Depuis plusieurs semaines, la ville de Kankan vit au rythme d’une pénurie de carburant qui perturbe fortement le quotidien des habitants. Longues files d’attente dès les premières heures de la journée, flambée des prix sur le marché parallèle et difficultés d’approvisionnement pour les populations des localités environnantes : la capitale de la Haute-Guinée fait face à une situation de plus en plus préoccupante.
Dans les stations-service, les usagers se rassemblent chaque matin bien avant le lever du soleil dans l’espoir d’obtenir quelques litres de carburant. Mais malgré de longues heures d’attente, beaucoup repartent sans avoir été servis.
Ousmane Konaté, élève, témoigne de cette réalité devenue quotidienne :
« Je suis ici depuis 6 heures du matin et je n’ai toujours pas réussi à avoir de l’essence. Cette situation paralyse toutes nos activités. Même pour aller à l’école, cela devient compliqué. »
Comme lui, de nombreux travailleurs, commerçants et transporteurs dénoncent une crise qui s’installe dans la durée et affecte l’ensemble de la population.
Parallèlement à cette rareté dans les stations-service, un marché parallèle s’est progressivement développé. Certains individus parviennent à s’approvisionner dans les circuits officiels avant de revendre le carburant à des prix largement supérieurs aux tarifs réglementaires.
Moustapha Diaby, chauffeur de katta-katta depuis trois ans, condamne cette pratique :
« Certains viennent remplir leurs réservoirs uniquement pour revendre l’essence plus loin à 20 000 ou 25 000 GNF le litre. Tant qu’il n’y aura pas de solidarité, cette crise ne prendra pas fin. »
Pour les citoyens qui ne parviennent pas à s’approvisionner dans les stations-service, le recours au marché informel devient souvent la seule alternative, malgré des prix parfois prohibitifs.
Kémo Condé, venu de Badakö, exprime son mécontentement après une nouvelle tentative infructueuse :
« Depuis 6 heures du matin jusqu’à maintenant, nous sommes là. Si tu veux un litre, tu peux payer jusqu’à 30 000 ou 35 000 francs guinéens. Nous sommes abandonnés sous le soleil et personne ne dit rien. »
Il ajoute une phrase qui résume le sentiment d’abandon partagé par de nombreux habitants :
« Vous pouvez parcourir toute la Guinée, vous ne verrez nulle part une situation pareille. On dirait même que Kankan ne fait plus partie de la Guinée. »

Au-delà des longues files d’attente, cette pénurie affecte l’ensemble de l’activité économique locale. Les déplacements deviennent difficiles, les coûts de transport augmentent et plusieurs secteurs d’activité tournent au ralenti. Face à cette situation, les citoyens rencontrés lancent un appel pressant aux autorités locales et nationales afin que des mesures urgentes soient prises pour mettre fin à cette crise qui perdure.
Par Kadija Kolou Condé pour lerenifleur224.com.