Droits d’auteur : le BGDA veut mettre fin aux œuvres « auteurs inconnus »

Le Bureau guinéen du droit d’auteur (BGDA) a lancé, ce mardi 6 octobre 2026, un atelier de formation consacré au renforcement des capacités dans la gestion collective des droits d’auteur. Pendant quatre jours, 40 participants seront formés aux standards internationaux d’identification et de documentation des œuvres, avec l’ambition d’améliorer la traçabilité et la rémunération des créateurs guinéens.

 

 

Sous l’égide du ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, le BGDA entend franchir une nouvelle étape dans la modernisation de la gestion des droits d’auteur en Guinée. Prévue du 6 au 9 octobre, cette formation réunit notamment des responsables du BGDA, des créateurs, des représentants de labels, des médias et d’autres acteurs de la chaîne culturelle.

L’objectif est de familiariser les participants avec les outils et standards internationaux permettant d’identifier les auteurs et leurs œuvres, de suivre leur exploitation et, in fine, de garantir la perception et la répartition des droits générés.

Le directeur général du BGDA, Moussa Fofana, a illustré l’enjeu par un chiffre : 4 402 euros, reversés au bureau guinéen par la SACEM au titre du dernier trimestre pour l’exploitation de 155 œuvres guinéennes, notamment sur YouTube et Spotify. Mais l’exploitation de ces œuvres révèle également d’importantes difficultés d’identification. Certains créateurs sont enregistrés sous plusieurs noms ou orthographes, tandis que certaines œuvres portent encore la mention « auteurs inconnus ».

 

 

« Derrière chacune de ces lignes d’exploitation, un créateur guinéen attend un droit qui ne lui est pas parvenu », a souligné le directeur général du BGDA.

Pour Moussa Fofana, la mission du BGDA repose sur quatre principaux piliers : immatriculer les créateurs et leurs œuvres, percevoir les droits, les répartir aux ayants droit et protéger le répertoire contre la piraterie, tout en vulgarisant le cadre légal.

Le BGDA a par ailleurs engagé une restructuration articulée autour de cinq axes : la gouvernance, la perception, la modernisation des services, la protection du répertoire et la valorisation du patrimoine musical. La digitalisation du processus de gestion des droits, de la documentation à la répartition, figure notamment parmi les priorités.

Durant les quatre jours de formation, les participants travailleront notamment sur les identifiants internationaux IPI et ISWC, les outils de documentation et de répartition, ainsi que sur la gestion des droits numériques et les enjeux liés à l’intelligence artificielle. L’objectif affiché est de parvenir à un répertoire mieux documenté, de doter les créateurs d’identifiants reconnus internationalement et de mettre en place un plan d’action de mise en conformité qui fera l’objet d’un suivi conjoint de la CISAC et de l’OIF pendant six mois.

Le représentant régional Afrique de la CISAC, Samuel Sangwa, a salué cette initiative, estimant qu’elle intervient à un moment important pour la structuration des industries culturelles et créatives guinéennes.

 

 

« C’est en effet à la suite d’une démarche exprimée par la Guinée dans le cadre de la mise en œuvre de ses ambitions culturelles que l’OIF a souhaité mobiliser l’expertise de la CISAC pour accompagner le BGDA . Cette initiative, cet atelier intervient à un moment charnière. 
Le programme Simandou 2040. Celui-ci constitue une vision de transformation du pays pour la période 2025 2040 organisée autour de cinq piliers. Et il est particulièrement significatif pour nous que le deuxième pilier soit consacré à l’éducation et à la culture. 
Avec notamment l’ambition de développer le rayonnement de la culture guinéenne à l’international. Ceci nous rappelle quelque chose de fondamental. Le développement d’un pays ne se mesure pas uniquement à ces infrastructures à ses ressources naturelles ou à sa croissance économique Il se mesure aussi à sa capacité à investir dans son capital humain, dans sa créativité, dans son identité et dans celles et ceux qui produisent qui créent des œuvres qui racontent son histoire Et lorsqu’on parle de culture en Guinée, nous ne parlons pas d’un secteur périphérique. 
Nous parlons d’un pays qui possède une histoire culturelle extrêmement riche, diversifiée et singulière. Nous parlons d’une tradition qui a vu rayonner des formations telles que le Bembeya jazz national, Bala et ses baladins, les Amazones de Guinée ainsi que des grandes voix comme Sory Kandia. Nous parlons aussi d’un pays qui a donné au monde Mory Kanté , dont le parcours a contribué à porter la musique guinéenne au-delà du continent africain(…) »
Il a insisté sur la nécessité d’une gestion collective permettant aux auteurs, compositeurs, réalisateurs et producteurs d’être correctement identifiés, leurs œuvres documentées et leur exploitation suivie.

 

 

Selon lui, la formation doit surtout déboucher sur des résultats concrets et un plan d’action permettant de déterminer les prochaines étapes du renforcement du BGDA.

« Il ne s’agit pas d’arriver à Conakry avec des modèles théoriques imposés d’ailleurs. 
Il s’agit de partir de la pratique du BGDR, de partager les success stories, de partager les bonnes pratiques pour bonifier collectivement. Nous allons donc travailler collectivement à un plan d’action et nous voulons que ces quatre jours aboutissent à quelque chose de concret. Notre ambition est qu’à la fin de cette semaine, nous puissions dire non seulement nous avons organisé une bonne formation, mais surtout et plutôt nous savons maintenant quelles sont les prochaines étapes pour renforcer le BGDA par qui et dans quel délai »


Présent à la cérémonie, le directeur du Fonds de développement des arts et de la culture (FODAC), Malick Kébé, a rappelé que le développement du secteur culturel ne peut reposer uniquement sur les ressources publiques.

Le FODAC entend ainsi renforcer la mobilisation de partenaires techniques et financiers, en Guinée comme à l’international, tout en créant des passerelles entre artistes, entrepreneurs culturels, institutions financières, secteur privé et partenaires au développement. L’institution travaille également sur la professionnalisation et la formation des acteurs culturels, notamment dans l’ingénierie du son, la lumière et la régie générale, ainsi que sur la mise en place, envisagée pour 2027, d’un fonds de garantie destiné à faciliter l’accès des entrepreneurs culturels au crédit bancaire.

 

 

«Notre ambition est claire, passer progressivement d’un simple accompagnement à un financement structurant durable de la culture. Nous invitons donc les partenaires nationaux internationaux, les institutions financières et le secteur privé à nous accompagner dans cette dynamique car investir dans la culture, c’est investir dans notre jeunesse dans notre identité et dans l’avenir de notre pays. » a-t-il fait savoir

Pour le représentant de l’OIF en Guinée, Kanel Engandja Ngoulou, cette formation répond aux défis liés à la transformation numérique et à la nécessité d’améliorer la documentation et la découvrabilité des contenus culturels francophones.

 

 

« Cette formation vise entre autres à renforcer la compréhension des principes de la gestion collective du droit d’auteur, sensibiliser les administrateurs et responsables du BGDA au principe de bonne gouvernance, de transparence et de redevabilité présenter les règles professionnelles et les résolutions obligatoires de la CISAC et former le personnel technique du BGDA à l’utilisation des identifiants IPI, ISWC et CISNET. Au terme de cette formation de quatre jours d’intenseactivité, nous espérons que le bureau guinéen du droit d’auteur saura mettre à profit toutes les connaissances techniques reçues afin de disposer d’un répertoire mieux documenté de faciliter l’identification des œuvres guinéennes au niveau national et international et d’améliorer progressivement la répartition des droits aux créateurs. L’objectif de l’OIF est de faire de cette formation et du BGDA un cas d’école qui pourrait être dupliqué dans les autres pays d’Afrique de l’Ouest et du centre.» a-t-il souligné .

L’OIF et la CISAC ont ainsi répondu à la sollicitation de la Guinée en mobilisant leur expertise au profit du BGDA, du ministère, des artistes et des labels. La formation vise notamment à renforcer la gouvernance, la transparence et la redevabilité du système de gestion collective, ainsi qu’à former les équipes techniques à l’utilisation des outils d’identification internationaux.

Une autre activité est annoncée pour le 12 octobre prochain, avec une évaluation de l’Institut supérieur des arts Mory Kanté afin de proposer de nouveaux modules de formation en ingénierie du son, lumière et éclairage scénique, régie générale et recherche de financement.

Présidant la cérémonie , le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a placé cette initiative dans le cadre du volet culturel du programme Simandou 2040. Pour lui, le développement de la Guinée ne doit pas se limiter à l’exploitation de ses ressources naturelles, mais doit également s’appuyer sur sa jeunesse, sa créativité et son patrimoine culturel.

Le ministre a surtout insisté sur les conditions indispensables à une rémunération équitable des artistes

 

 

« Il faut que l’auteur soit identifié, il faut que l’œuvre soit documentée et que son exploitation puisse être retracée dans le système de gestion collective. Sans identification, pas de traçabilité ; sans traçabilité, pas de juste rémunération. »a-t-il indiqué

Moussa Moïse Sylla a également appelé les créateurs à déclarer leurs œuvres auprès du BGDA et rappelé aux utilisateurs que le paiement des droits d’auteur constitue une obligation légale et non une faveur accordée aux artistes.

<< Aux créateurs, je réaffirme l’engagement du gouvernement à vos côtés. Je vous adresse aussi une demande simple, déclarer vos œuvres. Venez au BGDA, sortez de l’anonymat ou je dirais pour certains de l’inexistence du néant. 
Une œuvre non déclarée est une œuvre difficile à identifier et une œuvre difficile à identifier est une œuvre dans la rémunération est compromise. La protection du droit d’auteur est une responsabilité partagée. Elle suppose l’engagement du créateur, l’efficacité de son organisme de gestion collective et l’accompagnement de l’État. 
Diffuseur aux utilisateurs d’œuvres, je rappelle que le paiement des droits d’auteur n’est pas une faveur accordée aux artistes , c’est une obligation légale de le faire. C’est pourquoi j’ai demandé au BGDA d’aller dans la sensibilisation, ensuite nous passerons à la réclamation de ces droits. 
Et des pistes de solutions nouvelles ont été proposées par le représentant le directeur de la CISAC. Que j’ai hâte de voir appliquer en République de Guinée. » a-t-il fait savoir .

 

 

Le département envisage par ailleurs de renforcer la sensibilisation et, à terme, de mettre en place un système de certification pour certaines infrastructures accueillant des spectacles et diffusant des œuvres musicales.

« Nous voulons que les agents formés, au cour de ces quatre journées utilisent correctement ses outils dans leur travail quotidien. Et qui le transmettent à leur tour leurs compétences à d’autres collègues. 
Nous voulons enfin que les connaissances acquises se traduisent à notes. Le plan d’action de mise en conformité devra donc être élaboré avec rigueur, puis effectivement mis en œuvre. Je note avec satisfaction qu’il fera l’objet d’un suivi conjoint avec la CISAC et l’OIF pendant six mois. 
J’attends de Mr le directeur général du BGDA qu’il assure ce suivi avec la plus grande diligence et qu’il rende régulièrement compte à mon département de toutes les façons, je serai au taquet pour le lui rappeler. Cette exigence de résultats s’inscrit dans la continuité de réformes des gens engagés au sein du bureau Guinéen de droits d’auteur et au regard du chemin parcouru, je tiens à cette occasion à saluer la direction du BGDA et l’ensemble de ces travailleurs. 
Je tiens donc à saluer le travail accompli, la restructuration qui est en cours, la formation, la digitalisation des paiements. Au moins on a pu pour l’instant mettre fin au grand registre qui contterait le nom des auteurs. Et le paiement qu’on faisait à la tête du client. »

Au terme de l’atelier, le Bureau Guinéen des Droits d’Auteur ambitionne de disposer d’un répertoire plus fiable et conforme aux standards internationaux. Moussa Fofana a pris l’engagement de travailler afin que, dans les six prochains mois, la mention « auteur inconnu » soit progressivement bannie du système guinéen de gestion des droits.

 

 

« Nous travaillerons avec notre équipe avec l’aide du conseil d’administration jusqu’à ce qu’aucune œuvre ne porte plus la mention auteur inconnu », a-t-il assuré.

Pour les autorités, l’enjeu dépasse ainsi la seule question technique. Il s’agit de permettre aux créateurs guinéens de bénéficier réellement des revenus générés par leurs œuvres, y compris lorsque celles-ci sont exploitées à l’étranger, et de faire du droit d’auteur un véritable levier de développement de l’économie culturelle nationale.

 

Par Amy Camara, pour Lerenifleur224.com