CRIEF / Charles Wright : « Personne, pas même un ministre, n’échappera à la CRIEF (…) La lutte contre la corruption s’appliquera à tous, sans exception »

Ce jeudi 9 avril 2026, la salle d’audience de la Cour d’appel de Conakry a servi de cadre à la cérémonie de passation de service entre Aly Touré, désormais premier président de la Cour d’appel de Conakry, et Alphonse Charles Wright, Procureur spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF). La cérémonie a été présidée par l’inspecteur général des services judiciaires et pénitentiaires, Sékou Ibrahima Camara, en présence de membres du cabinet du Garde des Sceaux, de plusieurs anciens ministres ainsi que de nombreux invités.

Dans une atmosphère solennelle, les interventions ont été marquées par un ton ferme et engagé, notamment sur la question de la lutte contre la corruption en République de Guinée. Prenant la parole, l’un des responsables judiciaires a dressé un constat sans équivoque

« La corruption, c’est un poison qui a beaucoup d’adeptes. Une pratique qui peut venir d’une seule personne, dite corruptrice, ou d’une autre, dite corrompue, ou même des deux. Elle est présente dans toutes les sphères : la justice, l’administration publique et privée. »

Insistant sur la gravité du phénomène, il a rappelé que la loi guinéenne sur la détection, la prévention et la répression de la corruption s’applique à tous les agents publics, sans distinction de rang ni de fonction. « À quelque degré que ce soit, cette loi doit s’appliquer dans toute sa rigueur », a-t-il martelé, citant les dispositions en vigueur.

Dans un discours à la fois déterminé et sans concession, il a également tenu à dissiper toute idée d’improvisation dans son action

« Il n’y a pas d’improvisation dans ce que je fais. Je sais où je vais, comment orienter les choses. » Revenant sur la création de la CRIEF en 2021, il a souligné qu’il s’agit d’une juridiction d’exception comparable à celles existant dans d’autres pays africains, tels que le Bénin ou le Sénégal, et adaptée aux réalités guinéennes.Le magistrat n’a pas hésité à pointer du doigt les dysfonctionnements internes du système judiciaire

« Pour obtenir une décision de justice, parfois, vous êtes obligé de payer. » Une déclaration forte qui illustre l’ampleur des défis à relever. Il a prévenu que nul ne sera épargné dans la lutte contre les infractions économiques et financières « Ne soyez pas surpris de voir un ministre ou même un magistrat comparaître devant la CRIEF. Personne ne sera au-dessus de la loi. »

Rejetant toute accusation de « chasse aux sorcières », il a défendu une démarche fondée sur la légalité et la transparence. « Je ne commence pas, je viens terminer ce qui a été engagé, dans le respect de la loi », a-t-il affirmé, appelant à une prise de conscience collective dans un contexte où la Guinée ambitionne de consolider son développement.

Dans cet élan d’exemplarité, il a annoncé son intention de déposer sa déclaration de biens dès le lundi suivant, conformément aux exigences légales.

« Je commencerai par moi-même. La loi est plus forte que nous tous. Nul n’est au-dessus de la loi », a-t-il conclu, lançant un appel à l’ensemble des magistrats à suivre cette voie.

À travers des discours fermes et des engagements concrets, les acteurs judiciaires ont réaffirmé leur volonté de lutter sans relâche contre la corruption. Plus qu’un simple changement de responsabilités, cette cérémonie apparaît comme un signal fort : celui d’une justice déterminée à se réformer de l’intérieur et à faire respecter, sans compromis, le principe fondamental selon lequel nul n’est au-dessus de la loi.

Par Rama Fils et Bountou Syl’a, pour Lerenifleur224.com