La Cour suprême de Guinée, à travers le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, a organisé ce vendredi 11 septembre 2026 un symposium à la morgue de l’hôpital de l’Amitié sino-guinéenne, à la mémoire d’Elhadj Mohamed Sylla, magistrat et conseiller à la Cour suprême, décédé le 8 septembre 2026 à Conakry, à l’âge de 71 ans. La cérémonie a réuni des membres de la famille judiciaire, des représentants des autorités, des collègues, amis et proches du défunt, venus saluer la mémoire d’un homme dont la vie professionnelle a été largement consacrée au droit, à la justice et au service de l’État.

Prenant la parole, Alpha Saliou Barry, secrétaire exécutif du Conseil supérieur de la magistrature, a livré un témoignage particulièrement émouvant sur les relations professionnelles et amicales qui l’unissaient au défunt depuis 1991.
Près de 35 années durant lesquelles les deux hommes ont partagé les joies et les difficultés de la vie professionnelle, les préoccupations du service, les projets, mais aussi des moments de fraternité. Pour Alpha Saliou Barry, Mohamed Sylla était un homme dont la personnalité imposait naturellement le respect, notamment par son humanité, son accessibilité et sa simplicité.
Il a surtout insisté sur la loyauté de son collègue et ami.

« La loyauté était chez Mohamed Sylla bien plus qu’une qualité, c’était une manière d’être », a-t-il témoigné, soulignant sa fidélité à ses engagements, à ses amis et à ceux qui lui accordaient leur confiance.
Son sens de l’intérêt national a également été mis en avant. Selon Alpha Saliou Barry, Mohamed Sylla appartenait à cette catégorie d’hommes pour lesquels servir l’État signifiait contribuer à l’œuvre collective et placer l’intérêt général au-dessus des intérêts personnels.
« Au-delà du collègue, c’est donc l’ami que je pleure aujourd’hui », a-t-il déclaré, appelant à retenir de Mohamed Sylla le souvenir d’un homme loyal, profondément attaché à son pays, respectueux des autres et fidèle à ses convictions.
Morlaye Soumah, président par intérim de l’Association des magistrats de Guinée (AMG), a rendu hommage à celui que ses collègues appelaient affectueusement « doyen Mohamed Sylla ».
Pour lui, la disparition du magistrat constitue une perte importante pour la famille judiciaire guinéenne.

« La disparition d’un collègue magistrat n’est pas seulement la perte d’un serviteur de la justice », a-t-il relevé, évoquant également la disparition d’un compagnon de travail, d’un frère de vocation et d’un aîné avec lequel les magistrats ont partagé responsabilités, convictions et préoccupations.
Il a rappelé que Mohamed Sylla avait choisi de consacrer sa vie au service de la justice, une mission qu’il avait exercée avec sens du devoir, conscience de la responsabilité et respect des principes qui fondent la profession de magistrat.
Morlaye Soumah a également insisté sur les qualités humaines du défunt, notamment sa disponibilité et sa capacité à tisser des relations fraternelles avec ceux qui avaient travaillé à ses côtés.

S’adressant à la famille, il a assuré que celle-ci pouvait compter sur la solidarité de la communauté judiciaire. « La famille judiciaire est en deuil avec vous », a-t-il déclaré.

L’oraison funèbre a été lue par Yaya Kaïraba Kaba, ancien garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Elle a permis de retracer le riche parcours professionnel et humain de Mohamed Sylla.
Né en 1955 à Kindia, de feu Aboubacar et Bintia Bangoura, Mohamed Sylla était marié et père de 13 enfants. Sa carrière judiciaire avait débuté en janvier 1981 par un stage au Tribunal régional de Conakry 1. Il appartenait à la 15ᵉ promotion de l’Université guinéenne, dénommée « Maréchal Josip Broz Tito ». Il a ensuite exercé comme juge au Tribunal régional de Labé, avant d’être nommé président du Tribunal de Tougué.
En septembre 1984, il rejoignait la Cour d’Appel de Labé comme conseiller, avant de poursuivre son parcours au Tribunal de Mamou et à la Justice de Paix de Dalaba.
Entre 1990 et 1992, il bénéficia également d’une formation spécialisée en France, notamment à l’École nationale de la magistrature de Paris et de Bordeaux, à la Cour de cassation, au Conseil d’État et au Sénat. Il effectua également des stages pratiques dans plusieurs juridictions françaises.
Mais c’est surtout à partir de janvier 1993, avec sa nomination comme premier Agent judiciaire de l’État, que son expertise juridique allait prendre une dimension nationale et internationale. Dans cette fonction, il participa à la défense des intérêts de l’État guinéen dans d’importants contentieux nationaux et internationaux, notamment devant des instances arbitrales et juridictionnelles à Paris, en Italie et devant la Cour internationale de Justice de La Haye.
Son expérience lui permit également d’exercer comme conseiller juridique de la Présidence de la République, avec notamment des responsabilités liées aux relations avec les institutions républicaines. Il fut par ailleurs membre du Club des juristes et conseillers des chefs d’État.
Son parcours le conduisit ensuite aux fonctions d’inspecteur des services judiciaires et pénitentiaires, puis de directeur national adjoint des infrastructures judiciaires et pénitentiaires et de directeur national adjoint des affaires civiles et du Sceau. En 2021, il fut nommé directeur national des Affaires criminelles et des Grâces.
En 2025, il rejoignit enfin la Cour suprême de la République de Guinée en qualité de conseiller.
Au-delà de cette longue carrière, l’oraison funèbre a également insisté sur l’homme derrière le magistrat : un homme humble, serviable, accessible et sincère, qui privilégiait le respect, le dialogue et l’apaisement dans ses relations professionnelles et humaines.
Pour sa famille, Mohamed Sylla était avant tout un époux, un père et un pilier familial. Père de 13 enfants, il avait consacré une grande partie de son existence à leur éducation et à leur avenir.
L’oraison funèbre a rappelé que son véritable héritage ne résidait pas uniquement dans les fonctions exercées, mais également dans les valeurs transmises à ses enfants et à ses proches.

Sur le plan religieux, un hommage a également été rendu à sa foi. Dans cette douloureuse épreuve, l’oraison funèbre a appelé à s’en remettre à la volonté du Tout-Puissant, en rappelant cette parole du Saint Coran : « Toute âme goûtera la mort. »
Au nom de la famille, Hamidou Sylla, l’un des fils du défunt, a exprimé sa profonde gratitude aux autorités, aux membres du gouvernement, au ministère de la Justice, à la Cour suprême, aux associations COSAJ et COSAJBAIE, dont Mohamed Sylla était double membre fondateur, ainsi qu’à ses collègues, amis et à toutes les personnes venues lui rendre hommage.
Pour la famille, les témoignages entendus au cours de la cérémonie ont permis de redécouvrir leur père à travers le regard de ceux qui l’ont connu dans sa vie professionnelle et publique.

« Car pour beaucoup d’entre vous, il était magistrat, homme politique, collègue, serviteur de l’État. Mais pour nous, avant tous les titres, avant toutes les fonctions, il était simplement papa, notre cher père », a déclaré Hamidou Sylla.
Avec beaucoup d’émotion, il a évoqué les habitudes quotidiennes de son père : ses moments de réflexion avant la prière du Fajr, son attention à sa tenue vestimentaire, les petits-déjeuners préparés pour ses enfants et la question qu’il leur posait régulièrement avant de partir au travail : « Quels sont vos projets aujourd’hui ? »
Le fils du défunt a également raconté les petits gestes par lesquels Mohamed Sylla exprimait son affection. Il rentrait souvent le soir avec un sac rempli de fruits, de biscuits, de yaourts ou d’autres petites attentions destinées à chacun de ses enfants.

Il a aussi évoqué les nombreux messages que son père envoyait à ses enfants, souvent accompagnés de conseils, d’encouragements ou de mots de soutien.
« Papa était un homme de peu de mots, mais jamais des mots sans poids », a-t-il témoigné, avant d’évoquer avec émotion l’absence désormais laissée par ses appels, ses notes vocales et ses messages.

Représentant le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, le conseiller chargé des questions institutionnelles du ministère, N’Famara Jean Petit Camara, a invité l’assistance à voir dans cette cérémonie non seulement un moment de douleur, mais aussi une célébration de la vie de Mohamed Sylla.
S’appuyant sur l’intervention du représentant de l’Association des magistrats, il a estimé qu’il fallait « célébrer Mohamed Sylla », en rendant grâce à Dieu pour les années passées à ses côtés et pour les qualités humaines dont ses proches et collaborateurs ont pu bénéficier.
Très ému, il a livré plusieurs souvenirs personnels de sa relation avec le défunt, notamment une expérience vécue après son arrivée au ministère de la Justice en 2021, ainsi qu’une tournée de 22 jours au cours de laquelle Mohamed Sylla avait insisté pour qu’ils voyagent dans le même véhicule.

Évoquant l’affection que lui portait le défunt, N’Famara Jean Petit Camara a rapporté une confidence particulièrement personnelle de Mohamed Sylla : « N’famara, je t’ai connu tardivement, sinon je t’aurais donné une de mes filles. »
Pour lui, cette relation illustre l’humanité et la chaleur du défunt au-delà de ses fonctions officielles.
Il a appelé la famille et les proches à ne pas seulement pleurer une fin, mais à se réjouir d’avoir connu et partagé une partie de la vie de Mohamed Sylla.
Au nom du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, il a présenté les sincères condoléances du département à la famille éplorée, tout en priant Allah d’accorder au défunt Son pardon et Sa miséricorde.

Au terme de cette cérémonie d’hommage, la dépouille d’Elhadj Mohamed Sylla a été conduite ce vendredi au cimetière de Cameroun. Il a été inhumé après la grande prière de vendredi à la mosquée Fayçal.
Par Rama Fils, pour Lerenifleur224.com