Détention de Me Sory Daouda Camara à Coyah : la Chambre des huissiers menace d’un mouvement de débrayage

La Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée (CNHJG) monte au créneau après le placement sous mandat de dépôt de deux de ses membres, dont son président honoraire, Me Elhadj Sory Daouda Camara. La corporation envisage des mesures de protestation si ses collègues ne recouvrent pas rapidement leur liberté.

Me Elhadj Sory Daouda Camara, président honoraire de la CNHJG, et Me Mandiou Sangaré sont détenus à la prison civile de Coyah depuis le mardi 29 septembre 2026. Les deux auxiliaires de justice ont été interpellés dans le cadre d’une procédure portant notamment sur des faits présumés d’« escroquerie au jugement » et de « faux en écritures publiques ».

Face à cette situation, la Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée a convoqué, ce jeudi 1er octobre 2026 à Conakry, une assemblée générale extraordinaire. Cette rencontre avait pour objectif d’examiner la situation de leurs confrères et de définir les démarches à entreprendre pour obtenir leur remise en liberté.

À l’issue de la réunion, le président de la CNHJG, Me Aboubacar Camara, a expliqué les raisons de cette mobilisation et annoncé les mesures envisagées si aucune solution n’est trouvée.

« Nous sommes en train de traverser une épreuve difficile. Notre président honoraire, Elhadj Sory Daouda Camara, ainsi que l’un de nos confrères, Me Mandiou Sangaré, ont été interpellés et placés sous mandat de dépôt par la CRIEF, pour une procédure qu’ils ont menée dans le cadre de leur activité professionnelle. Sur ce plan, nous estimons n’avoir rien à leur reprocher », a-t-il déclaré.

Selon lui, plusieurs démarches ont déjà été entreprises afin d’éviter le placement en détention des deux huissiers, sans toutefois aboutir.

« Nous avons mené les démarches nécessaires pour éviter qu’ils soient placés en prison, mais nous ne sommes pas parvenus à obtenir leur libération. C’est pourquoi nous avons jugé nécessaire de réunir l’ensemble des huissiers de justice en assemblée générale extraordinaire afin de prendre des dispositions pour qu’ils puissent recouvrer leur liberté », a poursuivi Me Aboubacar Camara.

La CNHJG compte, dans un premier temps, saisir officiellement son autorité de tutelle, le ministère de la Justice.

« Nous avons pris un certain nombre de résolutions. La première consiste à informer, dès le lundi 5 octobre 2026, notre autorité de tutelle, le ministère de la Justice. Nous allons leur notifier que les huissiers ont décidé que, si leurs collègues ne retrouvent pas leur liberté, nous serons obligés de prendre des dispositions pour qu’ils puissent la retrouver », a expliqué le président de la Chambre.

Parmi les mesures envisagées figure notamment un mouvement de débrayage au sein de la corporation.

« Nous allons faire un mouvement de débrayage. Mais nous ne pouvons pas le faire sans informer au préalable le ministère de la Justice, dont nous relevons », a-t-il précisé.

 

Me Aboubacar Camara affirme par ailleurs que la corporation considère que les deux huissiers ont agi dans le cadre de l’exécution d’une décision de justice et conteste les conditions dans lesquelles ils ont été conduits en détention.

« Les infractions qui leur sont reprochées, je n’ai pas encore pris connaissance de l’intégralité du contenu de la procédure, mais j’ai échangé avec les avocats. Il s’agit notamment d’escroquerie au jugement et de faux en écritures publiques », a-t-il indiqué.

Selon le président de la CNHJG, les faits reprochés aux deux huissiers seraient liés à l’exécution d’une décision de justice rendue en faveur d’une avocate.

« C’est un acte qu’ils ont posé dans le cadre de l’exécution d’une décision qui avait été rendue en faveur d’une avocate. Une plainte a été déposée contre eux. Ils ont été entendus à la greffe avant que le dossier ne soit déféré à la CRIEF », a-t-il expliqué.

Tout en reconnaissant le principe selon lequel nul n’est au-dessus de la loi, Me Aboubacar Camara estime que ses confrères auraient dû pouvoir comparaître libres.

« Puisque personne n’est au-dessus de la loi, nous avons souhaité qu’ils comparaissent librement. Mais nous n’avons pas été entendus », a-t-il regretté.

Et de conclure : « Au moment où je vous parle, Elhadj Sory Daouda Camara, notre président honoraire, et notre confrère Me Sangaré sont placés sous mandat de dépôt et détenus à la prison civile de Coyah. Nous estimons qu’ils ne méritent pas cette situation et nous ne sommes pas d’accord. »

La Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée entend désormais saisir officiellement le ministère de la Justice avant de décider des éventuelles actions à mener pour obtenir la libération de ses deux membres.

 

 

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