Guinée : Amnesty International révèle un rapport sur les abus envers les travailleurs des plantations liées à la SOGUIPAH

Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi à Conakry, Amnesty International a présenté son rapport sur les violations des droits humains constatées dans les plantations liées à la Société guinéenne de palmiers à huile et d’hévéa (SOGUIPAH).

Selon Fabien Offner, chercheur à Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, les autorités guinéennes doivent impérativement veiller à ce que les entreprises respectent leurs obligations en matière de droits humains et de protection de l’environnement.

 

 

« Cette exigence ne concerne pas uniquement la SOGUIPAH. Elle s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par de grands projets économiques tels que Simandou 2040 et d’autres projets miniers d’envergure. Nous recommandons l’adoption d’une loi sur le devoir de vigilance, afin de prévenir les atteintes aux droits humains et les préjudices environnementaux », a-t-il expliqué.

Amnesty International préconise également la mise en œuvre immédiate du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) sur tout le territoire, conformément à l’article 241.7 du Code du travail guinéen et aux conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) ratifiées par la Guinée. L’objectif, selon l’organisation, est de garantir à chaque travailleur  y compris ceux des plantations familiales une rémunération décente leur permettant de vivre dignement.

Par ailleurs, Amnesty International exhorte la SOGUIPAH à assurer un prix d’achat équitable pour les producteurs de caoutchouc et d’huile de palme, en adéquation avec les prix du marché régional et international, afin de garantir un revenu juste et durable aux planteurs familiaux et à leurs employés.

Concernant la liberté d’expression, le droit d’association et de réunion pacifique, l’organisation rappelle que ces droits fondamentaux doivent être pleinement garantis par les autorités, conformément au droit international et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Elle appelle également l’Inspection du travail à mener sans délai une mission sur les sites de la SOGUIPAH pour constater les faits et faire appliquer les dispositions légales en vigueur.

De son côté, Thierno Souleymane Sow, directeur exécutif d’Amnesty International Guinée, a insisté sur la nécessité d’assurer la sécurité des témoins et des victimes.

 

« La priorité, c’est d’abord d’assurer la sécurité de ces personnes, surtout dans un climat de peur généralisé. Lors de nos missions de terrain, beaucoup étaient réticents à parler à des étrangers. Nous avons donc privilégié la discrétion pour protéger les témoins. Les cas sont bien documentés et nous avons commencé à en discuter avec les autorités, notamment avec la ministre de l’Agriculture. Nous espérons également rencontrer le directeur de la SOGUIPAH afin d’examiner les mesures de réparation possibles », a-t-il

En appelant à une loi sur le devoir de vigilance, à une meilleure application du Code du travail et à une responsabilisation accrue des entreprises publiques, l’organisation souhaite encourager un modèle économique plus juste et durable. Reste désormais à savoir si les autorités guinéennes et la SOGUIPAH prendront des mesures concrètes pour répondre à ces préoccupations et améliorer les conditions de vie des travailleurs et des producteurs locaux.