« La Guinée avance avec ses propres moyens » : le plaidoyer souverainiste de Mamadi Doumbouya à l’ONU
Le président guinéen Mamadi Doumbouya a pris la parole ce mercredi 23 septembre à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York. Devant les dirigeants du monde réunis à l’occasion de la 81e session, le chef de l’État a consacré son intervention au bilan de la trajectoire engagée par la Guinée, à ses réformes institutionnelles et à ses ambitions économiques.
Dans un discours à la fois consacré aux réalisations de son gouvernement et à sa vision de la gouvernance, Mamadi Doumbouya a également plaidé pour des modèles politiques et économiques davantage adaptés aux réalités historiques, sociales et culturelles des pays africains. Après avoir félicité le président de la 81e session de l’Assemblée générale et salué le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le président guinéen a dit s’exprimer devant cette tribune avec « un profond sentiment de fierté mais aussi d’humilité ».
« Je me présente devant cette auguste tribune au nom du peuple souverain de la République de Guinée pour partager avec la communauté des nations le chemin parcouru par mon pays », a-t-il déclaré.
Mamadi Doumbouya est ensuite revenu sur son précédent passage devant l’Assemblée générale des Nations unies. Trois ans auparavant, avait-il rappelé, il avait livré ce qu’il qualifie de « discours de vérité », en contestant la pertinence des modèles de gouvernance importés sur le continent africain.
« J’avais dit que le modèle de gouvernance importé et sa réadaptation sur notre continent n’a pas porté les fruits attendus par nos populations. Je le maintiens », a-t-il affirmé.
Cette fois, le président guinéen a expliqué vouloir adopter une approche différente, davantage axée sur les résultats qu’il attribue à la politique menée dans son pays.
« Je reviens aujourd’hui devant vous dans un esprit différent. Non pour dénoncer, mais pour partager avec vous, avec le respect dû à cette Assemblée, les éléments factuels du chemin que la République de Guinée a choisi de tracer et des résultats que ce choix a produits », a-t-il déclaré.
Sur le plan politique et institutionnel, le chef de l’État a mis en avant l’organisation du cycle électoral guinéen et la mise en place des institutions qui en découlent.
« Sur le fondement de la Constitution, la République de Guinée a organisé l’intégralité de son cycle électoral : présidentielle, législatives, communales, et l’installation de toutes les institutions qui en découlent, financées à 100 % par le trésor guinéen », a-t-il soutenu.
Il a assuré qu’aucun de ces scrutins n’avait été marqué par un incident qu’il considère comme significatif sur l’ensemble du territoire national. Pour Mamadi Doumbouya, cette expérience illustre la capacité d’un État à organiser son processus électoral en mobilisant ses propres ressources.
« Un pays peut, seul, sur ses propres ressources, organiser des élections crédibles, apaisées et transparentes », a-t-il déclaré.
Le président guinéen a également défendu la nouvelle Constitution, présentée comme un instrument destiné à consolider le « vivre-ensemble ».
Il a notamment évoqué une représentation accrue des territoires et des communautés, de nouvelles garanties en matière d’alternance ainsi qu’une gouvernance participative. La diversité culturelle, linguistique et religieuse de la Guinée a également été présentée comme un élément essentiel de l’unité nationale.
« Cette Constitution introduit des innovations profondes en faveur du vivre-ensemble », a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité de considérer la pluralité du pays comme « fondement de l’unité sacrée de la Nation plutôt que comme facteur de division ».
Le chef de l’État a également insisté sur le financement national des opérations électorales : « Toutes ces élections ont été organisées sur notre sol sans l’aide de qui que ce soit », a-t-il martelé.
Sur le terrain économique, Mamadi Doumbouya a présenté plusieurs infrastructures comme des marqueurs de l’action de son gouvernement. Il a notamment cité la construction de plus de 1 000 kilomètres de routes bitumées destinées, selon lui, à améliorer la circulation et à désenclaver les différentes régions du pays.
« Nous avons pu accomplir plus de 1000 kilomètres de routes bitumées qui désenclavent nos régions », a-t-il déclaré.
Le président guinéen a ensuite accordé une place importante au projet Simandou, présenté comme un élément central de la stratégie de transformation économique de la Guinée.
« Le mégaprojet Simandou, le plus vaste projet minier et d’infrastructure d’Afrique, est aujourd’hui réalisé », a-t-il affirmé.
À cette initiative s’ajoutent, selon le chef de l’État, des investissements dans les secteurs de l’éducation et de la santé, avec notamment la construction d’écoles et d’établissements hospitaliers.
« Trois raffineries d’alumine [sont] en cours de construction pour transformer notre bauxite sur notre propre sol », a-t-il indiqué.
Il a par ailleurs affirmé que la Guinée avait achevé ce qu’il présente comme « la plus grande raffinerie d’or d’Afrique en capacité de production ».
Dans son intervention, Mamadi Doumbouya a également présenté le programme « Simandou 2040 », conçu autour d’une perspective de développement couvrant les quinze prochaines années. Pour le président guinéen, ce programme doit permettre de dépasser la seule exploitation minière et de favoriser une transformation plus large de l’économie nationale.
« Le programme Simandou 2040 incarne une ambition de transformation structurelle de notre économie », a-t-il déclaré.
Il a précisé que le projet devait servir de levier pour plusieurs secteurs stratégiques.
« Il ne s’agit pas seulement d’un projet minier, mais d’un véritable levier stratégique pour accélérer le développement des infrastructures, de l’agriculture, de l’énergie, de l’éducation et de la santé », a-t-il expliqué.
Autre axe majeur du discours : la jeunesse guinéenne. Mamadi Doumbouya a estimé que les investissements réalisés ne devaient pas être considérés comme une fin en soi.
« Ces résultats obtenus en moins de trois ans ne sont pas cités par vanité », a-t-il assuré.
Selon lui, la principale richesse du pays demeure sa population jeune.
« Notre plus grande richesse demeure toutefois notre jeunesse », a-t-il ajouté.
Le chef de l’État a ainsi insisté sur l’importance d’une éducation de qualité, de formations adaptées aux besoins du marché de l’emploi et de la création de nouvelles perspectives professionnelles. Il a notamment cité Simandou Academy et la nécessité de développer davantage « de réelles opportunités d’emploi et d’entrepreneuriat ».
Au-delà de la situation de la Guinée, Mamadi Doumbouya a élargi son propos à la question des modèles de gouvernance en Afrique. Il a défendu l’idée que les systèmes politiques et institutionnels ne peuvent être dissociés des réalités propres à chaque nation.
« Lorsque les modèles de gouvernance sont adaptés aux réalités historiques, sociales et culturelles de chaque nation, plutôt qu’importés sans discernement, le développement s’accélère », a-t-il déclaré.
Pour illustrer son propos, il a évoqué certains pays d’Asie et du Proche-Orient, estimant que ceux-ci avaient construit leur développement en s’inspirant des expériences internationales tout en les adaptant à leurs propres contextes.
« Ils n’ont pas attendu qu’un modèle extérieur soit validé pour bâtir leur prospérité », a-t-il affirmé.
Selon lui, ces pays ont su « s’inspirer de l’expérience universelle tout en l’adaptant à leur propre génie national ».
« En une génération, ils ont accompli ce que d’autres ont mis un siècle à réaliser. L’Afrique peut, elle aussi, emprunter cette voie », a-t-il lancé.
Le président guinéen a toutefois tenu à préciser que son appel à davantage d’autonomie dans les choix de développement ne signifiait pas une volonté d’isolement.
« Ce n’est pas un rejet du monde ni de la coopération internationale, bien au contraire », a-t-il assuré.
Mamadi Doumbouya a plutôt appelé à une nouvelle forme de partenariat entre la Guinée et ses partenaires internationaux, fondée selon lui sur le respect mutuel et la souveraineté des États.
Il a ainsi plaidé pour « un partenariat gagnant-gagnant, respectueux de la souveraineté de chaque nation, fondé sur la co-construction, plutôt que sur des schémas préétablis qui ignorent nos réalités ».
En clôturant son intervention, Mamadi Doumbouya a réaffirmé la volonté de la Guinée de poursuivre son engagement au sein de la communauté internationale.
« La République de Guinée, pour sa part, reste et restera un partenaire fiable, ouvert et engagé envers l’ensemble de la communauté internationale dans le respect mutuel de la souveraineté », a-t-il déclaré.
Le chef de l’État a ensuite résumé sa vision en une formule qui a donné le ton à la conclusion de son discours :
« La République de Guinée avance. Elle avance avec ses propres moyens, sur la base de ses propres choix, au service de son propre peuple. »
Une manière, pour le président guinéen, de réaffirmer à la fois la volonté d’autonomie du pays dans ses choix de développement et son attachement à la coopération internationale. Mamadi Doumbouya a enfin renouvelé l’engagement de la Guinée en faveur du droit international et du multilatéralisme.
« Elle le fait dans le respect du droit international, dans l’esprit de la Charte des Nations Unies et dans un esprit de coopération franche et sans exclusive avec l’ensemble de ses partenaires », a-t-il conclu.
À la tribune des Nations unies, Mamadi Doumbouya a voulu présenter une Guinée engagée dans une nouvelle phase de son développement, fondée sur ses propres choix institutionnels, économiques et sociaux. De la réforme de la gouvernance aux investissements dans les infrastructures, en passant par le projet Simandou et la formation de la jeunesse, le chef de l’État a mis en avant les principaux axes de sa vision pour le pays.
Lerenifleur224.com