Lors de sa prestation de serment, le président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, avait affirmé sa volonté de faire de la promotion des femmes et de la jeunesse l’un des marqueurs majeurs de son mandat. Une ambition qui, au-delà des discours, invite aujourd’hui à s’interroger sur la place que pourraient occuper les femmes au sein des plus hautes institutions de la République.
À l’approche de la mise en place des futures institutions, la question de la représentation féminine dans les sphères de décision apparaît plus que jamais d’actualité. Si la future présidence de l’Assemblée nationale devrait naturellement se jouer entre plusieurs personnalités de premier plan, elle pourrait également constituer un moment important dans l’affirmation du leadership féminin en Guinée.
La fonction de président de l’Assemblée nationale exige en effet un ensemble de qualités particulières : expérience institutionnelle, capacité de dialogue, sens du rassemblement, connaissance des enjeux nationaux et aptitude à porter la voix de la représentation nationale. Plusieurs personnalités disposent aujourd’hui d’atouts significatifs pour prétendre à une telle responsabilité.Parmi les profils régulièrement évoqués figurent des hommes ayant déjà démontré leur capacité à conduire des institutions ou à assumer des responsabilités nationales majeures. Des personnalités comme le Dr Dansa Kourouma comptent parmi les figures dont l’expérience et le parcours nourrissent naturellement les réflexions sur les futures responsabilités institutionnelles. Mais ce qui distingue le contexte actuel des périodes précédentes réside dans la montée en puissance de plusieurs profils féminins dont la légitimité ne peut plus être ignorée dans les débats relatifs aux plus hautes fonctions de l’État. Des femmes comme Makalé Camara et Makalé Traoré ont marqué la vie publique guinéenne et contribué, chacune à leur manière, à ouvrir la voie à une présence plus affirmée des femmes dans les espaces de décision. Cette évolution traduit une réalité nouvelle : les femmes ne sont plus seulement associées à la gestion de secteurs spécifiques, elles apparaissent désormais comme des candidates crédibles à la direction des grandes institutions de la République.
Parmi ces différentes figures féminines, Charlotte Daffé présente un parcours qui retient particulièrement l’attention. Avant son entrée dans l’administration publique, elle a construit une carrière reconnue dans le secteur privé, notamment au sein du secteur privé , où elle a exercé pendant plus de deux décennies des fonctions liées au contrôle interne, à la gouvernance et à la gestion administrative.
Cette expérience lui a permis d’acquérir une solide culture du management et de la conduite des organisations.Son entrée au gouvernement marque une étape importante de son parcours. Nommée ministre de la Pêche et de l’Économie maritime en octobre 2021, elle devient la première femme à diriger ce département stratégique depuis l’indépendance. Une responsabilité qui lui permet d’élargir son expérience des politiques publiques et des enjeux de développement. Son passage au ministère de la Promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes vulnérables contribue ensuite à renforcer son image auprès de nombreuses Guinéennes.
À travers ses initiatives en faveur de l’autonomisation économique des femmes, de la protection des enfants et de l’accompagnement des couches vulnérables, elle s’impose progressivement comme l’une des personnalités les plus identifiées dans le domaine des politiques sociales.
Son parcours se poursuit au sein de la Présidence de la République en qualité de conseillère chargée de l’Environnement et de l’Assainissement, avant son accession à l’Assemblée nationale où elle poursuit aujourd’hui son engagement au service des citoyens.
À l’image de Makalé Camara et de Makalé Traoré, Charlotte Daffé dispose d’une expérience reconnue de l’État et d’un parcours qui force le respect. Toutefois, elle apparaît également comme l’une des représentantes d’une génération plus récente de responsables publiques. Son itinéraire associe expérience du secteur privé, responsabilités gouvernementales, engagement social et présence au sein des institutions de la transition. Cette combinaison entre expérience, proximité avec les réalités sociales et inscription dans la dynamique actuelle des réformes lui confère une image de renouveau institutionnel qui trouve un écho particulier dans le contexte politique actuel.
Sans remettre en cause les mérites des autres figures féminines de premier plan, certains observateurs estiment que son profil correspond davantage aux aspirations d’une génération qui souhaite voir émerger de nouveaux visages à la tête des institutions. Dans cette perspective, Charlotte Daffé ne symbolise pas seulement la promotion du leadership féminin. Elle incarne également l’idée d’un renouvellement des élites publiques à travers un parcours construit dans l’entreprise privée, l’administration, le gouvernement et les institutions nationales.
Au moment où la Guinée s’interroge sur la composition de ses futures institutions, une question demeure : si plusieurs profils crédibles, hommes et femmes, peuvent légitimement prétendre aux plus hautes responsabilités, la volonté affichée de promouvoir les femmes dans la gouvernance nationale trouvera-t-elle son expression jusque dans le choix du futur président de l’Assemblée nationale ?
Dans ce débat, Charlotte Daffé figure incontestablement parmi les personnalités dont le parcours, l’expérience et la symbolique méritent une attention particulière.