Modernisation et performances : le Tribunal de commerce de Conakry sous les projecteurs du Garde des Sceaux
En visite officielle au Tribunal de commerce de Conakry, le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory 2 Tounkara, a salué les avancées significatives réalisées par cette juridiction spécialisée. Cette étape s’inscrit dans une tournée plus large des institutions judiciaires placées sous son autorité, marquée par une volonté affichée de renforcer l’efficacité et la crédibilité du système judiciaire guinéen.
Accompagné de membres de son cabinet, de hauts cadres de son département ainsi que du Procureur général, le Garde des Sceaux a été accueilli par le président de la juridiction consulaire, Sékou Kandé. À cette occasion, une présentation détaillée des résultats et des ambitions du tribunal lui a été faite.

Dans son adresse de bienvenue, le président a dressé le bilan de l’année judiciaire 2025. Les chiffres témoignent d’une activité soutenue : 1 480 affaires ont été enrôlées et 1 362 décisions rendues, représentant un taux de traitement de 92,02 %. Parmi ces décisions figurent 370 recours, dont 331 appels, 5 oppositions ordinaires, 11 contredits et 23 oppositions à injonction de payer. Des résultats jugés « remarquables » par le président, qui n’a pas manqué de souligner les efforts consentis par les magistrats et le personnel judiciaire pour atteindre ces performances.
Au-delà des statistiques, la rencontre a permis d’aborder les défis structurels auxquels la juridiction reste confrontée. Le président a notamment insisté sur la nécessité de renforcer les capacités des magistrats et des greffiers, dans un contexte où le droit des affaires évolue rapidement, en particulier dans l’espace Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA). La formation continue apparaît ainsi comme un levier essentiel pour maintenir la compétitivité et la crédibilité de la juridiction.
L’amélioration des conditions de travail et la modernisation des outils figurent également parmi les priorités stratégiques. En 2026, le tribunal a bénéficié de l’appui de la Banque africaine de développement, qui a financé une mission d’immersion au Tribunal de commerce de Lomé, souvent cité comme une référence sous-régionale en matière de digitalisation des procédures.
Dans cette dynamique de réforme, la juridiction s’apprête à franchir une étape décisive avec le lancement de sa première plateforme numérique de gestion des procédures, développée en partenariat avec l’entreprise guinéenne JUDICALEX. Cette solution permettra aux usagers d’effectuer en ligne le dépôt et la réception de conclusions, d’accéder aux décisions de justice, ainsi que d’obtenir des actes du RCCM via paiement électronique, sans se déplacer. Déjà opérationnelle sur le plan technique, la plateforme intègre 2 744 décisions, dont 1 586 jugements et 1 158 ordonnances, et offrira un suivi en temps réel des dossiers en cours.
Prenant la parole, le ministre Ibrahima Sory 2 Tounkara a rappelé que cette tournée concernait également d’autres juridictions spécialisées, notamment le tribunal pour enfants, le tribunal du travail et le tribunal militaire. Partout, a-t-il souligné, le même impératif prévaut : celui de la responsabilité. Il a insisté sur les attentes élevées des citoyens à l’égard des magistrats, appelés à rendre la justice au nom du peuple.

Interrogé sur la création éventuelle d’une cour d’appel de commerce, le Garde des Sceaux a reconnu l’importance stratégique de ce chantier, indiquant que des réflexions seraient engagées prochainement afin de donner corps à ce projet structurant. Quant aux difficultés soulevées par les responsables de la juridiction, il s’est engagé à rechercher des solutions concertées et durables.
Cette visite ministérielle met en lumière une justice commerciale en pleine mutation. Entre performances chiffrées encourageantes et virage numérique assumé, le Tribunal de commerce de Conakry affirme son ambition de devenir un acteur clé de l’amélioration du climat des affaires en Guinée. À travers l’appui institutionnel et les réformes engagées, c’est toute la crédibilité du système judiciaire économique qui se trouve renforcée, au service des investisseurs, des entreprises et des justiciables.
Par Rama Fils, pour lereniffleur224.com