Guinée : le statut des anciens chefs d’État suscite un vif débat, Mamadou Sylla appelle à une application sélective et élargie.

En Guinée, la loi organique fixant le statut des anciens présidents et anciens chefs de l’État, adoptée le 10 février 2026 mais pas encore promulguée, continue d’alimenter les discussions au sein de l’opinion publique et de la classe politique.

Le texte prévoit l’octroi de privilèges, d’avantages matériels et d’une protection spécifique aux anciens dirigeants ainsi qu’à leurs conjoints. Il inclut également une immunité pour les actes accomplis dans l’exercice régulier de leurs fonctions.

Si certains y voient un cadre juridique nécessaire pour encadrer le statut des anciens responsables, d’autres appellent à une réflexion plus approfondie sur son champ d’application.

Dans une interview exclusive accordée à nos confrères la radio Horizon FM, Elhadj Mamadou Sylla, président de l’Union démocratique de Guinée, a exprimé sa position sur la question.

Selon lui, la loi ne devrait pas se limiter uniquement aux anciens présidents ou ministres. Il propose la mise en place d’une commission chargée d’identifier et d’accompagner certains hauts cadres de l’administration publique reconnus pour leur intégrité.

« La loi qui vient de sortir ne doit pas protéger seulement des ministres ou des présidents. Il y a des cadres vraiment très honnêtes qui ont travaillé, qui n’ont pas volé. On doit vraiment accompagner ces personnes pareilles », a-t-il déclaré.

Pour Mamadou Sylla, l’objectif ne serait pas d’accorder des privilèges ostentatoires, mais plutôt d’offrir un soutien mesuré et ciblé aux responsables ayant servi l’État sans être impliqués dans des détournements. Il évoque notamment la possibilité de leur garantir un logement ou une sécurité matérielle minimale.

Selon lui, cette reconnaissance pourrait constituer un levier efficace dans la lutte contre la corruption.

« Les personnes qui n’ont jamais détourné de l’argent de l’État, on doit vraiment les motiver. Leur trouver un toit quelque part, et là, ça va nous épargner du détournement », a-t-il soutenu.

En revanche, le président de l’UDG se montre catégorique sur un point : il rejette toute idée d’amnistie généralisée.

« Non, on ne doit pas amnistier tout le monde, ça doit être du cas par cas », a-t-il insisté, estimant que la responsabilité individuelle doit primer.

Mamadou Sylla rappelle qu’un chef d’État peut commettre des fautes graves, y compris des violations de la loi ou des parjures. À ses yeux, le statut d’ancien président ne devrait pas constituer un bouclier automatique contre d’éventuelles poursuites en cas d’infractions avérées.

Il considère également que les avantages déjà liés à la fonction présidentielle devraient suffire, sans qu’il soit nécessaire d’accorder des privilèges supplémentaires systématiques.

Alors que la loi n’a pas encore été promulguée, les prises de position comme celle de Mamadou Sylla témoignent de la sensibilité du sujet. Entre reconnaissance du service rendu à la Nation et exigence de redevabilité, le débat reste ouvert en Guinée.

Par Mimi Bangoura, pour lerenifleur224.com