La tension est montée d’un cran ce lundi matin à Kindia. Très tôt, des femmes vendeuses du Grand Marché sont descendues dans les rues pour exprimer leur mécontentement face à la gestion du bail du marché. Pour se faire entendre, les manifestantes ont barricadé plusieurs axes routiers de la commune urbaine, perturbant ainsi la circulation. Dans un premier temps, la manifestation s’est déroulée sans incident. Les vendeuses, qui disposent de faibles moyens financiers, affirment ne pas être en mesure de louer les magasins et les boutiques aménagés dans le cadre de la réorganisation du marché.

Selon elles, le coût élevé des loyers risque de compromettre leurs activités commerciales et de fragiliser davantage leurs conditions de vie.

Les manifestantes ont scandé des slogans hostiles aux autorités communales, notamment : « Commune zéro, maire zéro ! Le marché de Kindia n’est pas à bailler ! Nous voulons notre marché et nos places ! » Elles brandissaient également des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Vive le président Mamadi Doumbouya, à bas les baux de Kindia ! »

Ces slogans traduisent la colère et l’inquiétude des commerçantes, qui craignent de perdre leurs moyens de subsistance. Pour elles, le Grand Marché doit rester accessible à toutes les catégories de vendeuses, en particulier aux petites commerçantes qui ne disposent pas de ressources suffisantes pour louer des boutiques.
Hadja Marie Avaria : « Tout le marché est baillé au détriment des femmes »

Prenant la parole au nom des manifestantes, Hadja Marie Avaria, présidente des femmes vendeuses et commerçantes du Grand Marché de Kindia, a dénoncé la situation qu’elle juge particulièrement préoccupante.

« Trop, c’est trop ! On nous a tellement amadouées avec les baux au marché de Kindia. Chaque maire qui vient ici nous trompe. J’étais à Conakry pour les funérailles de ma sœur jumelle, mais, en tant que présidente, je ne pouvais pas rester indifférente. Je suis donc venue tôt pour dire que personne n’est dupe dans ce pays, désormais. Tout le marché est baillé au détriment des femmes. Vraiment, dites au président Mamadi Doumbouya, père des orphelins, que nous souffrons et que nous n’avons plus de places au marché. Pourtant, chaque jour, nous payons des taxes alors que nous n’avons pas de places et que nous sommes contraintes de nous installer sur la route, au risque de nos vies. Nous sollicitons donc l’intervention du président afin qu’il nous permette de retrouver nos anciennes places, aujourd’hui baillées et déjà construites, pour que nous puissions exercer librement nos activités. Lorsque les bouchers ont été déguerpis, on leur a donné des places. Pourquoi pas nous ? », a-t-elle déclaré.
De son côté, Bountouraby Camara, vendeuse et participante à la manifestation, déplore les difficultés auxquelles elle et ses consœurs sont confrontées.

« Vraiment, nous souffrons énormément ici. Les autorités nous disent de quitter les lieux pour leur permettre de construire le marché et nous promettent qu’après les travaux, nous aurons des hangars. Mais nous ne voyons que des bâtiments à plusieurs étages avec des boutiques. Aujourd’hui, nous n’avons plus de places et nous sommes installées sur la route. On nous demande également de quitter cet endroit. Nous n’avons désormais aucun espace où étaler nos marchandises. Si le président ne nous vient pas en aide, nous ne savons plus quoi faire », s’est-elle alarmée.
Pour Fatoumata Sylla, vendeuse au Grand Marché et manifestante, la situation actuelle est également source de désolation.
« Aujourd’hui, nous sommes profondément attristées par la situation préoccupante du marché de Kindia. Parmi nous, il y a beaucoup de femmes veuves. Nous n’avons plus de places au marché et, même là où nous étions installées, on vient nous déplacer. Nous sommes des pauvres. Nous demandons donc au président de nous aider afin que nous puissions obtenir des places pour subvenir aux besoins de nos enfants. Si vous constatez que votre enfant n’est pas un bandit ou que votre fille ne se prostitue pas, c’est parce que sa maman fait tout pour lui », a-t-elle souligné.
Au moment où nous mettions cet article en ligne, les manifestantes étaient toujours mobilisées dans les rues de la ville. Les forces de défense et de sécurité sont intervenues pour tenter de calmer la situation, notamment à l’aide de gaz lacrymogènes.
Notre rédaction a tenté de joindre le maire de la commune urbaine de Kindia afin d’obtenir davantage d’explications sur cette situation. Contacté, celui-ci nous a demandé de le recontacter ultérieurement.

La situation reste tendue et les manifestantes ne décolèrent pas. Elles entendent poursuivre leur mouvement de protestation jusqu’à la satisfaction de leurs revendications.
Mohamed Camara, correspondant à Kindia pour lerenifleur224.com