Guinée: 100 jours après l’enlèvement de deux de ses cadres, le FNDC dit «craindre vraiment le pire» (Ibrahima Diallo, FNDC)

Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah, deux cadres du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), avaient été enlevés le 9 juillet 2024 à Conakry. Et 100 jours plus tard, ce mouvement de la société civile affiche sa très grande inquiétude face au silence des autorités de transition sur le sujet. « C’est pourquoi nous frappons à toutes les portes pour essayer d’obtenir une enquête internationale des Nations unies, afin d’avoir accès à leur prison, mais aussi à toutes les informations cachées par la junte », souligne le directeur des opérations du FNDC.

Ce 17 octobre 2024, cela fait 100 jours que Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah ont été enlevés en Guinée. Les deux figures du mouvement de la société civile Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), voix critiques à l’encontre des militaires au pouvoir, ont été enlevées le 9 juillet dernier chez eux et devant des témoins. Depuis, leurs familles sont toujours sans nouvelles.

Le 10 octobre, les Nations unies ont fait part de leur « inquiétude croissante ». Dans une déclaration commune, le Groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples affichent leurs « craintes grandissantes » sur les risques de torture, de mauvais traitements, et même d’exécutions extrajudiciaires que pourraient subir Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah.

« La junte n’a pas d’autre choix maintenant que d’assumer ses responsabilités »

Ibrahima Diallo, directeur des opérations du FNDC, en séjour en France, souligne : « Nous craignons vraiment le pire. Quand ils ont été enlevés, on les a envoyés au pénitencier de Fotoba, à la commune de l’île de Kassa, non-loin de Conakry. Donc, nous, nous estimons qu’ils y sont toujours parce qu’on n’a pas reçu une information contraire. Et cette prison-là, c’est vraiment à la responsabilité de la junte. C’est une prison cachée et on a connu déjà la mort du colonel Sadiba Koulibaly [ancien chef d’état-major général des armées décédé durant sa détention, le 22 juin, NDLR] dans la même prison. Le colonel Célestin Bilivogui est également est passé par là ». La mort de cet officier a été annoncée le 25 septembre dernier, un an après son arrestation.

Le cadre du FNDC poursuit : « C’est pourquoi nous frappons à toutes les portes pour essayer d’obtenir une enquête internationale des Nations unies, afin d’avoir accès à cette prison, mais aussi à toutes les informations cachées par la junte. La junte n’a pas d’autre choix maintenant que d’assumer ses responsabilités et de dire clairement ce qu’il s’est passé ou de rendre nos amis, nos camarades. Parce que les familles n’en peuvent plus. »

Billo Bah et Foniké Menguè étaient au domicile de ce dernier, lorsque plusieurs hommes en civil et en uniforme, équipés de véhicules militaires, ont fait irruption en pleine nuit sans mandat et ont emmené de force les deux militants du FNDC, sous les yeux de leurs familles et de leurs voisins.

Le jeune Mohamed Cissé a été arrêté en même temps que ses camarades, avant d’être relâché le lendemain. Il est réapparu dans une vidéo, agité et visiblement traumatisé. Une vidéo dans laquelle il témoigne des circonstances de l’enlèvement. Le jeune Cissé, qui vit caché depuis, raconte qu’ils ont reçu des menaces, notamment qu’on allait leur arracher les dents. Il affirme qu’ils ont subi des gifles, des coups, avant d’être conduits dans un camp militaire sur l’île de Kassa, au large de Conakry.

Depuis, une plainte contre le général et président Mamadi Doumbouya, chef de la junte du CNRD, a été déposé à Paris par les épouses de Foniké Menguè et Billo Bah, pour « disparition forcée ».

De nombreuses organisations africaines et internationales comme Y en a marre, Africtivistes ou Amnesty ont dénoncé cet enlèvement, suivis de l’ONU, des États-Unis, de la Grande-Bretagne.