Justice guinéenne : Les mémoires d’Abdoulaye Djibril Diallo, grand reporter sur trois décennies de procès historiques
Dans une interview accordée à notre rédaction courant la semaine, Abdoulaye Djibril Diallo, aujourd’hui Directeur général du CFPTIC, s’est livré à une rétrospective captivante sur les grandes affaires judiciaires qui ont marqué la Guinée. Ancien grand reporter et témoin privilégié de ces audiences d’exception, il retrace plus de trente ans d’histoire judiciaire, du début des années 1990 au retentissant procès du 28 septembre.
Pour ce journaliste, la prise de conscience collective autour des grands scandales judiciaires remonte au début des années 1990 avec « l’affaire Ali Diallo ». Dépêché par sa rédaction pour couvrir l’événement, il se souvient du choc provoqué par ce tout premier cas de détournement de deniers publics étalé au grand jour.
À ce scandale financier succède un tournant sécuritaire majeur : le procès des gangs. Mettant en cause des figures criminelles tristement célèbres comme Denka Mansaré ou Mathias Lèno, cette procédure retentissante a, selon lui, subitement placé la Guinée sous le feu des projecteurs.
L’histoire judiciaire guinéenne s’est ensuite assombrie avec la mutinerie sanglante des 2 et 3 février 1996. Marquée par des tirs d’obus depuis le camp Alpha Yaya et le bombardement du palais présidentiel, cette tragédie a débouché sur le « procès des mutins ». Abdoulaye Djibril Diallo souligne notamment la prestation remarquable du colonel Sama Panival Bangoura, commissaire du gouvernement, qui avait su imposer sa maîtrise du droit au sein d’une cour militaire.
Le paysage judiciaire bascule plus tard dans une dimension purement politique avec l’arrestation d’Alpha Condé, alors opposant historique, lors du scrutin présidentiel de 1998. Un dossier emblématique qui illustre la judiciarisation des luttes de pouvoir dans le pays.
L’ère de la transition sous le capitaine Moussa Dadis Camara a été marquée par la lutte contre le narcotrafic. À une époque où la Guinée risquait de basculer dans le statut de narco-État, le « procès des narcos » a fait monter à la barre d’importantes figures publiques, dont l’ancien gouverneur de Conakry, M’Bemba Bangoura.
Quelques années plus tard, la justice s’emparait de l’attaque perpétrée contre le domicile du président Alpha Condé. Une affaire à haute tension impliquant des personnalités politiques de premier plan comme l’actuel Premier ministre Bah Oury et marquée par le rôle incisif du procureur Fernandez dans l’affaire AOB.
Cette fresque rétrospective s’achève sur le jugement des événements dramatiques du 28 septembre 2009. Organisé treize ans après les faits, ce dossier hors norme, qualifié de « procès du siècle » par la presse internationale, constitue selon l’ancien reporter le point d’orgue de décennies de rendez-vous judiciaires majeurs.
À travers cette traversée des archives de la justice guinéenne, le témoignage d’Abdoulaye Djibril Diallo offre un éclairage précieux sur les crises politiques, économiques et sociales qui ont façonné la nation. De la criminalité financière aux crimes d’État, ces grands procès ne racontent pas seulement l’histoire des tribunaux, mais écrivent, en filigrane, la mémoire collective et l’apprentissage démocratique de toute une nation.
À suivre…
Lerenifleur224.com