Protection de l’enfance : le Procureur Spécial du Tribunal pour Enfants inspecte plusieurs centres d’accueil à Conakry

Dans le cadre du contrôle et du suivi des conditions de prise en charge des enfants vulnérables, le Procureur Spécial près le Tribunal pour Enfants de Conakry, Dr. Cé Avis Gamy, a effectué ce lundi une tournée d’inspection dans plusieurs centres d’accueil et orphelinats de la capitale et de sa périphérie. La délégation s’est notamment rendue à l’orphelinat Hakuna Matata, situé à Dabompa, à la Fondation Joseph Guilavogui à Bentourayah, dans la préfecture de Coyah, à l’orphelinat Les Précieux Soleils à Sonfonia Gare, au Centre des sans-abris et orphelins de Guinée (CASOG), à Yattayah Fossedet, ainsi qu’au siège de la Coalition Nationale des Albinos de Guinée (CNAG), à Sangoyah.

 

Cette mission a été menée avec l’appui et l’accompagnement de la Brigade spéciale de protection des personnes vulnérables (BSPPV) et de l’Office de Protection du Genre, de l’Enfance et des Mœurs (OPROGEM).

 

 

L’objectif de cette initiative, présentée comme inédite, était de s’enquérir des conditions réelles de fonctionnement des établissements d’accueil, de vérifier la légalité des procédures d’admission des enfants et d’identifier les éventuels besoins nécessitant un accompagnement institutionnel de l’État. Au cours de la tournée, la délégation a pu évaluer le quotidien des pensionnaires, la qualité des installations ainsi que le respect des normes légales régissant la prise en charge des enfants vulnérables.

À l’issue des visites, le Procureur Spécial, Dr. Cé Avis Gamy, a insisté sur la nécessité de renforcer les liens entre les structures d’accueil, les acteurs judiciaires et les pouvoirs publics.

 

« L’objectif de notre visite, c’est d’aller inspecter et toucher du doigt la réalité de tous les orphelinats de la ville de Conakry et les maisons d’accueil où se trouvent les enfants vulnérables […] d’aller sympathiser, constater ce qui se passe réellement », a-t-il expliqué.

Le magistrat s’est dit globalement satisfait des constats effectués, tout en relevant les difficultés financières auxquelles sont confrontées la plupart des structures visitées.

 

 

« Le constat est satisfaisant, d’autant plus que toutes ces personnes que nous avons rencontrées, toutes ces organisations évoluent sur la base de fonds propres […] Mais au-delà de ça, on a constaté également qu’il y a un problème de moyens à tous les niveaux. Ce qui veut dire que les gens ont besoin de l’assistance de l’État », a-t-il déclaré.

 

 

Il a, dans ce cadre, lancé un appel au ministère en charge de la Femme, de la Famille et de la Solidarité afin que davantage de soutien soit apporté à ces structures qui, selon lui, contribuent aux côtés de l’État à la protection des enfants vulnérables. Au-delà des conditions matérielles, la tournée a également permis de rappeler les exigences légales relatives à l’admission et au placement des mineurs dans les structures d’accueil.

Le Procureur Spécial a ainsi rappelé que les établissements doivent disposer d’une autorisation et que le placement d’un enfant doit être encadré par une ordonnance du Tribunal pour Enfants.

« La loi nous dit clairement : toute maison d’accueil, d’orphelinat qui reçoit les enfants doit bel et bien avoir une autorisation […] Le président du Tribunal pour Enfants doit bien évidemment établir une ordonnance de placement des enfants, et c’est au vu de cette ordonnance-là que les orphelinats doivent recevoir les enfants », a-t-il souligné.

Dr. Cé Avis Gamy a invité les responsables des centres à se rapprocher désormais du Tribunal pour Enfants afin de régulariser les procédures de placement.

« Dorénavant, nous demandons à tous les responsables de se référer au tribunal pour obtenir l’ordonnance de placement. C’est important parce que ça les couvre, ça les protège et ce qu’ils font doit être fait conformément à la loi », a-t-il ajouté.

Les responsables des structures visitées ont salué cette démarche des autorités judiciaires, tout en exposant les difficultés auxquelles ils font face au quotidien.

 

 

À l’orphelinat Hakuna Matata La Maison du Bonheur, Laurence Rouyer, fondatrice de la structure située dans la commune de Tombolia, accueille actuellement 90 enfants répartis dans quatre centres. Elle a apprécié le rapprochement avec les autorités et exprimé l’espoir de voir l’État renforcer son accompagnement.

 

« C’est la première année où je vois enfin des administrations s’intéresser à nous, de près, et prendre toute la mesure de ce travail. J’apprécie vraiment », s’est-elle réjouie.

Selon elle, les principales difficultés concernent notamment la prise en charge sanitaire, les médicaments, les factures d’électricité, les fournitures et tenues scolaires ainsi que l’alimentation. La visite a également permis, a-t-elle reconnu, de mieux comprendre certaines exigences administratives et juridiques auxquelles les structures doivent désormais se conformer.

« Cette visite nous montre qu’on a des erreurs à rectifier, nous étions très mal informés jusqu’à présent. Nous allons rectifier tout ça et marcher main dans la main », a-t-elle assuré.

 

 

À la Fondation Joshua  Guilavogui, qui accueille 26 enfants, le directeur exécutif, Kadouno Fara Vincent, a lui aussi salué la présence du Procureur Spécial, tout en plaidant pour une assistance régulière.

 

 

« Nous sommes très contents d’avoir reçu le Procureur Spécial du Tribunal pour Enfants dans nos locaux, car c’est une première de recevoir une autorité ici », a-t-il déclaré.

Il a particulièrement insisté sur les besoins alimentaires, éducatifs et sanitaires de la structure, dont une grande partie des dépenses est actuellement assumée sur fonds propres par le fondateur.

 

 

La Coordination des Orphelinats de Guinée, qui répertorie actuellement 29 orphelinats à travers le pays, considère cette tournée comme une opportunité de mieux structurer le secteur et de renforcer la régularisation administrative des établissements.

 

 

Son président et coordinateur national, Joseph Papus Tounkara, a salué la démarche du Procureur Spécial, estimant que la présence des autorités judiciaires auprès des centres constitue un signal encourageant.

 

« La visite de Monsieur le Procureur est pour nous une satisfaction. Lorsque des autorités judiciaires compétentes font le déplacement pour s’enquérir de la situation des enfants et de l’administration des centres, c’est très encourageant », a-t-il indiqué.

 

 

Il a toutefois rappelé que la majorité des orphelinats fonctionnent principalement sur des fonds propres et rencontrent des difficultés liées notamment au paiement des loyers, des factures d’électricité, à la scolarité et à l’alimentation. Face à l’absence de subventions régulières, il a appelé les autorités compétentes à apporter un appui technique et financier aux structures de protection de l’enfance.

 

 

Cette tournée d’inspection marque ainsi une nouvelle étape dans le contrôle et l’encadrement des centres d’accueil d’enfants vulnérables à Conakry. En combinant contrôle juridique, régularisation des procédures de placement et plaidoyer en faveur d’un meilleur accompagnement de l’État, le Procureur Spécial près le Tribunal pour Enfants entend contribuer à la mise en place d’un système de protection de l’enfance plus structuré, transparent et protecteur.

 

Par Rama Fils, pour Judicalex-gn.org