Accidents de la route en Guinée : un bilan 2025 alarmant qui interpelle les autorités

L’Agence Guinéenne de Sécurité Routière (AGUISER), placée sous la tutelle du Ministère des Transports, a rendu public le bilan des accidents de la circulation survenus en Guinée au cours de l’année 2025. Des chiffres jugés préoccupants, révélant une situation routière de plus en plus inquiétante dans le pays.

Selon les données officielles, 3 305 accidents de la route ont été enregistrés sur l’ensemble du territoire national, soit une augmentation de 33,5 % par rapport à l’année 2024. Ces drames ont coûté la vie à 528 personnes, fait 702 blessés graves et 888 blessés légers, sans compter les importants dégâts matériels ayant touché des centaines de véhicules et de motos.

Interrogé sur ce bilan, Ousmane Salami Camara, président de l’Association Auto Prévention et Secourisme en Guinée, estime que ces chiffres sont largement en deçà de la réalité. Pour lui, même un seul décès est déjà de trop.

« Si l’on fait un simple calcul statistique, cela signifie que la Guinée perd en moyenne deux personnes par jour à cause des accidents de la route. Même certaines maladies ne font pas autant de victimes », déplore-t-il.

Selon cet acteur de la sécurité routière, de nombreux cas échappent aux statistiques officielles. Il souligne que plusieurs victimes décèdent à l’hôpital ou dans des structures sanitaires informelles, sans jamais être recensées. « Les chiffres publiés par les autorités reposent uniquement sur les cas officiellement déclarés, notamment les accidents collectifs. En réalité, le nombre de victimes est bien plus élevé », affirme-t-il, qualifiant ainsi le bilan officiel de « minime » au regard de la situation réelle.

 

Les principales causes des accidents recensées par l’AGUISER sont l’excès de vitesse, le non-respect du Code de la route, la surcharge, l’imprudence des conducteurs, le mauvais état des véhicules, la dégradation des routes ainsi que la consommation de stupéfiants. À cela s’ajoute, selon Ousmane Salami Camara, un facteur déterminant : l’impunité.

 

Pour lui, la responsabilité est certes partagée, mais le non-respect des lois et règlements relatifs à l’utilisation de la voie publique reste la cause principale.

« Nous n’avons presque jamais vu des conducteurs traduits devant les tribunaux et condamnés pour des accidents de la circulation. Cela entretient un sentiment d’impunité », dénonce-t-il.

S’appuyant sur les principes du Code de la route, il rappelle que l’accident n’est pas une fatalité, mais le résultat d’une accumulation de risques.

« Le facteur humain représente aujourd’hui près de 99 % des causes d’accidents, suivi de l’état des véhicules et de celui des routes », explique-t-il. Il pointe du doigt l’insuffisance de la formation, de la sensibilisation et de l’éducation routière, estimant que leur absence expose davantage les usagers de la route.

Ousmane Salami Camara évoque également les conditions d’obtention des permis de conduire, l’organisation des visites techniques, l’état des infrastructures routières, la consommation d’alcool ou de drogues, le non-port de la ceinture de sécurité et la surcharge dans les transports en commun.

« Beaucoup de conducteurs fréquentent des maquis situés à proximité des gares routières avant de prendre la route. Lorsqu’un accident survient, on parle de fatalité. Or, ce n’en est pas une », insiste-t-il.

Face à cette situation, il appelle à une prise de conscience collective et à des mesures fermes pour sauver des vies.

« Il faut agir maintenant. La sécurité routière doit devenir une priorité nationale afin de protéger les Guinéens », conclut-il.

 

Par Mimi Bangoura, pour Lerenifleur224.com