Affaire de stélionnat contre le directeur préfectoral de l’Habitat à Kankan : le parquet requiert 5 ans avec sursis

Le procès opposant le ministère public à Abdoulaye Diakité, actuel directeur préfectoral de l’Habitat de Kankan, a franchi une nouvelle étape ce mardi 3 mars 2026 devant le Tribunal de première instance de Kankan. Poursuivi pour faux, usage de faux et stélionnat, le prévenu comparaissait aux côtés de l’ancien chef du quartier Kabada 1, Abou Cissé, cité dans la même affaire pour complicité.

À l’issue des débats au fond, le parquet a requis cinq ans d’emprisonnement assortis de sursis et une amende de 15 millions de francs guinéens contre le directeur préfectoral de l’Habitat.

À la barre, l’ancien chef de quartier a été longuement interrogé sur son rôle dans l’établissement des documents incriminés. Il a expliqué ne pas maîtriser les procédures administratives, affirmant qu’il signait les documents qui lui étaient présentés sans en mesurer toutes les implications. Il a également déclaré ne pas entretenir de relation particulière avec le directeur préfectoral. Son audition a permis au tribunal de mieux cerner les circonstances dans lesquelles les documents litigieux auraient été établis.Selon le parquet, il est poursuivi pour usurpation de fonction, complicité de faux et usage de faux, ainsi que complicité de stélionnat.Prenant la parole à l’issue de l’audience, Fodé Bintou Keïta, procureur de la République près le TPI de Kankan, a rappelé le cadre légal des poursuites engagées.

<< Ce qu’il faut retenir de manière formelle, c’est que nous avons engagé des poursuites contre M. le directeur de l’Habitat pour des faits de faux et d’usage de faux, ainsi que pour des faits de stélionnat, au sens des dispositions des articles 406 et suivants du Code pénal >> , a-t-il déclaré Il a précisé que des instructions avaient été données aux officiiers de police judiciaire afin de convoquer et d’entendre le mis en cause dans le strict respect de la procédure. Revenant sur la première comparution, la procureure a indiqué que lorsque la défense avait sollicité la mise en liberté du directeur, le ministère public ne s’y était pas opposé. Le tribunal avait alors ordonné sa remise en liberté sous caution de 10 millions de francs guinéens, avant de renvoyer l’affaire pour débats. Le parquet a également requis la jonction des procédures en raison du lien de connexité entre les faits reprochés au directeur et ceux imputés au chef de quartier. D’après les éléments évoqués à l’audience, l’implication de ce dernier aurait contribué à la décision d’établir un plan de masse sur la base d’un autre document. Concernant le chef de quartier, le ministère public a requis quatre ans d’emprisonnement assortis de sursis et une amende de 3 millions de francs guinéens. À la sortie de la salle d’audience, Maître Mamadi Doumbouya, avocat au barreau de Guinée et conseil du directeur préfectoral, a dénoncé ce qu’il qualifie de << faux débat >> et de <<faux dossier >> .Selon lui, l’accusation s’est limitée à retracer la procédure administrative d’établissement des plans de masse, laquelle relève exclusivement du domaine administratif.

<< On reproche à mon client un prétendu manque de diligence et de vigilance dans la vérification des documents. On parle de direction préfectorale, de direction régionale, de DATU, voire même des archives à Dakar. Ce raisonnement est juridiquement infondé >> a-t-il soutenu.Pour la défense, s’il y’a une irrégularité elle relève d’une procédure administrative et non d’une procédure pénale.

<< Lorsqu’un citoyen estime qu’un acte administratif lui porte préjudice, il existe d’abord le recours gracieux et le recours contentieux. On ne peut pas transformer cela en infraction pénale >>, a plaidé l’avocat. Me Doumbouya affirme avoir démontré que l’action engagée ne repose sur aucun fondement pénal solide et dénonce un acharnement du ministère public contre son client. Il se dit convaincu que le tribunal appliquera strictement la loi et renverra le prévenu des fins de la poursuite.

Après avoir entendu les réquisitions du parquet et les plaidoiries de la défense, le président du tribunal a mis l’affaire en délibéré. Le jugement est attendu pour le vendredi 6 mars 2026, une décision particulièrement suivie à Kankan, au regard des enjeux administratifs et fonciers soulevés par cette affaire.

Kankan Kadija Kolou condé pour lerenifleur224.com