous-régionale et à la volonté politique de construire des chaînes de valeur sous-régionales », a-t-il plaidé, appelant les pays africains à coordonner leurs investissements plutôt qu’à reproduire les mêmes activités industrielles.
Du côté du secteur privé guinéen, Amadou Kaba, président-directeur général du groupe GPC, a salué l’importance du forum pour les entreprises nationales, notamment les petites et moyennes entreprises (PME) à la recherche de capitaux et de partenaires techniques.
Selon lui, cette rencontre offre aux entreprises guinéennes l’occasion de nouer des relations avec des fournisseurs britanniques, des banques et d’autres acteurs susceptibles de les accompagner dans leur développement.
« Ce forum est extrêmement important, surtout pour les entreprises guinéennes. Il permet aux entreprises guinéennes d’accéder aux capitaux anglais », a-t-il souligné.
Le dirigeant d’entreprise estime que les ambitions de transformation économique portées par le programme Simandou 2040 nécessitent des investissements considérables. Dans cette perspective, le Royaume-Uni pourrait constituer un partenaire privilégié pour mobiliser des financements destinés aussi bien aux projets structurants qu’au développement des entreprises guinéennes. Il a toutefois rappelé que la concrétisation de ces partenariats exige un important travail préparatoire, notamment en matière de structuration des projets, de formalisation des dossiers et de recherche de financements.
De son côté, le ministre sénégalais de l’Industrie et du Commerce, Dr Serigne Diop, a également dressé un bilan positif de cette deuxième journée du forum. Il a félicité les autorités guinéennes pour l’organisation de l’événement ainsi que les partenaires britanniques pour leur contribution à la mobilisation des investisseurs.
Selon lui, le forum a permis aux pays africains d’échanger directement sur leurs besoins industriels et économiques, dans un contexte où l’accès au financement demeure l’un des principaux obstacles au développement du continent.
« Le problème principal de nos économies, c’est le financement », a-t-il rappelé, évoquant les besoins liés à l’aménagement des zones industrielles, à la construction d’infrastructures, à l’installation d’usines et au développement des chaînes de valeur.
Il a salué la présence d’une centaine d’investisseurs britanniques, aux côtés d’autres investisseurs africains, venus examiner les possibilités de partenariat avec les acteurs économiques de la région.
Pour le Sénégal, cette participation a notamment permis de multiplier les rencontres avec des investisseurs. Le ministre a indiqué que son pays avait organisé entre 15 et 16 *deal rooms* et présenté ses 45 zones industrielles, ainsi que plusieurs projets liés à la valorisation de ses ressources naturelles.
Il a notamment évoqué les perspectives offertes par le pétrole, le gaz, le phosphate et le fer sénégalais, tout en soulignant les ambitions de transformation locale de ces ressources en produits à plus forte valeur ajoutée, notamment des engrais et des produits dérivés du pétrole. Au-delà des opportunités propres à chaque pays, Dr Serigne Diop a particulièrement insisté sur la nécessité de développer des projets industriels conjoints entre la Guinée et le Sénégal.
Il a notamment évoqué la possibilité de renforcer les complémentarités entre la bauxite guinéenne et le phosphate sénégalais afin de favoriser leur transformation sur le continent plutôt que leur exportation à l’état brut. Pour le ministre sénégalais, les programmes Simandou 2040, en Guinée, et Sénégal 2050 pourraient constituer des cadres favorables à cette coopération.
« Comment les pays africains doivent-ils désormais s’engager dans des projets communs de transformation de leurs matières premières ? Mais surtout, comment mettre fin à l’exportation du phosphate, de la bauxite et du fer à l’état brut, et encourager l’industrialisation ? », s’est-il interrogé.
Il estime que la mise en commun des ressources, des compétences et des investissements permettrait aux économies africaines de créer davantage de valeur ajoutée, de générer des emplois et de renforcer leur compétitivité. Le ministre a également insisté sur l’importance du capital humain, estimant que les jeunes Guinéens et Sénégalais formés dans les deux pays doivent être préparés à prendre la relève dans les domaines de l’ingénierie, de la finance et de l’industrie.
Enfin, il a appelé les investisseurs guinéens et sénégalais à renforcer leur collaboration au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), afin de développer les investissements transfrontaliers et de mieux préparer les entreprises africaines à la concurrence sur le marché continental.
À travers les interventions des représentants du Royaume-Uni, du Congo, du Sénégal et du secteur privé guinéen, cette deuxième journée du forum WCAF a mis en évidence une ambition commune : transformer les échanges économiques en partenariats durables et en projets industriels concrets. Le financement des PME, la modernisation des infrastructures, la valorisation locale des ressources naturelles et le développement de chaînes de valeur régionales figurent parmi les principaux enjeux soulevés par les participants.

Alors que la Guinée poursuit ses ambitions de transformation économique à travers Simandou 2040, les expériences partagées lors de cette rencontre soulignent l’importance des partenariats internationaux, mais aussi de la coopération entre les pays africains. Au terme des échanges, Dr Serigne Diop a d’ailleurs exprimé le souhait que le Sénégal accueille une prochaine édition du forum, estimant que cette initiative constitue un cadre utile pour renforcer les liens économiques entre le Royaume-Uni et les pays d’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre.
Par Amy Camara, pour Lerenifleur224.com