Les échanges ont été particulièrement tendus, ce jeudi 14 mai 2026, devant la Chambre spéciale de contrôle de l’instruction de la CRIEF, à l’occasion de l’examen de la demande de mise en liberté de Badra Aliou Checkna Koné. Placé en détention à la Maison centrale de Conakry depuis le 30 avril dernier, ce dernier est poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, faux et usage de faux en écritures publiques, escroquerie, prise illégale d’intérêt, conflit d’intérêt, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité. Les montants en jeu dépasseraient les 29 milliards de francs guinéens.
Après avoir examiné la requête introduite par la défense pour obtenir la révocation de la mesure de détention, la juridiction a décidé de mettre l’affaire en délibéré. La décision est attendue pour le 18 mai prochain.
Au cours des débats, les avocats de Badra Koné ont contesté l’ordonnance de placement en détention rendue par la juridiction inférieure. Ils ont notamment évoqué plusieurs irrégularités qu’ils estiment contraires aux dispositions légales, notamment l’atteinte à l’immunité de leur client en tant que candidat aux prochaines élections communales, le non-respect des délais de la procédure de flagrant délit ainsi que l’absence de motivation de la décision de détention.Sur la question de l’immunité, Me Lanciné Sylla a soutenu que son client bénéficie désormais du statut de candidat à la mairie de Matam, ce qui constituerait, selon lui, un obstacle juridique aux poursuites engagées. L’avocat a également estimé que la détention de son client l’empêche de mener campagne, contrairement à l’esprit voulu par le législateur.
Concernant la procédure, la défense affirme que Badra Koné aurait dû être présenté devant le juge le 29 avril, jour de son interpellation, et non le lendemain. Les avocats reprochent également au juge d’instruction de ne pas avoir suffisamment motivé son ordonnance de placement en détention. Des arguments fermement rejetés par le ministère public. Le parquet spécial a rappelé que la loi régissant la CRIEF constitue une loi spéciale qui prime sur les dispositions générales. Pierre Segbé Kamano, substitut du procureur spécial, a insisté sur le fait que les dispositions particulières de la CRIEF s’appliquent pleinement dans cette affaire, écartant ainsi l’argument lié à l’immunité du prévenu. Le magistrat a également soutenu que la procédure avait bien respecté les délais légaux, précisant que le prévenu avait été présenté le jour même de son arrestation. Selon lui, l’ordre de passage des avocats lors des auditions expliquait simplement le déroulement des interrogatoires, sans interruption de la procédure. S’agissant de l’absence présumée de motifs dans la décision de détention, le ministère public a rappelé la gravité des faits reprochés au prévenu ainsi que les montants concernés dans ce dossier.
La partie civile, représentée notamment par Me Sâ Dissy Millimouno, a appuyé les réquisitions du parquet et demandé à la Cour de confirmer l’ordonnance de placement en détention de Badra Aliou Checkna Koné.
À l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré pour une décision attendue le 18 mai 2026.
Par Diaraba Aly, pour Lerenifleur224.com