Marwane Baldé Procureur général de Kankan : « L’État n’est pas contre les citoyens, il est là pour les protéger » (Entretien)
En séjour dans le ressort judiciaire de Kankan, le garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, effectue une visite de terrain auprès des acteurs de la chaîne pénale et des justiciables. À cette occasion, notre rédaction a rencontré, ce dimanche 11 octobre 2026 à Kankan, Marwane Baldé, Procureur Général près la Cour d’Appel de Kankan. Dans cet entretien, le magistrat dresse un bilan positif de la visite ministérielle, évoque les principales difficultés auxquelles sa juridiction est confrontée, notamment l’insuffisance du personnel judiciaire et l’éloignement de certaines localités du siège de la Cour d’Appel.
Il revient également sur les efforts engagés en matière d’exécution des décisions de justice, de lutte contre la criminalité et de respect des droits humains. Convaincu que la justice constitue un pilier essentiel du développement, Marwane Baldé insiste sur la nécessité de renforcer la confiance entre les citoyens et les institutions judiciaires, tout en appelant la population à collaborer davantage avec les services de sécurité.
Lerenifleur224.com : Monsieur le Procureur général, le garde des Sceaux séjourne actuellement dans le ressort judiciaire de Kankan. Quelle appréciation faites-vous de cette visite et quel bilan pouvez-vous en tirer ?
Marwane Baldé : Nous tirons un bilan positif de cette visite. La présence du garde des Sceaux, en sa qualité de membre du gouvernement, est importante pour le développement de notre nation. C’est une visite que la population de Kankan, notamment les acteurs de la chaîne pénale et les justiciables, attendait avec beaucoup d’intérêt. Nous avons donc accueilli avec une grande joie la présence de Monsieur le ministre de la Justice dans le ressort judiciaire de la Cour d’appel de Kankan, particulièrement dans la ville de Nabaya.
Lerenifleur224.com : Quelles sont les principales préoccupations que vous avez portées à la connaissance du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme ?
Marwane Baldé : Parmi les préoccupations soulevées, nous avons insisté sur le renforcement du personnel judiciaire et des capacités des magistrats du ressort de la Cour d’appel de Kankan. Il faut rappeler que la République de Guinée ne compte que deux cours d’appel. Les citoyens de certaines localités, notamment Macenta, Faranah et Lola, qui sont concernés par une procédure judiciaire et souhaitent exercer leur droit d’appel, sont parfois contraints de se rendre au siège de la Cour d’appel de Kankan. Comme vous pouvez l’imaginer, l’éloignement de certaines localités constitue une difficulté majeure pour les justiciables. Cette situation peut décourager certains citoyens dans l’exercice de leur droit de faire appel des décisions de justice. Il est donc important de prendre en compte ces difficultés afin de faciliter l’accès de tous à la justice.
Lerenifleur224.com : Au-delà des échanges institutionnels, le garde des Sceaux effectue également des visites de terrain pour évaluer le fonctionnement des juridictions. Comment appréciez-vous cette démarche ?
Marwane Baldé : J’apprécie positivement cette démarche. Je souhaite même que ce type de visite et d’échanges devienne permanent. Cela nous encourage et nous motive dans l’accomplissement de nos différentes missions.
En ma qualité de procureur général, j’ai notamment pour mission de coordonner l’action des parquets d’instance du ressort de la Cour d’appel. Avec le garde des Sceaux, nous avons également la responsabilité de veiller, chacun dans le cadre de ses attributions, à l’application de la loi et à l’exécution des décisions de justice. La présence du ministre constitue un moyen efficace de rassurer la population. Elle témoigne de l’attention accordée par les autorités à la nécessité de rapprocher la justice des citoyens et de renforcer les institutions judiciaires. Aujourd’hui, des avancées sont visibles au niveau du tribunal de première instance de Kankan et de la Cour d’appel. Sur le plan des infrastructures et de la visibilité des juridictions, des efforts ont été réalisés. Autrefois, il était difficile d’identifier physiquement certains services publics de la justice dans la ville. Aujourd’hui, des panneaux permettent de localiser le tribunal de première instance et la Cour d’appel de Kankan. Nous avons également enregistré des améliorations en matière de sécurité, avec la présence d’un poste d’appui destiné à assurer la protection des acteurs de la chaîne pénale et des justiciables.
Sur le plan statistique et du fonctionnement des services judiciaires, nous constatons aussi des progrès. Depuis notre prise de fonction, il y a moins d’un an, nous avons reçu et fait exécuter près de 50 arrêts, conformément aux procédures applicables. Auparavant, certaines décisions de justice restaient dans les tiroirs. Aujourd’hui, celles qui remplissent les conditions d’exécution sont prises en charge par la commission de suivi de l’exécution des décisions de justice. Je continuerai à prendre les réquisitions nécessaires pour permettre aux justiciables du ressort de la Cour d’appel de Kankan de jouir pleinement de leurs droits, notamment de leurs droits de propriété et des droits reconnus par les décisions de justice. Il faut rappeler que la justice est rendue au nom du peuple de Guinée.
Lerenifleur224.com : Vous êtes en fonction depuis moins d’un an à la tête du parquet général près la Cour d’appel de Kankan. Quelles dispositions avez-vous prises pour améliorer le traitement des questions relatives aux droits humains et renforcer la lutte contre la criminalité ?
Marwane Baldé : Nous avons pris des dispositions organisationnelles et stratégiques, notamment en matière de lutte contre la criminalité dans le ressort judiciaire. Nous veillons au fonctionnement normal des parquets d’instance relevant de notre ressort. Nous assurons également le suivi de la discipline des officiers de police judiciaire et de leurs activités en matière de renseignement sur la commission des infractions. Nous veillons, par ailleurs, à l’application stricte de la loi, notamment du Code pénal, du Code de procédure pénale et des autres textes législatifs applicables. Nous ne ménageons aucun effort dans l’accomplissement de cette noble mission. Sans justice, il ne peut y avoir de développement durable. La justice constitue aujourd’hui l’un des fondements essentiels du développement. C’est pourquoi les autorités ont placé la justice au cœur de leurs priorités.
Une justice fiable, accessible à tous, rendue dans le respect des lois de la République et au service de la population est indispensable au progrès de notre pays. Je profite de cette occasion pour féliciter le chef de l’État, Mamadi Doumbouya, ainsi que le garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, pour cette initiative de visites de terrain et de contact direct avec les justiciables et les acteurs de la chaîne pénale. Pour réussir cette mission, nous devons veiller rigoureusement au respect des lois de la République. Cela nécessite une collaboration étroite entre la justice et les forces publiques, notamment la Police nationale et la Gendarmerie nationale, qui sont dépositaires de la force publique. Des difficultés peuvent survenir dans l’exercice de nos missions, mais, dans le ressort de la Cour d’appel de Kankan, nous bénéficions d’une bonne collaboration avec les services de l’État, les collectivités, les mairies, les préfectures, le gouvernorat ainsi que les autres secteurs de l’administration. Nous travaillons également en bonne intelligence avec les services des eaux et forêts, la Police nationale et la Gendarmerie nationale. Cette collaboration contribue aux résultats que le garde des Sceaux a pu constater au cours de sa visite dans notre ressort judiciaire.
Lerenifleur224.com : L’accès à la justice demeure un défi pour les citoyens vivant loin du siège de la Cour d’appel, notamment en Haute-Guinée et en Guinée forestière. Quelles mesures envisagez-vous pour rapprocher davantage la justice de ces populations ?
Marwane Baldé : Il s’agit avant tout de s’inscrire pleinement dans la mission de service public de l’État. La justice est rendue pour les citoyens et doit être au service de la population. Nous devons rester ouverts, accessibles et à l’écoute des personnes qui rencontrent des difficultés ou qui sont victimes d’infractions dans notre société. Il ne faut pas s’enfermer dans les bureaux ou rester éloignés des réalités quotidiennes de la population. Nous devons aller à la rencontre des citoyens, écouter leurs préoccupations et apporter des réponses à leurs problèmes, dans le respect de la loi. Il est également essentiel d’informer la population sur le fonctionnement de la justice et sur l’existence des textes législatifs qui régissent notre société. L’analphabétisme et la méconnaissance des lois constituent parfois des obstacles à une meilleure compréhension des droits et des obligations de chacun. Or, le principe est clair : il ne peut y avoir d’infraction sans texte de loi. Le Code pénal, le Code de procédure pénale et les autres textes législatifs sont élaborés dans l’intérêt de la société et de la population que nous, représentants du ministère public, avons pour mission de protéger. Notre devoir est donc d’agir conformément à la loi et d’exercer fidèlement notre mission de service public. C’est ainsi que nous pourrons rassurer les citoyens et renforcer leur confiance dans les institutions judiciaires.

Lerenifleur224.com : Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser à la population de Kankan et, plus largement, aux citoyens relevant de votre ressort judiciaire ?
Marwane Baldé : Je voudrais inviter la population à faire confiance à l’État, à ses représentants et aux acteurs de la chaîne pénale. L’État n’est pas contre les citoyens ; il est un instrument de protection au service de la population. J’invite également chacun à respecter les lois et les coutumes, ainsi qu’à collaborer avec les services de sécurité, notamment la Police nationale et la Gendarmerie nationale. Lorsqu’un citoyen rencontre un agent de police ou un gendarme en uniforme, il ne doit pas systématiquement éprouver de la peur. Il doit plutôt comprendre que la mission de ces agents est de protéger la population et ses biens, dans le respect des lois de la République. De leur côté, les officiers de police judiciaire et les autres dépositaires de la force publique doivent exercer leurs responsabilités conformément à leurs missions. Quant à nous, magistrats du parquet et représentants du ministère public, nous avons pour mission de défendre les intérêts de la société tout entière. Nous devons veiller à ce que la population soit protégée, que ses membres soient en sécurité et que leurs biens soient garantis. C’est dans cet esprit de confiance, de collaboration et de respect de la loi que nous pourrons contribuer à une justice plus accessible et plus efficace.
Lerenifleur224.com : Merci beaucoup, Monsieur le Procureur général, pour cet entretien.
Marwane Baldé : C’est à moi de vous remercier.
Entretien réalisé par Rama Fils, pour lerenifleur224.com