Hommage à Mohamed Sylla : quel héritage laisse le premier Agent judiciaire de l’État à la justice guinéenne ? (Mohamed Sampil, agent judicaire de l’Etat)
Décédé le 8 septembre 2026, Mohamed Sylla, magistrat éminent et premier Agent judiciaire de l’État de Guinée, a reçu un hommage solennel ce vendredi 11 septembre lors d’un symposium organisé à l’hôpital sino-guinéen.

À cette occasion, l’actuel Agent judiciaire de l’État, Mohamed Sampil, a prononcé une oraison funèbre émouvante. Il y a retracé le parcours exemplaire de cet homme d’État dévoué, rappelant l’impact profond de ses actions sur la structuration, le développement et le rayonnement de l’Agence judiciaire de l’État.

ORAISON FUNEBRE EN HOMMAGE A MONSIEUR MOHAMED SYLLA
Monsieur le Premier Président de la Cour suprême ;
Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, tous protocoles observés ;
C’est avec une profonde émotion et une grande tristesse que nous prenons la parole ici pour rendre un dernier hommage à notre regretté, Monsieur Mohamed SYLLA, Magistrat éminent, ancien Agent judiciaire de l’Etat, et en dernier lieu, Conseiller à la Cour Suprême de la République de Guinée.
En cette douloureuse circonstance, je voudrais au nom de l’ensemble du personnel de l’Agence judiciaire de l’Etat, exprimer notre compassion à sa famille, à ses proches ainsi qu’à tous ceux qui ont eu le privilège de le côtoyer socialement et professionnellement.

Feu Mohamed Sylla est né le 1er janvier 1955 à Kindia. Il était marié avec deux femmes et est père de 11 enfants.
C’est dans sa ville natale qu’il débuta ses études primaires et secondaires avant de poursuivre son cycle universitaire à l’Université GAMAL ABDEL NASSER de Conakry où il obtint une licence en Droit, option Magistrature.
Son entrée dans la vie professionnelle fut marquée par un stage au Tribunal régional de Conakry, le 10 janvier 1981. Cette première expérience lui ouvra la voie à une carrière judiciaire particulièrement riche.
Ainsi, par Arrêté 44 du 26 juillet 1983, il fut nommé Président du Tribunal de deuxième instance de Tougué. Le 20 septembre 1984, il poursuit son ascension en qualité de Conseiller à la Cour d’appel de Labé. Par Décret du 8 juillet 1986, il fut affecté comme Juge de Paix à Dalaba. Souhaitant constamment approfondir ses connaissances et perfectionner sa pratique professionnelle, il suivit entre juin 1990 et juin 1992, une formation à l’école nationale de la Magistrature de Bordeaux, cette formation fut complétée par des stages pratiques au Tribunal de Grande Instance de Vanne et à la Cour d’appel de Rennes, entre septembre 1991 et juin 1992, en France.
Ces expériences renforcèrent une conviction qui ne le quitta jamais : la justice exige la compétence, la rigueur et la volonté permanente de se perfectionner.
Après la création de l’Agence judiciaire de l’Etat, par Décret du 3 novembre 1992, il fallait confier sa direction à une personnalité capable d’incarner les valeurs et les exigences pour l’accomplissement des missions régaliennes de la nouvelle structure créée. Il s’agissait non seulement de trouver un Magistrat compétent, maîtrisant les arcanes du Droit, mais surtout une personne dont l’intégrité morale est au-dessus de tout soupçon.
C’est sur la base de ces critères que Monsieur Mohamed SYLLA fut nommé le 6 juin 1993, premier Agent judiciaire de l’Etat. Cette nomination ne fut pas seulement une étape dans sa carrière. Elle constitua un moment fondateur dans l’histoire de l’Agence judiciaire de l’Etat, qui était à ses balbutiements.
Sous son magistère, l’Agence judiciaire de l’Etat a connu une progression fulgurante et son développement s’accompagna également d’une évolution de son cadre juridique et d’un élargissement de ses attributions et missions.
Son rattachement à la Présidence de la République constitue une autre étape importante dans le renforcement de son autorité et de son efficacité.
Mais au-delà des textes et des structures, il fallait des hommes capables de donner vie à cette institution. Pour l’atteinte de ces nobles objectifs, Monsieur Mohamed SYLLA fut un architecte administratif, un organisateur et un défenseur chevronné des intérêts de l’Etat.
Sous sa direction, l’Agence judiciaire de l’Etat s’illustra par la gestion rigoureuse de nombreux dossiers contentieux et par un recouvrement des créances publiques largement supérieur aux attentes, au bénéfice du Trésor public.
Par son engagement, il contribua ainsi à la consolidation du patrimoine financier de l’Etat et à l’affirmation de l’Agence judiciaire de l’Etat comme une institution essentielle de la protection des intérêts publics.
En sa qualité d’Agent judiciaire de l’Etat, il représenta la République de Guinée pour défendre les intérêts de l’Etat devant plusieurs instances internationales, concernant les contentieux de l’Etat, notamment la Cour internationale de Justice (CIJ) à la Haye (Hollande), dans l’affaire opposant Feu Amadou Sadjo DIALLO dit « DIALLO Cravate » à la République Démocratique du Congo.
Il participa également, en 2005, au soixantième anniversaire de la Cour internationale de Justice à La Haye, comme Invité spécial de son Excellence Kofi ANNAN alors Secrétaire général des Nations Unies.
Cette reconnaissance internationale illustre la confiance dont il bénéficia et la place qu’il occupa dans la défense des intérêts de l’Etat.
Mesdames et Messieurs,

Lorsqu’un homme quitte une Institution, la question qui se pose souvent est celle du bilan qu’il y laisse.
S’agissant de Monsieur Mohamed SYLLA, ce bilan est considérable.
À son départ, il laissa à ses successeurs une institution qui avait atteint sa maturité, disposant de structures solides, de méthodes de travail bien établies et d’une culture administrative capable de répondre efficacement aux missions qui lui étaient assignées.
Il ne laissa pas seulement des fonctions. Il laissa une conception du service public. Il ne laissa passa seulement une identité, une vocation et une ambition.
Il laissa une dynamique institutionnelle hautement solide. C’est pourquoi, actuellement, chaque fois que l’Agence judiciaire de l’Etat défend les intérêts de l’Etat, chaque fois qu’elle œuvre au recouvrement des créances publiques, chaque fois qu’elle contribue à la protection du patrimoine de l’Etat, elle s’inscrit, d’une certaine manière, dans l’œuvre entreprise par son premier dirigeant. L’Institution que nous servons aujourd’hui porte la marque indélébile de son engagement.
Après avoir consacré une partie essentielle de sa vie à la défense des intérêts de l’Etat, Monsieur Mohamed SYLLA poursuivit son parcours au sein de la Présidence de la République.
Ainsi, cumulativement à ses fonctions d’Agent judiciaire de l’Etat, il fut nommé Conseiller juridique du Président de la République. Plus tard, par Décret du 20 août 2008, il fut promu Conseiller du Président de la République chargé des relations avec les institutions républicaines.
Son dernier Poste fut celui de Conseiller à la Cour suprême. Ce dernier Poste revêt une portée particulière. Il rappelle que, derrière les responsabilités administratives et institutionnelles qu’il exerça, Monsieur Mohamed SYLLA meura avant tout un Magistrat, un Professionnel du droit attaché à la justice et à la primauté de la loi. Son parcours fut ainsi celui d’un serviteur de l’Etat qui n’a cessé de mettre ses compétences au service de la nation.
Mesdames et Messieurs,
La disparition de Monsieur Mohamed SYLLA nous rappelle que les institutions ne se construisent pas uniquement par les textes qui les régissent.
Elles se construisent aussi par le travail, la persévérance, la compétence et le dévouement de ceux qui les servent.
À travers son parcours, Monsieur Mohamed SYLLA nous enseigne que l’exercice de la magistrature est une mission exigeante, qui appelle à la fois l’intégrité, l’impartialité, la rigueur et le sens de l’intérêt général.
En ce jour de deuil, l’Agence judiciaire de l’Etat s’incline devant votre mémoire.
Nous saluons le Magistrat que vous avez été, le premier Agent judiciaire de l’Etat que vous avez incarné, le défenseur des intérêts de l’Etat que vous étiez demeuré et l’homme de devoir dont le parcours a marqué durablement notre institution.
Nous n’oublierons pas les onze années remarquables que vous avez passées à sa tête.
Nous n’oublierons pas votre contribution à son édification. Nous n’oublierons pas la rigueur avec laquelle vous avez exercé vos responsabilités.
Nous n’oublierons pas l’héritage que vous avez laissé à vos successeurs.
Votre œuvre demeure.
Votre exemple demeure.
Votre mémoire demeure.
À votre famille, nous adressons nos condoléances les plus attristées et l’expression de notre profonde solidarité.
À l’ensemble des institutions judiciaires, nous disons que la disparition de Monsieur Mohamed SYLLA est une perte pour la justice et le service public.
Paisse DIEU le Tout-Puissant, dans sa Miséricorde infinie, lui accorder le repos éternel.

Que la terre de Guinée, qu’il a servie avec dévouement, lui soit légère.
Adieu, Monsieur Mohamed SYLLA
Reposez en paix, Serviteur de la République !
Que DIEU vous accueille dans son Paradis éternel. Amen !
Je vous remercie !
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