Lutte contre la désinformation judiciaire : Conakry accueille une session de formation inédite pour les professionnels du droit
Le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Son Excellence Yaya Kairaba Kaba, a officiellement lancé ce mercredi une session de formation continue de trois jours à l’intention des professionnels du droit. Organisée par le Barreau de Guinée en partenariat avec le Centre International en Afrique de Formation des Avocats Francophones (CIFAF) et avec l’appui de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), cette session réunit à Conakry avocats, magistrats, notaires, greffiers et officiers de police judiciaire. Au cœur de cette formation : la lutte contre la désinformation et son impact croissant sur la justice pénale, dans un contexte politique et sécuritaire sensible en Guinée.

Dans son allocution d’ouverture, le ministre Yaya Kairaba Kaba a souligné le caractère vital de cette initiative. Pour lui, « la désinformation est devenue une arme silencieuse et dévastatrice », qui mine la crédibilité de la justice, fausse la perception publique des faits et compromet l’équité des décisions judiciaires. Il a insisté sur la nécessité de doter les acteurs de la chaîne pénale des outils nécessaires pour faire face à ce fléau contemporain

« Un thème d’une brûlante actualité. Désinformation des pratiques professionnelles. La désinformation est devenue une arme silencieuse et dévastatrice. Elle n’est pourtant ni théorique ni abstraite. Elle est concrète, urgente, existentielle. À coup de rumeurs, de montages, de publications mensongères, elle pénètre les prétoires, manipule l’opinion et parfois même influence la justice. »
Le ministre a également rappelé que cette formation s’inscrivait dans la stratégie plus large de refondation du système judiciaire guinéen, impulsée par le président de la République, le Général Mamadi Doumbouya. Cette stratégie vise une justice « agile, intègre et technologique », à travers une série d’actions structurantes, dont la formation sur la cybercriminalité, le droit du développement ou encore la manipulation de l’information en période électorale.

Prenant la parole au nom du Barreau de Guinée, Me Mamadou Souaré Diop, Bâtonnier de l’ordre national des avocats, a salué le caractère inédit et stratégique de cette session. Il a mis en lumière son ouverture à l’ensemble des professionnels du monde judiciaire, au-delà des avocats : une approche « pluridisciplinaire et structurée » indispensable pour aborder des enjeux aussi complexes que la désinformation.
Me Diop a insisté sur le rôle central que doivent jouer les avocats dans la défense de la vérité judiciaire, en particulier dans les périodes de transition politique où les fake news peuvent facilement déstabiliser l’opinion publique. Il a exhorté ses confrères à « s’approprier pleinement les enseignements de cette session », soulignant que « la formation continue n’est pas un luxe, mais une obligation éthique et fonctionnelle ».
« La session qui nous réunit aujourd’hui revêt un caractère tout à fait particulier, non seulement par la qualité de son contenu scientifique, mais surtout par l’ouverture élargie qu’elle consacre à d’autres professionnels du monde judiciaire, au-delà du cercle habituel des avocats. En effet, compte tenu de la sensibilité des thématiques abordées notamment la question des fausses nouvelles et de leur impact sur la justice pénale dans un contexte de transition politique marqué par des impératifs de sécurité, il est apparu essentiel de réunir autour de la même table l’ensemble des acteurs de la chaîne pénale, pour un échange pluridisciplinaire et structuré. »
Cette initiative a été saluée par Arthur Balé, ancien bâtonnier du Bénin et Directeur du CIFAF, comme un jalon important dans le partenariat entre les deux institutions.

« Cette session de formation qu’elle organise à Conakry est un palier atteint dans l’étroite collaboration que M. le bâtonnier de l’Ordre des avocats et le CIFAF ont mise en œuvre », a déclaré M. Balé lors de l’ouverture des travaux. Il a également souligné le rôle essentiel joué par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), partenaire stratégique du CIFAF, dans la concrétisation de cet événement. Ensemble, ils répondent à la volonté du Barreau de Guinée de renforcer les compétences de ses membres face aux enjeux contemporains de la justice. Le thème central de cette session, la lutte contre les fausses nouvelles, soulève des problématiques cruciales dans un contexte où la liberté d’expression côtoie des dérives informationnelles. Pour Arthur Balé, il est indispensable de « polir les aspérités qui, dans la fausse nouvelle, affaiblissent la fiabilité de l’information et mettent en danger l’ordre public ».
Il insiste sur la nécessité d’une participation active de tous les acteurs de la chaîne judiciaire avocats, magistrats, officiers de police judiciaire afin de croiser les approches, confronter les idées, et envisager des pistes concrètes. L’objectif est clair : nourrir une réflexion collective autour des responsabilités inhérentes à la liberté d’expression dans un État de droit.

À l’heure où les rumeurs numériques et les manipulations médiatiques peuvent altérer les décisions de justice, cette session de formation apparaît comme une réponse proactive et ambitieuse. Elle symbolise une volonté partagée entre les institutions nationales, le Barreau de Guinée et les partenaires internationaux de bâtir une justice plus résiliente, mieux informée, et profondément ancrée dans la vérité et l’État de droit.
Par cette dynamique, la Guinée réaffirme sa détermination à faire triompher le droit sur le bruit, la rigueur sur l’approximation, et la justice sur les dérives de l’ère numérique.
Par Rama Fils, pour lerenifleur224.com