CRIEF : le dossier Badra Koné renvoyé en instruction, la défense dénonce une procédure « inadaptée »
La procédure judiciaire visant Badra Koné et ses coaccusés connaît un tournant majeur. Ce mercredi 28 avril 2026, après de longues passes d’armes entre la défense, la partie civile et le ministère public, la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a décidé de renvoyer le dossier en instruction. Une décision qui intervient alors même que l’ancien président de la délégation spéciale de Matam, principal mis en cause, avait entamé ses déclarations devant la barre. Poursuivi pour détournement de deniers publics, corruption et enrichissement illicite, Badra Koné rejette en bloc les accusations portées contre lui. Désormais, le parquet spécial devra saisir un juge d’instruction, chargé d’approfondir les investigations et de décider soit d’un renvoi en jugement, soit d’un non-lieu.
Réagissant à cette décision, l’avocat de la défense, Maître Lanciné Sylla, est longuement revenu sur les débats qui ont émaillé l’audience. Selon lui, la procédure engagée dès le départ par le parquet spécial posait problème.
« Depuis ce matin à 9h, nous sommes là dans le cadre d’une procédure de flagrants délits initiée pour des faits présumés de détournement de deniers publics, de blanchiment de capitaux, de corruption, de faux et usage de faux », a-t-il expliqué, rappelant que son client est également candidat aux élections communales prévues le 30 mai 2026. La défense affirme avoir soulevé un premier moyen tiré de la protection juridique accordée aux candidats en période électorale.
« La loi électorale interdit toute poursuite entre l’acquisition de la qualité de candidat et la proclamation des résultats, afin de garantir l’égalité des chances », a soutenu l’avocat. Un argument rejeté par la Cour, sans explication détaillée à ce stade, regrette-t-il.Maître Sylla indique également avoir contesté le recours à la procédure de flagrant délit, qu’il juge inadaptée à une affaire de nature économique et financière.
« Ce type de dossier, par sa complexité, exige des enquêtes approfondies et la saisine d’un cabinet d’instruction », a-t-il insisté, évoquant notamment un rapport de l’organe d’enquête recommandant des investigations supplémentaires et la désignation d’un auditeur.
Sur ce point, la Cour a finalement donné raison à la défense en ordonnant le renvoi du dossier au parquet spécial pour saisine de la chambre d’instruction. Une décision que l’avocat considère comme une reconnaissance implicite des insuffisances de la procédure initiale.Toutefois, Maître Sylla déplore plusieurs zones d’ombre, notamment sur les montants évoqués dans le dossier.
« Sur le procès-verbal de flagrant délit, il n’a jamais été question d’un quelconque montant. Et à la barre, on parle de 240 milliards. Nous nous interrogeons sur l’origine de ce chiffre », a-t-il déclaré, estimant que le dossier présenté devant la juridiction ne correspond pas aux éléments sur lesquels son client a été entendu.
Pour la défense, ce renvoi en instruction ouvre une nouvelle phase qui devra permettre de clarifier les faits et, selon elle, de démontrer l’inconsistance des accusations. De son côté, le parquet spécial est désormais attendu sur la suite à donner à cette affaire qui continue de susciter une vive attention, tant sur le plan judiciaire que politique.
Par Mimi Bangoura, pour Lerenifleur224.com