TPI de Kankan ! Ibrahim I Camara à la population : ‘’nous les avons rassurés qu’il ne doit pas y avoir des mythes autour de la justice’’
À Kankan, deuxième ville de Guinée, la justice se réinvente au quotidien entre avancées procédurales et contraintes matérielles. Lors d’un entretien accordé à notre rédaction, Monsieur Ibrahim I Camara, procureur de la République près le Tribunal de Première Instance (TPI) de Kankan, s’est prêté aux questions concernant le fonctionnement de sa juridiction, les défis infrastructurels et les relations avec les citoyens et autorités.
Interrogé sur le bilan des activités de sa juridiction, le procureur de la République affiche une nette satisfaction quant à l’efficacité du traitement des procédures pénales :
« Au tribunal de première instance de Kankan, c’est avec une note de satisfaction que je peux vous informer que les dossiers se passe très bien à notre parquet ici. Parce que pour évaluer le parquet, il faut vous rendre à la maison centrale pour faire la différence entre le nombre de condamnés et le nombre de prévenus qui s’y trouvent. Donc, si vous trouvez généralement qu’il y a beaucoup plus de prévenus à la maison centrale que de condamnés, ça veut dire que les dossiers ne bougent pas au parquet. Mais à ce jour, je puis vous dire que nous avons plus de condamnés que de prévenus qui se trouvent à la maison centrale, c’est-à-dire les inculpés au niveau du juge d’instruction et les personnes placées sous mandat de dépôt par le procureur de la République. J’avais dit que les dossiers, dès que ça arrive à notre parquet, nous ouvrons une information judiciaire là où les faits sont complexes et les flagrants délits sont aussitôt jugés le lendemain par les juges d’instruction. Donc, c’est vraiment une note de satisfaction. J’avais dit que, et les juges, les substituts, chacun fait son travail comme ça se doit. »
Malgré les carences logistiques, le procureur souligne la fluidité du travail partagé avec les magistrats du siège :
« La collaboration avec les tiers, ça se passe très bien. J’ai trouvé des magistrats du siège très compréhensifs, qui vraiment sont en train de travailler comme ça se doit. Lorsque les dossiers sont programmés, ils sont à l’écoute du parquet et les choses se passent comme vraiment nous le souhaitons… »
S’adressant aux justiciables, Monsieur Ibrahim I Camara rappelle le travail de sensibilisation mené auprès des populations pour éviter la justice privée :
« Lorsque j’avais pris fonction ; une bonne partie de la population, nous les avons rassurés qu’il ne doit pas y avoir des mythes autour de la justice, lorsqu’ils ont des difficultés de quelques ordres que ce soit, ils n’ont qu’à s’adresser au procureur de la République. Le procureur… en tout cas, il est chargé de mettre en mouvement l’action publique. Donc, c’est à lui d’apprécier les faits. La Haute-Guinée, à un moment donné, était réputée… les gens se rendaient justice d’eux-mêmes. Mais ce que nous avons constaté avec la communication que nous faisions souvent, nous parvenons à rassurer les gens, à mettre les gens en confiance, et à ce jour, je peux dire qu’il y a une très bonne dynamique entre le parquet du tribunal de première instance de Kankan et la population. »
Sur le plan administratif, le procureur réaffirme l’harmonie nécessaire avec les autorités locales
« Les autorités administratives, d’abord lorsque vous parlez du parquet, le parquet, c’est le bras armé de l’État. Nous, nous avons un pied dans l’judiciaire, un pied dans l’administratif. Donc, être procureur de la République, forcément il faut être en accord, en harmonie avec l’autorité locale, que ça soit le maire, que ça soit le préfet, que ça soit le gouverneur. Donc, depuis que nous sommes-là, tout se passe bien, nous sommes ensemble, nous participons auprès de l’autorité administrative, en tout cas, nous représentons les judiciaires. »
Evoquant la présence d’organes de contrôle et d’inspection au sein de sa juridiction, le chef du parquet accueille cette démarche comme un levier de performance :
« Les garde-fous dans notre juridiction nous inspirent confiance, nous rassurent et nous motivent de plus. Vous savez, l’être humain en soi, lorsque vous le laissez à lui-même, lorsqu’il n’y a pas des contrôles, il peut abuser, nous sommes des êtres humains, donc on est content que, par moments, que ça soit les garde-fous, que ça soit les services d’inspection, qu’ils viennent voir eux-mêmes ce que nous faisons sur le terrain, et ça nous permet de s’améliorer et ça nous permet de continuer à travailler comme ça se doit. »

À travers ce tour d’horizon, le Tribunal de Première Instance de Kankan illustre les réalités du terrain judiciaire guinéen : des magistrats confrontés à des contraintes matérielles du quotidien, mais résolus à accélérer les procédures pénitentiaires, à maintenir l’ordre public et à rétablir le lien de confiance indispensable entre le justiciable et l’institution judiciaire.
Par Rama Fils, pour Lerenifleur224.com