Le Tribunal pour Enfants de Conakry a accueilli, ce mercredi 04 mars 2026, une visite officielle du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, dans le cadre de sa tournée de prise de contact avec les juridictions d’exception. Cette rencontre a été marquée par des interventions fortes, mêlant bilans, alertes et plaidoyers en faveur d’une justice juvénile plus humaine et efficace.

Lors de son discours de bienvenue, le Procureur spécial près le Tribunal pour Enfants, Dr CE Avis Gamy, a salué la présence du ministre, qu’il a qualifiée de « moment important » pour l’institution. Il a rappelé le rôle central du tribunal dans la protection des droits de l’enfant et dans la prévention de la délinquance juvénile, tout en soulignant les efforts récents pour renforcer cette juridiction spécialisée.
Parmi les avancées, le Procureur a évoqué l’accélération du traitement des dossiers, qui a permis de réduire le nombre de mineurs détenus, passé de 100 à 28, dont seulement deux condamnés. Il a également mentionné les opérations conjointes avec les forces de sécurité pour interdire l’accès des mineurs à certains lieux nocturnes jugés dangereux pour leur développement.
Malgré ces progrès, plusieurs difficultés persistent. Les responsables judiciaires ont dénoncé le traitement irrégulier de dossiers de mineurs par des juridictions ordinaires et des pratiques administratives contraires aux textes, portant atteinte aux prérogatives judiciaires. L’absence d’un centre socio-éducatif fermé, indispensable pour prendre en charge les mineurs en conflit avec la loi et éviter leur détention en prison, a également été soulignée.
Le Président du Tribunal pour Enfants, Mohamed Bama Camara, a rappelé la philosophie de la justice des mineurs

« Un enfant en conflit avec la loi n’est pas un criminel en miniature, mais un citoyen en devenir. » Il a plaidé pour la création urgente d’un centre socio-éducatif fermé à Conakry, qualifiant cette initiative de « choix de civilisation » visant la réinsertion plutôt que la stigmatisation.
Clôturant la visite, le Garde des Sceaux a insisté sur la responsabilité des magistrats et du personnel judiciaire. Reconnaissant les difficultés structurelles, il a assuré que son ministère s’engagerait à trouver, en concertation avec les acteurs concernés, des solutions durables. Cette visite a permis de mettre en lumière les avancées réalisées, mais aussi l’urgence de réformes structurelles pour renforcer la crédibilité et l’efficacité de la justice juvénile en Guinée, dans le respect des engagements internationaux en matière de droits de l’enfant.
Par Rama Fils, pour lerenifleur224.com