Dans ce mois béni de Ramadan, où la foi et la spiritualité devraient s’intensifier, certains transforment un acte sacré en un véritable spectacle. Ils arpentent les rues, caméras et téléphones en main, à la recherche des plus vulnérables, non pas pour les aider discrètement comme l’enseigne la religion, mais pour les exposer aux yeux du monde dans une mise en scène indécente de leur propre générosité.
L’Islam est clair : l’aumône (sadaqa) doit être donnée avec discrétion et humilité. Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) a enseigné que « la meilleure aumône est celle qui est donnée en secret », et que « la main gauche ne doit pas savoir ce que donne la main droite ». Mais aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux, l’esprit de cette parole semble s’être évanoui.
On voit défiler sur TikTok, Facebook, Instagram et YouTube des vidéos de prétendus bienfaiteurs distribuant du pain, du riz ou quelques billets de banque à des démunis en leur tendant un micro, capturant leurs larmes, leur souffrance et leur humilité dans des angles étudiés. Pire encore, des reportages entiers sont tournés, avec des mises en scène destinées à maximiser les vues et les likes, vidant totalement ces gestes de leur sens profond.
L’acte de donner ne devrait jamais se faire au détriment de la dignité humaine. Mais ces vidéos montrent souvent des personnes en situation de détresse, parfois honteuses, contraintes de tendre la main sous l’objectif d’une caméra. Leur douleur devient une marchandise, leur pauvreté un outil de communication, et leur gratitude un argument pour embellir l’image du donneur.
Imagine-t-on un instant que ces personnes aient réellement le choix ? Dans leur détresse, elles acceptent cette mise en scène pour un repas ou quelques pièces, sans comprendre que leur visage sera vu par des milliers, voire des millions d’internautes. Ce n’est plus de la générosité, mais de l’exploitation pure et simple.
Le plus révoltant est que ces mêmes personnes, qui s’exhibent en bienfaiteurs sous les projecteurs, oublient souvent que la véritable pénitence du Ramadan ne réside pas seulement dans l’aumône, mais aussi dans la purification de l’âme. Quelle est la valeur d’un don si son but ultime est l’auto-glorification ? Où est la sincérité lorsque l’aide aux démunis devient une scène orchestrée pour le buzz ?
D’autant plus que ces donneurs des réseaux sociaux ne sont pas toujours les plus vertueux dans leur quotidien. Ils cherchent à se faire passer pour des modèles de bonté le temps d’un mois, avant de replonger dans leurs habitudes d’indifférence une fois les caméras éteintes et le Ramadan terminé.
À ceux qui veulent vraiment aider, il est temps de comprendre que la charité ne se monnaye pas en likes ni en abonnés. Elle doit être faite avec humilité, loin des projecteurs et des caméras, avec pour seule intention la satisfaction de Dieu et non celle du public.
Les démunis ne sont ni des objets de spectacle ni des instruments pour embellir une image sur les réseaux. Ils méritent du respect, de la considération et de l’aide réelle, non pas un moment de gloire éphémère au profit de ceux qui cherchent à nourrir leur ego sous couvert de bienveillance.
Le Ramadan est un mois de sincérité, pas de mise en scène. Un mois de pénitence, pas d’opportunisme. Un mois où l’on donne par amour de Dieu, non pour récolter des applaudissements virtuels.
Ibrahima sory keita
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