Guinée : Dr Sékou Koureissy Condé appelle les acteurs politiques à renouer avec le dialogue

À l’approche de la célébration du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République de Guinée, le Dr Sékou Koureissy Condé, président de l’Observatoire National Autonome de Supervision du Référendum Constitutionnel et des Élections (ONASUR-E), a livré une analyse critique de l’évolution de la vie politique guinéenne.

 

 

Invité en début de semaine sur le plateau de la RTG, dans l’émission « Grand Angle », l’ancien acteur politique a notamment revisité l’histoire du multipartisme en Guinée, qu’il situe au lendemain de l’adoption de la Loi fondamentale du 23 décembre 1990.

Selon lui, l’ouverture au multipartisme, qui avait initialement consacré la participation de quelques formations politiques, a progressivement conduit à une multiplication considérable des partis, sans que cette évolution ne s’accompagne nécessairement d’une capacité accrue à construire une action politique commune.

« Nous avons commencé en 1990, le 23 décembre, avec le vote de la Loi fondamentale qui a consacré le multipartisme. Et tous nos problèmes sont partis de là », a-t-il déclaré, s’interrogeant sur ce que les acteurs politiques ont réellement pu accomplir en matière « d’unité d’action », de programmes et de projets politiques.

Fort de son expérience politique depuis 1992, Dr Sékou Koureissy Condé estime que les difficultés récurrentes de la classe politique guinéenne tiennent notamment à son incapacité à parvenir à des compromis, même dans des moments où l’intérêt national devrait, selon lui, primer sur les ambitions partisanes.

Il évoque notamment les différentes tentatives de regroupement et de concertation entre formations politiques, qui, à ses yeux, n’ont pas permis de dégager des positions communes durables.

 

 

Dans son analyse, le président de l’ONASUR-E établit également un lien entre les divisions du champ politique et certaines fractures observées au sein de la société guinéenne.

Il évoque notamment la division entre communautés et générations, ainsi que la méfiance entre différents acteurs et mouvements politiques.

Pour lui, la responsabilité des dirigeants politiques est engagée dans cette situation. Il appelle ainsi les partis à revoir leur approche du pouvoir et à privilégier le dialogue, la médiation et la recherche du consensus.

S’inspirant de l’expérience de la France sous la IVᵉ République et de la position historiquement attribuée au général de Gaulle sur le poids des partis politiques, Dr Koureissy Condé estime que les formations politiques doivent davantage assumer leur responsabilité dans la construction de la stabilité nationale.

« En acceptant le dialogue, en cherchant la médiation. La médiation ne se paye pas. Le dialogue est une question de volonté », a-t-il soutenu.

Pour lui, la stabilité doit constituer un préalable à toute ambition politique. Il invite ainsi les acteurs à dépasser la logique consistant à considérer que seul leur propre camp serait légitime à exercer le pouvoir.

« On ne peut pas dire : “celui qui est là ne doit pas être là, c’est moi qui dois être là”. Là, c’est une erreur », a-t-il martelé.

Interrogé sur la nature du dialogue à privilégier, alors que plusieurs initiatives de concertation ont déjà été engagées par le passé, Dr Koureissy Condé reconnaît les limites des précédentes démarches.

Se présentant comme un acteur engagé dans les processus de réconciliation, il affirme que les différentes tentatives de dialogue entre responsables politiques n’ont pas produit les résultats escomptés. Il insiste toutefois sur le fait que la porte du dialogue demeure ouverte et que la volonté politique constitue, selon lui, le principal préalable à toute sortie de crise.

Il affirme par ailleurs avoir, avant sa prise de fonction à l’ONASUR-E, échangé avec de nombreux responsables politiques autour de la nécessité de privilégier le règlement pacifique des différends.

Dans la dernière partie de son intervention, Dr Sékou Koureissy Condé place la question générationnelle au centre de sa réflexion.

Alors que la jeunesse occupe une place de plus en plus importante dans la conduite des affaires publiques, il estime que les générations politiques précédentes doivent mettre leur expérience au service de cette nouvelle génération plutôt que de chercher à la manipuler.

« Lorsque la jeunesse s’empare du pouvoir avec le niveau qu’elle a atteint aujourd’hui, notre devoir c’est de porter notre expérience, une expérience d’accompagnement », a-t-il déclaré.

À ses yeux, la persistance dans les pratiques de confrontation et la manipulation des opinions éloigneraient les anciens responsables de leur « rôle historique ».

 

 

 

À quelques heures de la célébration du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, cette sortie médiatique du président de l’ONASUR-E remet ainsi au centre du débat les enjeux de cohésion nationale, de responsabilité politique, de dialogue et de transmission intergénérationnelle. Des questions qui demeurent étroitement liées, dans son analyse, à la stabilité et à l’avenir institutionnel du pays.

 

Par Rama Fils, pour Judicalex-gn.org