Mamoudou Nagnalen Barry sur France24 : «L’Afrique n’a pas un déficit de talents, mais un déficit de passerelles»

À quelques jours de la tenue de l’African Talent Forum à Istanbul, en Turquie, qui réunira des recruteurs, des dirigeants d’entreprises, des investisseurs et des représentants institutionnels venus de tout le continent, Mamoudou Nagnalen Barry était l’invité du Journal de l’Afrique sur France 24, ce 15 juin 2026. Technocrate reconnu, ancien expert de la Banque mondiale, ancien ministre de l’Agriculture de Guinée et actuel président du conseil d’administration de la Compagnie du Transguinéen, il a partagé sa vision de la valorisation des talents africains et du rôle que peuvent jouer les compétences de la diaspora dans le développement du continent.

D’entrée, Mamoudou Nagnalen Barry a rejeté toute opposition entre les talents locaux et ceux de la diaspora.

« Il n’y a pas d’opposition entre diaspora et talents locaux. Ce qu’il faut savoir, c’est que souvent des talents locaux se transforment en diaspora et vice versa », a-t-il expliqué, s’appuyant sur son propre parcours. Après avoir effectué une bonne partie de ses études universitaires en Guinée et commencé sa carrière dans son pays, il a poursuivi son cursus et son expérience professionnelle aux États-Unis avant de revenir servir la Guinée.

Selon lui, les compétences qui évoluent aujourd’hui à l’international sont bien souvent issues du continent africain. « Ce sont les mêmes personnes, les mêmes capacités, les mêmes compétences qui naviguent généralement entre l’Afrique et l’Occident, parce que beaucoup de ceux qu’on désigne aujourd’hui comme des talents internationaux ont commencé en Afrique », a-t-il souligné.

Pour l’ancien ministre, l’enjeu principal consiste désormais à construire des passerelles entre les besoins des pays africains et les compétences disponibles à travers le monde.

« Il faut plutôt trouver des moyens de créer des ponts, de détecter les talents et de mettre en convergence la demande locale et les capacités qui sont à l’étranger », a-t-il affirmé.

Prenant l’exemple de la Guinée, il a évoqué la mise en œuvre du projet Simandou, présenté comme l’un des plus importants projets de développement du pays. « Nous sommes allés chercher des capacités à l’international pour les faire venir. Nous avons fait venir beaucoup de personnes de la France, des États-Unis, de la Chine et d’Asie afin qu’elles contribuent à la mise en place de ce projet que nous commençons maintenant à exploiter », a-t-il indiqué.

Interrogé sur la manière de transformer les réussites individuelles en succès collectifs, Mamoudou Nagnalen Barry a insisté sur la nécessité de créer une masse critique de compétences. Selon lui, le développement d’un pays ne peut reposer sur quelques individus venus de l’étranger.

« Il ne faut pas seulement faire venir deux ou trois personnes et croire qu’elles vont faire bouger le pays. Ce n’est pas deux ou trois personnes qui viennent de l’étranger qui vont changer les pays, c’est la masse critique qu’il faut créer », a-t-il déclaré.

Cette dynamique passe, selon lui, par une collaboration étroite entre les talents internationaux et les compétences locales. Les premiers doivent apporter leur expérience, leurs réseaux et leur vision, tandis que les seconds offrent leur connaissance du terrain et des réalités nationales.

Revenant sur la gouvernance mise en place en Guinée depuis 2021, il a estimé que les premiers gouvernements formés durant cette période ont constitué « une bonne combinaison des talents internationaux avec les capacités locales », une approche qui permet aujourd’hui d’accompagner les grands projets de développement du pays.

Au-delà de Simandou, il a rappelé que la Guinée mène un vaste programme comprenant 122 méga projets. Parmi les réalisations récentes, il a cité le lancement de trois raffineries de bauxite, une première depuis l’indépendance du pays.

« Depuis l’indépendance de la Guinée, on n’avait pas construit une seule raffinerie de bauxite. Ces trois dernières années, nous avons lancé trois raffineries de bauxite, chacune représentant un investissement de plus d’un milliard de dollars », a-t-il indiqué, soulignant une nouvelle fois que ces avancées sont le fruit de la complémentarité entre talents locaux et internationaux.

S’adressant enfin aux jeunes Africains de la diaspora souhaitant revenir contribuer au développement de leur pays d’origine, Mamoudou Nagnalen Barry a livré un message axé sur l’anticipation et l’adéquation des compétences aux besoins nationaux.

« La première chose, c’est de connaître les besoins de son pays et de savoir où va son pays. Sans cela, vous ne faites pas la formation qui est adaptée aux besoins de votre pays d’origine », a-t-il conseillé.

Pour conclure, il a rappelé que l’Afrique ne souffre pas d’un manque de talents, mais plutôt d’un déficit de connexion entre les compétences disponibles et les opportunités de développement.

« L’Afrique n’a toujours pas un déficit de talents. C’est un déficit de détection et un déficit de création de ponts entre les talents étrangers et les besoins nationaux », a-t-il affirmé.

À travers cette intervention, Mamoudou Nagnalen Barry a défendu une vision pragmatique et inclusive du développement africain, fondée sur la complémentarité entre les talents du continent et ceux de la diaspora. Un message d’espoir qui résonne particulièrement à l’approche de l’African Talent Forum d’Istanbul, où la mobilisation des compétences africaines apparaît plus que jamais comme un levier essentiel pour accélérer la transformation économique et sociale du continent.

Par Rama Fils, pour lerenifleur224.com