Procès en appel à la CRIEF : « Kassory et Diané sont malades et mourants, ils doivent être libérés », s’insurge Me Sidiki Béreté
Ce jeudi 24 juillet 2025, le procès en appel des anciens ministres du régime déchu, Dr Ibrahima Kassory Fofana et Dr Mohamed Diané, a été une nouvelle fois renvoyé. La chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a fixé la prochaine audience au 09 octobre prochain, en raison d’une recomposition de la Cour.
Un renvoi de trop pour la défense, qui dénonce un acharnement judiciaire doublé d’un mépris des droits fondamentaux. Me Sidiki Béreté, avocat de Dr Kassory Fofana, n’a pas caché son indignation face à ce qu’il qualifie de déni de justice.
« C’est le cinquième renvoi aujourd’hui. Dr Kassory et Dr Diané sont malades et mourants. Ils doivent être libérés. C’est eux qui connaissent la vraie raison de ces renvois systématiques. Moi, je n’en parle pas. Les débats dans le dossier de Dr Diané étaient pourtant vers la fin, mais comme par hasard, on enlève un conseiller et on renvoie après les élections… sans justification. Les maintenir en prison dans cet état n’est pas normal. Le rapport médical le prouve, il est actualisé. Nous avons déposé une copie pour ne pas être comptables de cette histoire. Que Dieu nous sauve, mais c’est grave pour l’État de droit », a-t-il déclaré.
L’avocat va plus loin, accusant ouvertement la justice d’agir sous influence politique.
« Cette procédure est purement politique. Ce qui est inquiétant, c’est que la justice se laisse instrumentaliser. Ces juges exécutent des ordres, ça se voit. On réclame un jugement dans un délai raisonnable, une justice équitable et impartiale. Aujourd’hui, nos clients sont en prison sans procès. Cela prouve que la CRIEF est en dérive. Qu’on les juge ou qu’on les libère. On ne peut pas garder quelqu’un quatre ans en détention préventive sans jugement dans une république. »
Dans sa critique virulente, Me Béreté s’en prend également au ministère public, qu’il accuse de passivité.
« Le ministère public joue un rôle de marionnette. L’article 486 est clair : quand un prévenu est malade, la Cour peut se déplacer pour l’interroger. Actuellement, il n’y a même pas de magistrats en nombre suffisant pour constituer une composition valable. La composition est bancale. Comment peut-on juger dans ces conditions ? »
Dr Ibrahima Kassory Fofana, ancien Premier ministre, n’a jamais comparu devant la Cour. Le 27 février dernier, il a été condamné par la chambre du jugement à cinq ans de prison ferme et à une amende de 2 milliards de francs guinéens. Ses avoirs logés à la banque VistaGui ont été confisqués au profit de l’État. Il a également été condamné à verser 15 milliards de francs guinéens à titre principal, et 3 milliards de dommages et intérêts.
Dr Mohamed Diané, ancien ministre de la Défense, a quant à lui été condamné le 18 décembre 2024 à cinq ans d’emprisonnement, 5 milliards d’amende, et à 500 milliards de francs guinéens de dommages et intérêts. Ses biens immobiliers et comptes bancaires ont aussi été confisqués.
Alors que la santé des deux anciens dignitaires du régime Alpha Condé suscite l’inquiétude de leurs proches et avocats, la justice guinéenne peine à avancer dans leur procès en appel. À en croire la défense, le dossier est miné par des considérations politiques et un dysfonctionnement institutionnel qui jettent une ombre inquiétante sur l’indépendance de la CRIEF. En attendant, les deux hommes poursuivent leur détention dans un climat d’incertitude juridique.
Par Bountou Sylla, pour lerenifleur224.com