Crise de liquidité : « Si l’on veut lutter contre la prévarication des ressources financières, nous devons contrôler la circulation du cash », affirme Ousmane Gaoual Diallo
Depuis plusieurs mois, la Guinée est confrontée à un manque criard de liquidités. Trouver du cash devient une véritable difficulté pour de nombreux citoyens.
À l’occasion d’une conférence de presse animée ce vendredi 27 mars 2025 par le ministre porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, accompagné de son adjointe, celui-ci est revenu sur les enjeux et les difficultés liés à cette crise.
« Il y a beaucoup d’acteurs qui reçoivent encore leurs salaires en espèces. Nous voulons changer cela. Évidemment, cela bouscule les habitudes. Nous invitons les citoyens à utiliser des moyens alternatifs, comme cela se fait dans de nombreux pays, avec une limitation de la disponibilité du cash. Sinon, nous ne nous en sortirons pas. Dans les pays de la zone CFA comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, il est difficile de retirer plus de 300 000 francs CFA en espèces sans éveiller des soupçons. Lorsqu’on veut moraliser la vie économique et lutter contre certaines formes de détournement de deniers publics et de criminalité, il est nécessaire de contrôler le volume d’argent qu’un citoyen peut détenir. En Guinée, il était courant d’acheter une maison d’un million de dollars, soit près de 10 milliards de francs guinéens, en espèces, ce qui n’est pas normal. Il faut que chacun comprenne cela », a-t-il souligné.
Le ministre a également insisté sur la nécessité de mieux encadrer la circulation monétaire
« Si l’on veut lutter contre la prévarication des ressources financières, nous devons contrôler la circulation du cash, mais aussi celle des billets de banque. L’État doit s’assurer de la traçabilité des fonds. Certains citoyens expliquent qu’ils évitent de déposer leur argent à la banque par crainte de prélèvements fiscaux automatiques en cas de litige avec le fisc. Cela les met en difficulté, et ils préfèrent conserver leur argent en espèces. L’État doit donc revoir ces mécanismes et adopter une approche pédagogique pour accompagner les citoyens vers ces changements. »
Il a par ailleurs évoqué les contraintes liées à l’économie informelle
« Dans la vie quotidienne, notamment dans les marchés, les citoyens ont besoin de petites coupures, car tous les acteurs économiques ne sont pas encore intégrés dans un système numérique ou alternatif. »
Poursuivant son intervention, Ousmane Gaoual Diallo a reconnu les difficultés que cette situation engendre pour une partie de la population
« C’est pour cela que l’État prend ses responsabilités pour approvisionner le marché en billets de banque. Mais si nos habitudes ne changent pas, nous serons contraints d’imprimer toujours plus de billets, ce qui a un coût élevé. Le papier utilisé pour imprimer un billet est cher. Par exemple, imprimer un billet de 10 000 francs peut coûter environ 2 000 francs. Chaque fois que ces billets sont thésaurisés, cela représente une perte pour l’économie. Nous ne pouvons pas continuer ainsi indéfiniment. »

Face à cette crise de liquidité, les autorités guinéennes appellent à un changement progressif des comportements, en favorisant les moyens de paiement électroniques et en renforçant la régulation de la circulation monétaire. Toutefois, la réussite de cette transition dépendra autant de la confiance des citoyens envers les institutions financières que de la capacité de l’État à mettre en place des mécanismes adaptés, inclusifs et pédagogiques. Sans une évolution conjointe des pratiques et du cadre institutionnel, la pénurie de cash risque de perdurer et de peser durablement sur l’activité économique du pays.
Par Ousmane Baldé, pour lerenifleur224.com