À près de 80 ans, Manana Cissé raconte toujours avec fierté son légendaire mouvement de danse ultra-rapide, impossible à saisir en photo. Née en 1947 à Boké, en Guinée, elle a rejoint les prestigieux Ballets africains à l’âge de douze ans. Aujourd’hui, elle est directrice artistique de cette troupe mythique, jadis figure de proue du renouveau culturel guinéen.
Dans une interview exclusive, la grande dame de la danse évoque son parcours, son engagement auprès d’Ahmed Sékou Touré, l’héritage de Keita Fodéba et la nouvelle dynamique insufflée aux Ballets africains par le spectacle « Mansa Moussa, roi d’or ».
RFI : Fin septembre, les Ballets africains ont présenté la première européenne de Mansa Moussa, roi d’or, aux Zébrures, festival des écritures et créations théâtrales francophones, à Limoges. Quelle est votre définition des Ballets africains ?
Manana Cissé : Les Ballets africains, c’est un espace de joie, pour faire plaisir au peuple et lui donner la paix du cœur.
Vous êtes née dans une famille musulmane. Votre père était imam. Comment en êtes-vous venue à la danse ?
Dans la lutte pour l’Indépendance, mon père était une sorte de porte-parole. Bien sûr, il était imam, mais on l’a choisi pour convaincre les gens à soutenir le président Ahmed Sékou Touré [1922-1984, à partir d’octobre 1958 premier président de la République de Guinée, NDLR] pour l’obtention de l’Indépendance, pour que la Guinée soit autonome et ne dépende plus de personne ni d’un autre pays. Mon père était un médiateur entre le président et une grande majorité de la population religieuse.
Keita Fodéba est une figure majeure dans le renouveau culturel de la Guinée. Danseur, poète, musicien, écrivain, il est très engagé dans le combat pour l’Indépendance. En 1949, il crée le Théâtre africain, transformé trois ans plus tard en Ballets africains. Dans quelles circonstances avez-vous intégré cette troupe en 1959 ?
Keita Fodéba [1921-1969] a été le fondateur des Ballets africains [pour rendre hommage aux cultures d’Afriques de l’Ouest associée aux idées nouvelles, NDLR] et plus tard aussi ministre [en 1961, il est nommé ministre de la Défense nationale et de la Sécurité, NDLR]. En 1959, il était dans ma ville, Boké, pour soutenir Sékou Touré. À l’époque, j’étais petite, mais lors du passage de son cortège je dansais et chantais. Il a vu que je chantais très bien et que j’avais du talent. A ce moment-là, Sékou Touré s’est battu pour que je puisse intégrer les Ballets africains.
Avec Mansa Moussa, roi d’or, vous vous faites resurgir l’Empire du Mali du XIVe siècle, une époque du faste, d’un rayonnement artistique et économique d’Afrique où richesse et fierté se partageaient la première place. Comment voyez-vous l’avenir des Ballets africains ?

À l’époque, presque tous les membres des Ballets africains étaient guinéens. Quand ils sont rentrés avec Keita Fodéba, le président Sékou Touré leur a dit : « puisqu’on est indépendant, il faut qu’on s’entraide. » Depuis, les Ballets africains sont devenus une institution nationale. Le Ballet est mon âme ! Je suis très heureuse de ce qui se passe actuellement autour des Ballets africains. Le ministre de la Culture a pris les Ballets au sérieux, et avec le manager de la compagnie, il fait tout pour faire circuler le spectacle. La culture, c’est la richesse d’un pays. Et avec ce nouveau programme, Mansa Moussa, roi d’or, les Ballets vont aller très loin. Moi, aujourd’hui, je suis au paradis. Il y a la joie dans mon cœur. Jusqu’au jour où je serai enterrée, je vais soutenir les Ballets africains.
Lerenifleur224.com avec Rfi