28 septembre. « J’étais au stade, j’ai vu deux femmes nues…, aperçu des cadavres » [Ibrahima Diallo]

Lorsque je me suis retourné, il m’a demandé de l’aide : il avait pris une balle dans la cuisse. Quand j’ai fait deux pas vers lui, j’ai vu pour la première fois un agent habillé en tenu militaire avec un béret vert sur la tête, tirer horizontalement en se dirigeant vers nous, je me suis enfui en catastrophe pour rejoindre le grand groupe. Impuissant, je n’ai pas pu porter secours à ce jeune homme qui en avait tant besoin. Cette situation m’a hanté pendant longtemps et je me suis toujours demandé s’il a été achevé ou s’il a réussi à sauver et survivre.

Nous avons continué à tourner jusqu’au niveau d’un arbre au mur du stade contiguë aux restaurants de la terrasse. C’est là que nous sommes restés immobiles mains en l’air avec l’espoir de l’instinct de survie. Soudain, nous avons été aspergés de gaz lacrymogènes par des agents postés dehors, que la hauteur du mur ne permettait pas de d’identifier.

Cette situation a rendu l’air irrespirable mais la réaction d’un homme devant moi m’a donné à sourire et à me libérer de la peur comme par magie. Pendant qu’on souffrait des gaz lacrymogènes, cet homme a dit à voix haute qu’il a besoin de boire du lait. Cette réaction m’a fait sourire et à lieu le don de me faire oublier un instant l’épreuve à laquelle je fais face.

avait un groupe mixte de gendarmes et de policiers à nouveau, ils détenaient pour certains des bois et pour d’autres des couteaux et armes de guerre. Ils frappaient le groupe par les bois et effraient avec les couteaux et armes pour retirer les téléphones des gens. J’ai réussi à sortir avec mon téléphone et sans être frappé par ce que je me suis introduit au milieu du groupe d’au moins mille personnes.

Nous avons donc été les derniers manifestants à sortir du stade; moi Sain et sauf par la grâce de Dieu ( je suis croyant).

Pour aider à la manifestation de la vérité sur le massacre du 28 septembre 2009 et à éclairer le tribunal, le témoignage de la Croix-Rouge est fondamental, sinon indispensable au procès.

Durant toute la durée des événements, les agents de la Croix-Rouge, que j’ai identifiés par leur tenue et véhicule, étaient à l’entrée du stade et à l’intérieur pour secourir les blessés. Ils sont en mesure de faire le récit détaillé et précis de l’événement, d’indiquer les corps au sein des forces de défense et de sécurité qui étaient présents et aussi de donner le moment du début des tirs et ceux qui en sont à l’origine.

Une fois sortie du stade, j’ai pris la direction de la maison en passant par les quartiers car c’était risqué d’emprunter les voies normales pour éviter de croiser des agents des forces de défense et de sécurité.

Arrivé à Bembeto magasin très fatigué, faim et soif, j’ai traversé la route le prince pour trouver refuge chez un camarade du lycée qui habite à cet endroit . Il a fallu trois (3) jours après pour que je parvienne à rentrer chez moi à Kaporo-rail demoudoula.

Paix à l’âme des victimes. Une pensée positive renouvelée à l’endroit des blessés et des victimes de violences.

Ibrahima Diallo

Coordinateur de Tournons la Page Guinée,

Responsable des Opérations du FNDC