Lettre ouverte au Président de la République, Général Mamadi Doumbouya pour sa candidature à l’Election Présidentielle du 28 décembre 2025 (Par Alphonse Djekey Malomou, Politologue)
Monsieur le Président,
Comme tout citoyen guinéen, résidant en Guinée ou ailleurs, j’ai la responsabilité de m’exprimer sur les questions d’intérêt national des questions qui engagent l’avenir de notre chère Nation. Conscient de cette responsabilité, j’ai le devoir, voire l’obligation morale, de m’y investir pleinement. C’est pourquoi, après de longues réflexions et observations, j’ai décidé, en toute liberté, de vous adresser cette pétition.
Monsieur le Président, je vous demande humblement, en tant que citoyen guinéen, et conformément à l’article 45 de la nouvelle Constitution de 2025, de présenter votre candidature à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025.
Il ne s’agit pas seulement de vous, Monsieur le Président. Il s’agit de la jeunesse guinéenne, du peuple souverain de Guinée, qui vous interpelle, qui vous sollicite, et qui vous propose cette mission sur un plateau d’or. Ce n’est pas une simple requête, c’est une doléance nationale. Oui, Monsieur le Président, nous vous devons cela. Nous vous devons cette reconnaissance. Aujourd’hui, il est temps de vous rendre la monnaie de la pièce.
Pour rappel, s’il y a un point sur lequel la jeunesse guinéenne est aujourd’hui unanime, c’est que le 5 septembre 2021 a marqué un tournant décisif. Avant cette date, la République de Guinée était plongée dans un marasme profond : la corruption avait atteint son paroxysme, la migration irrégulière étranglait nos espoirs, et l’État était à bout de souffle.
Dans cet esprit, Dr Faya Lansana Millimouno déclarait, dans son discours du 2 octobre 2019 (paragraphe 4)
« Pire, le régime du Président Alpha Condé a institutionnalisé la corruption : les marchés d’État sont passés de gré à gré, en marge des normes en la matière. Les tenants du pouvoir puisent dans le trésor public comme s’il s’agissait de leurs comptes bancaires personnels. Les cadres guinéens compétents sont écartés de l’administration publique au profit des militants, souvent incompétents. Le régime s’évertue à déchirer le tissu national en opposant les Guinéens les uns aux autres, à travers l’instrumentalisation de la dynamique ethno-régionale ou de la partisannerie. Il piétine les principes fondamentaux de l’État et les valeurs cardinales de la République. Cet état de fait est à l’origine de la récente démission de cadres intègres ! »
Monsieur le Président, votre candidature n’est pas une ambition personnelle : elle est une attente collective, une exigence populaire. La jeunesse guinéenne, les populations rurales et urbaines, les travailleurs, les femmes et les anciens vous regardent avec espoir. La lourde responsabilité de porter haut les couleurs de notre Nation dans le concert des nations vous incombe désormais.
Pierre Bourdieu, l’un des pères fondateurs de la sociologie politique, soulignait
« Le champ politique a ses règles, ses épreuves et ses rites de passage propres, mais sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur est prégnante ; une de ses principales caractéristiques est qu’il dépend de la force mobilisatrice que ses agents exercent hors du champ. »
Aujourd’hui, la Guinée se trouve à un tournant historique. Vous nous avez montré, durant ces quatre dernières années, que ce sont les actes qui comptent en politique, et non les discours pompeux ni les débats stériles. Vous nous avez prouvé qu’il n’est pas nécessaire d’avoir étudié à Sciences Po ou de détenir un doctorat en économie pour transformer la vie d’un peuple. Il suffit d’agir avec sincérité et courage.
Albert Camus l’écrivait justement « En politique, il ne s’agit pas de faire de beaux laïus, de beaux discours. Ce qui compte, ce sont les actes. »
Monsieur le Président, nous nous souvenons encore qu’après les événements du 5 septembre 2021, toutes les composantes de la société la société civile, les partis politiques, les syndicats, les structures professionnelles, les jeunes, les personnes ressources, etc…. ont salué unanimement votre arrivée. Chacun, dans son plus beau costume, avec sincérité et sans ambiguïté, a pris acte de ce moment historique, en reconnaissant votre acte de bravoure et en vous exprimant leur disponibilité à vous suivre jusqu’à la dernière rive.
À titre illustratif, Dr Faya Lansana Millimouno déclarait, dans son discours de Nouvel An 2022 (paragraphe 6)
« Guinéennes et Guinéens, bien sûr, il va sans dire que toute forme de prise de pouvoir par la force armée est antinomique avec l’approche électorale qu’exige la démocratie. Toutefois, comme l’a dit l’ancien Président du Ghana, Jerry Rawlings, citation : “Lorsque le peuple est écrasé par ses dirigeants… il revient à l’armée de rendre au peuple sa liberté.” Fin de citation. C’est donc dans l’esprit de donner une nouvelle chance au pays, afin qu’il se dote d’un système de gouvernance démocratique et respectueux des droits et libertés, que le BL a pris acte de l’avènement du Comité National pour le Rassemblement et le Développement (CNRD) au pouvoir. »
Monsieur le Président, ne soyez pas étonné que ceux qui vous ont acclamé hier, ceux-là mêmes qui ont pris acte de votre arrivée avec ferveur, prennent également acte aujourd’hui, si vous décidez de présenter votre candidature à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025.
En conclusion, permettez-moi de partager un souvenir personnel. Lors du Programme National de Recensement Administratif à Vocation d’État Civil (PN-RAVEC), j’étais rapporteur dans mon centre d’enrôlement à Sangoyah Mosquée. Une dame âgée, d’environ 60 ans, venait de terminer son enrôlement. Je lui ai demandé
« Mama, enfin vous avez votre récépissé en main. Qu’est-ce que cela vous fait aujourd’hui ? »
Elle m’a répondu
« Ah, mon fils ! S’il y a un héritage qu’Ahmed Sékou Touré nous a légué, c’est l’indépendance.
S’il y a un héritage que le Général Lansana Conté nous a laissé, c’est l’économie libérale.
S’il y a un héritage que le professeur Alpha Condé nous a laissé, c’est la politique : il nous a appris à comprendre le jeu politique.
Et enfin, s’il y a un héritage que Doumbouya nous a légué, dont je suis fière aujourd’hui, c’est d’avoir fait de moi une Guinéenne. »
Surpris, je lui ai demandé « Comment cela ? »
Elle m’a répondu avec fierté
« Aujourd’hui, j’ai un identifiant unique et juridique. Mon petit-fils de 11 ans est enregistré dans le Registre National des Personnes Physiques. C’est énorme. C’est un véritable exploit. C’est plus qu’un projet de société. »
Je lui ai alors demandé
« Et si Doumbouya se présentait aux élections présidentielles ? »
Elle m’a répondu avec conviction
« Ah, mon fils ! Que veux-tu ? Je vais lui rendre la monnaie. Je ne suis pas ingrate. »
Respectueusement,
Alphonse Djekey MALOMOU
Politologue (au chômage)
Conseiller de quartier de Sangoyah Mosquée