Justice à Kankan : le président du TPI met l’accent sur la célérité et le respect des droits de la défense, près de 25 affaires criminelles jugées
Zoom sur le Tribunal de première instance de Kankan : son président, Mamadou Saliou Diakité, revient sur le fonctionnement de la juridiction, le traitement des dossiers, l’accès à la justice et les attentes des acteurs judiciaires. Situé dans la deuxième ville de Guinée, le Tribunal de première instance de Kankan occupe une place importante dans le dispositif judiciaire du pays. À l’occasion d’un zoom réalisé par notre équipe de rédaction, les acteurs de cette juridiction se sont prêtés aux questions sur les réalités judiciaires et infrastructurelles auxquelles ils sont confrontés. Dans cette première intervention, le président du tribunal, Mamadou Saliou Diakité, évoque l’organisation du service, la collaboration avec le parquet, les efforts engagés pour le traitement des dossiers et les perspectives d’amélioration du fonctionnement de la justice.
Dès l’entame de son intervention, le président du Tribunal de première instance de Kankan a tenu à remercier les plus hautes autorités du pays, notamment le chef de l’État, grâce à la volonté duquel, selon lui, il a été nommé à la tête de cette juridiction, sur proposition du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits de l’Homme.
Depuis sa prise de fonction, Mamadou Saliou Diakité affirme que le travail se déroule dans de bonnes conditions avec l’ensemble de son équipe.
« Avec toute l’équipe, je crois que, depuis lors, ça se passe très bien », a-t-il indiqué.
Abordant la collaboration entre le siège, le parquet et le greffe, le président du tribunal insiste sur l’importance de la cohésion au sein de la juridiction.
« La force d’un service, c’est l’osmose, c’est l’entente entre ceux qui composent le tribunal. À ce titre, le personnel du Tribunal de première instance de Kankan est un personnel soudé. La collaboration est tout à fait normale. Le service parquet, le service judiciaire de façon générale et le service greffe, tout se passe très bien », a-t-il expliqué.
Selon lui, les dossiers sont régulièrement enregistrés et répertoriés, tandis que le registre général des affaires civiles continue d’évoluer. Il fait état de plus de 200 numéros au registre général des dossiers civils à la date de l’entretien.
Sur la question du traitement des dossiers, Mamadou Saliou Diakité souligne que les performances d’une juridiction dépendent notamment de l’organisation du travail et de la capacité des acteurs à faire face aux difficultés.
« Tout travail, en soi, a ses difficultés, mais il faut se donner les moyens de les surmonter. On ne peut pas tout attendre de l’État. Bien sûr que l’État est là, mais il faut se donner les moyens, se créer les conditions pour pouvoir tenir les audiences, tant au niveau correctionnel, surtout au niveau criminel », a-t-il déclaré.
À son arrivée à la tête du tribunal, explique-t-il, sa première démarche, menée en collaboration avec le procureur de la République, a consisté à faire l’état des lieux des dossiers correctionnels et criminels en instance.
Cette démarche a notamment permis, selon lui, de tenir une première session criminelle au cours de laquelle près de 25 dossiers ont été jugés. Le président évoque également une vingtaine d’affaires, voire près de 30, examinées dans le cadre de cette session.
Pour lui, cette opération constitue un résultat important dans le traitement des dossiers en instance et illustre l’intérêt d’une collaboration étroite entre les différents acteurs de la chaîne judiciaire.
Concernant le volume des affaires examinées au quotidien, il précise que cela dépend des rôles d’audience. Une audience civile peut compter plus de 20 dossiers, voire 25, tandis qu’une audience correctionnelle peut en enregistrer une quinzaine. Les affaires de flagrant délit sont également prises en charge, selon ses explications. Le président tient toutefois à distinguer la célérité judiciaire d’une simple volonté d’aller vite.
« C’est la célérité, pas la rapidité à outrance, mais la célérité en tenant compte des droits des uns et des autres. Même si la célérité doit être recherchée, vous devez quand même donner à celui qui est jugé devant vous le pouvoir et la latitude de se défendre. C’est extrêmement important. Il faut distinguer les deux choses : la célérité ne veut pas forcément dire vitesse », a-t-il insisté.
Interrogé sur l’accessibilité de la justice à Kankan, le président du tribunal met en avant l’écoute, l’information des justiciables et l’organisation des audiences.
« Notre stratégie, d’abord, c’est le sens de l’écoute, puisque le citoyen, il faut l’informer. Il faut informer le justiciable de ses droits, puisque plus on connaît ses droits, mieux on les exerce et mieux on les revendique », a-t-il souligné.
Selon Mamadou Saliou Diakité, le parquet assure la réception et l’orientation des dossiers avant leur transmission au siège, où leur traitement se poursuit.
Il précise que le Tribunal de première instance de Kankan dispose de trois à quatre compositions d’audience. Outre la composition qu’il préside, avec le procureur et le chef du greffe, trois jeunes magistrats issus de la septième promotion assurent chacun une composition avec un substitut du procureur. Cette organisation permet, selon lui, de tenir des audiences du lundi au vendredi et de traiter les dossiers au fur et à mesure de leur arrivée.
Le juge des enfants, en collaboration avec le substitut chargé des mineurs, intervient également dans le traitement des affaires concernant cette catégorie de justiciables. Pour le président, cette répartition des tâches contribue à assurer la continuité du service judiciaire et à limiter les retards dans le traitement des dossiers.
La visite du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, à Kankan constitue, selon le président du tribunal, une occasion d’échanger sur les réalisations, les difficultés et les besoins de la juridiction.
« Nous sommes très heureux de recevoir Monsieur le Garde des Sceaux. C’est à la fois une satisfaction et un grand intérêt que nous recevons la visite du premier responsable de la Maison de justice en République de Guinée », a-t-il affirmé.
Mamadou Saliou Diakité souhaite profiter de cette rencontre pour présenter les activités menées depuis sa prise de fonction et exposer les attentes de sa juridiction.
Il évoque notamment la redynamisation de l’appareil judiciaire et le renforcement des capacités des acteurs de la justice, notamment les magistrats, les greffiers et l’ensemble des professionnels intervenant dans la chaîne judiciaire.
« Ce sera l’occasion pour nous de soumettre nos préoccupations à sa haute autorité, afin de pouvoir apporter des réponses, mais aussi d’écouter les conseils et les orientations qu’il pourra nous donner. Tout ceci, encore une fois, uniquement dans le cadre de servir le pays, la nation et de rendre la justice au nom du peuple de Guinée », a-t-il précisé.
Invité à attribuer une note au Tribunal de première instance de Kankan en matière de célérité dans le traitement des affaires civiles et pénales, le président a préféré laisser cette appréciation aux autres acteurs.
« Il est très difficile de se juger soi-même. Depuis que nous sommes là, avec le concours de l’ensemble des collègues du tribunal, de Monsieur le procureur, du service du greffe et de tout le personnel, nous faisons notre travail comme il se doit, conformément aux dispositions légales en la matière », a-t-il répondu.
Il rappelle que l’état des lieux effectué à son arrivée a permis d’identifier les dossiers correctionnels et criminels en instance et que la première session criminelle a abouti au jugement de près de 25 affaires.
Le président se dit satisfait du travail accompli jusqu’à présent et annonce que la prochaine session criminelle, projetée dans les jours ou les mois à venir, devrait permettre de poursuivre le traitement des dossiers en instance, au fur et à mesure de leur arrivée.
Au terme de cet entretien, Mamadou Saliou Diakité met en avant la cohésion entre les services, la multiplication des compositions d’audience et les efforts déployés pour traiter les dossiers dans des délais raisonnables, tout en préservant les droits de la défense. Si le président insiste sur les résultats obtenus depuis sa prise de fonction, notamment le jugement de près de 25 affaires criminelles lors de la première session, il souligne également la nécessité de poursuivre les efforts pour améliorer le fonctionnement de la juridiction. Le renforcement des capacités des magistrats, des greffiers et des autres acteurs judiciaires figure parmi les attentes exprimées à l’occasion de la visite du Garde des Sceaux.

Toutefois, la question des infrastructures judiciaires, annoncée dans le cadre de ce zoom de notre équipe de rédaction, mérite également d’être examinée à travers les témoignages des autres acteurs de la juridiction. Car, au-delà de l’organisation interne et de la volonté des professionnels, l’amélioration durable de l’accès à la justice repose aussi sur des conditions de travail adaptées aux besoins du tribunal et des justiciables de Kankan.
Par Rama Fils, de retour de Kankan, pour Lerenifleur224.com