Kindia : entre hausse des loyers, manque d’électricité et précarité, le logement devient un casse-tête pour les étudiants de Foulayah

Trouver un logement à Foulayah, où se trouve l’Université de Kindia, relève aujourd’hui d’un véritable parcours du combattant pour de nombreux étudiants. Entre la hausse régulière des loyers, les exigences de paiement de plusieurs mois à l’avance, les problèmes d’électricité dans certaines résidences et les difficultés financières, les conditions de logement deviennent de plus en plus préoccupantes.

 

 

Niouma Revion Kamano, étudiant en fin de cycle en sociologie, déplore cette situation. Selon lui, le prix des chambres a considérablement augmenté au fil des années, tandis que certains bailleurs exigent désormais le paiement de plusieurs mois de loyer à l’avance.

« Notre vie est devenue compliquée, et la situation ne cesse de s’aggraver. À notre arrivée, nous payions 70 000 francs guinéens par mois. L’année suivante, le loyer est passé à 90 000 francs guinéens par chambre. En troisième année, le prix n’a pas augmenté, mais les bailleurs nous ont demandé de payer cinq, voire neuf mois de loyer à l’avance. Si tu ne paies pas, tu es automatiquement obligé de quitter la chambre. J’ai traversé beaucoup de difficultés, surtout que je ne connaissais personne à mon arrivée à Foulayah. Avec les moyens limités de nos parents et le manque de soutien financier, ce n’est vraiment pas facile », témoigne-t-il.

Même constat chez Sia Marie Millimono, étudiante en troisième année de sociologie. Elle dénonce notamment les exigences financières de certains bailleurs, qui contraignent les étudiants à consacrer une grande partie de leurs ressources au paiement du loyer, au détriment de leurs besoins quotidiens.

 

« Lorsque nous quittons nos parents pour venir ici, ils pensent parfois que nous avons déjà les moyens de leur envoyer de l’argent. Pourtant, nous nous débrouillons grâce à de petits commerces et à d’autres activités pour subvenir à nos besoins. Lorsqu’un bailleur te demande de payer 1 500 000 francs guinéens pour toute l’année, c’est un véritable problème. Après avoir payé cette somme, il ne te reste presque rien pour acheter du riz et les autres produits de première nécessité », explique-t-elle.

À ces difficultés financières s’ajoute le problème de l’électricité dans certaines résidences. L’étudiante affirme ne pas bénéficier d’une alimentation électrique stable depuis son arrivée. Elle dénonce également l’installation d’un compteur électrique commun à plusieurs chambres, dont les frais de recharge sont à la charge des occupants, même lorsque leur consommation est faible.

 

De son côté, Alexis Mami, étudiant en première année de biologie, dénonce une autre pratique de certains bailleurs : l’augmentation du loyer lorsque deux étudiants partagent une même chambre.

 

 

« Actuellement, les bailleurs ont changé de système. Si je suis seul dans une chambre, je peux payer 1 500 000 francs guinéens pour l’année. Mais si une autre personne vient partager la chambre avec moi, le prix double et passe à 3 millions de francs guinéens. Pour nous, étudiants, ce n’est pas avantageux. Nos parents ont déjà du mal à nous soutenir, et nous sommes obligés de nous débrouiller pour trouver ne serait-ce que de quoi manger », déplore-t-il.

Face à cette situation, il invite les propriétaires à revoir leurs pratiques et à permettre aux étudiants de partager les chambres sans augmenter systématiquement le prix du loyer.

Interpellé sur ces difficultés, le recteur de l’Université de Kindia, le professeur Akoye Mansa Zoumanigui, reconnaît les problèmes rencontrés par les étudiants. Il précise toutefois que les résidences concernées appartiennent à des particuliers et ne relèvent donc pas directement de l’administration universitaire. Il affirme avoir déjà entrepris des démarches auprès des trois maires de Kindia afin de trouver des solutions pour faciliter l’accès des étudiants au logement. Toutefois, ces initiatives n’ont pas encore produit les résultats escomptés.

Le recteur annonce également une prochaine rencontre avec les propriétaires des résidences afin d’échanger sur leurs pratiques et de rechercher un terrain d’entente.

 

 

« Je me suis rendu compte que le message transmis aux autorités communales n’est pas encore suffisamment parvenu aux propriétaires des résidences. J’envisage donc, la semaine prochaine, de convoquer tous les propriétaires pour discuter de la manière dont ils traitent les étudiants. Beaucoup viennent me dire qu’on leur demande de payer neuf ou dix mois de loyer à l’avance. Un étudiant ne peut pas facilement trouver 1 500 000 francs guinéens en une seule fois pour se loger. C’est difficile », reconnaît-il.

En attendant des mesures concrètes, les étudiants de Foulayah continuent de faire face à la cherté des loyers, aux exigences des bailleurs et aux difficultés liées à l’accès à l’électricité. Une situation qui soulève la question des conditions de vie des étudiants et de la nécessité de trouver des solutions durables pour leur garantir un logement décent et accessible.

 

Par Mohamed Camara, pour lerenifleur224.com