La forte pluie qui s’est abattue dans la soirée du dimanche 19 juillet sur la commune urbaine de Kindia a provoqué d’importants dégâts matériels dans plusieurs quartiers, notamment Yéolé, Caravansérail, Abattoir 2, Gadha Wawa et d’autres endroits de la ville. Des habitations ont été inondées, des murs de clôture submergés, des routes rendues impraticables et de nombreuses familles ont vu leurs biens emportés ou gravement endommagés par les eaux de ruissellement.

Selon les constats effectués sur le terrain ce lundi 20 juillet 2026, plusieurs citoyens sinistrés pointent du doigt l’inachèvement des ponts en construction dans certains quartiers, l’occupation anarchique des lits des rivières ainsi que le mauvais état des systèmes de drainage. Pour eux, ces facteurs ont fortement contribué à la montée des eaux. Les passages naturels d’écoulement, déjà dénoncés à plusieurs reprises, auraient également été obstrués, aggravant ainsi les inondations.

Rencontrée à Caravansérail, Aminata Camara, l’une des victimes, estime que les travaux du pont sont en grande partie responsables de cette situation.

<< Moi, je peux dire que cette inondation est liée aux travaux du pont reliant le quartier Abattoir à Caravansérail. Ce chantier a débuté pendant la saison sèche. À mon avis, les travaux auraient dû être achevés depuis longtemps, mais ils avancent très lentement. Nous n’avons pas à apprendre leur travail aux responsables. Lorsqu’un projet est confié par l’État, il doit être exécuté dans les délais et avec sérieux. Malheureusement, lorsqu’il y a des dysfonctionnements dans la gestion du projet, cela entraîne souvent des retards. Depuis le début des travaux, s’ils avaient été menés avec plus de rigueur, le pont serait déjà terminé et nous n’aurions peut-être pas subi cette situation. En plus, la terre extraite a été déposée derrière notre cour, obstruant le passage naturel des eaux. Hier, nous avons perdu beaucoup de biens. C’est la première fois que nous connaissons une telle inondation. Selon nous, la partie creusée pour les travaux a fortement contribué à cette situation. Même les eaux usées des douches sont remontées et ont envahi notre cour. Nous estimons que cette inondation est due aux travaux du pont, mais aussi à l’occupation anarchique des zones d’écoulement des eaux >>, a-t-elle expliqué.
Une autre habitante de Caravansérail, Mamaïssata Bangoura, revient également sur les moments de panique vécus pendant les intempéries.

<< C’est après les travaux ménagers que nous avons vu l’eau arriver avec une force incroyable. Nous avons eu peur pendant toute la soirée. C’est Dieu qui nous a sauvés. Nous avons évacué une partie de nos bagages chez les voisins. Nos lits et plusieurs de nos meubles ont été envahis par les eaux de ruissellement. Les eaux ont même fait remonter les déchets des douches jusque dans les chambres. C’est une première chez nous. Pour moi, c’est le pont en construction qui a provoqué cette situation. Lorsque l’eau ne trouve pas son passage, elle finit par se créer son propre chemin >>, a-t-elle souligné.
Trouvé dans dans un bas-fond de l’Abattoir1, Mely Sylla, maraîchère, déplore les lourdes pertes enregistrées dans son champ de légumes.

<< Nous sommes très touchés. Toutes nos cultures ont été dévastées par les eaux de ruissellement. Les dépenses que nous effectuons sont énormes : il faut payer le labour, acheter les produits phytosanitaires et entretenir les cultures. Aujourd’hui, nos champs sont envahis par la boue et le sable. Tout cela est dû au manque de canalisations adaptées >>, a-t-elle fait savoir.
Pour Lansana Boukhary Camara, habitant de Caravansérail depuis plus de quarante ans, une telle inondation est sans précédent.

<< Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Nous sommes installés ici, au bord de cette rivière, depuis 1980. Depuis cette date, nous n’avions jamais connu une inondation de cette ampleur. Voir l’eau pénétrer jusque dans ma concession est une première. Il faut aussi parler des constructions anarchiques réalisées tout au long de la rivière. Aujourd’hui, cela fait mal, car ces bâtiments ont été construits sous les yeux des autorités communales et des services de l’habitat. Une maison ne se construit pas en une seule journée. Les autorités auraient dû vérifier si les occupants respectaient les 40 mètres d’emprise prévus le long des cours d’eau >>, a-t-il dénoncé.

Par Mohamed Camara pour Lerenifleur224.com