BGDA / Moussa Logique Fofana : Le Réformateur Silencieux qui Réveille les Droits d’Auteur en Guinée

Un homme, une mission, un défi colossal

 

Dans l’ombre des grands bouleversements politiques et sociaux qui agitent la Guinée en cette période de transition, un homme discret s’est vu confier une mission titanesque : redonner vie à un secteur culturel trop longtemps relégué au second plan. Le 21 janvier 2025, il prend officiellement les rênes du Bureau Guinéen du droit d’Auteur – BGDA, cet organisme stratégique chargé de protéger les créateurs et de faire résonner leurs voix dans un pays où l’art, malgré sa richesse, peine encore à nourrir ses artisans. Juriste aguerri et ancien conseiller au Ministère de la Culture, il n’est pas un inconnu dans les arcanes du pouvoir culturel guinéen. Pourtant, son arrivée à la tête du BGDA soulève une question essentielle : et si cet homme au profil sobre, porté par une promesse de réformes, était celui qui allait enfin changer la donne pour les artistes guinéens ?

 

À peine un mois après son installation, les contours de son action restent flous pour le grand public. Mais dans les coulisses, un vent de renouveau semble souffler. Sur cette image, un responsable au bureau même à 22h. Entre espoirs naissants et défis écrasants, je puis dire qu’il incarne une énigme fascinante : celle d’un réformateur silencieux dont les premiers pas pourraient dessiner l’avenir culturel de la Guinée. Cette tribune se propose de questionner l’univers de cet homme et de son institution, pour explorer ce qu’il représente, ce qu’il promet, et ce qu’il pourrait accomplir.

 

Un BGDA à la croisée des chemins

 

Le BGDA n’est pas une institution comme les autres. Établissement public créé pour défendre les droits des auteurs, interprètes, éditeurs et producteurs, il incarne un pont entre le génie créatif guinéen et sa juste reconnaissance. Pourtant, son histoire est marquée par des décennies d’errance : une lutte acharnée contre la piraterie qui inonde les rues de Conakry, des redevances mal perçues ou mal redistribuées, et une méfiance tenace des artistes envers une structure souvent perçue comme inefficace. Sous la direction de Michel Théo Lamah, son prédécesseur, des efforts louables ont été entrepris – vulgarisation de la loi 0028 de 2019 sur la propriété intellectuelle, délivrance de cartes d’assurance aux créateurs, couverture accrue des usagers dans le Grand Conakry. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, seuls 800 millions de francs guinéens ont été mobilisés pour les droits d’auteur, une goutte d’eau face aux besoins d’un secteur où des milliers d’artistes survivent dans la précarité.

 

C’est dans ce contexte que je durais urgent qu’il arrive, héritant d’un BGDA à la croisée des chemins. La Guinée de 2025, sous la transition dirigée par le Général Mamadi Doumbouya, aspire à redorer son blason culturel, jadis porté par des figures comme Camara Laye ou les Ballets Africains. Mais pour y parvenir, il faudra plus qu’un héritage symbolique : il faudra une révolution structurelle. «Logique» comme connu sous sobriquet, avec son passé de juriste et sa connaissance intime des rouages administratifs, semble taillé pour ce défi. Reste à savoir s’il saura transformer cette institution en un véritable champ moderne, celui qui non seulement apporter assistance aux artistes, mais leur assure une vie digne.

 

L’intensité d’un départ prometteur

 

Un mois, c’est peu pour juger un homme. Mais dans son cas, ce court laps de temps révèle une intensité qui ne passe pas inaperçue. Lors de son discours d’investiture, il a planté le décor avec un accent empreint d’espoir : « Cette nomination n’est pas seulement un honneur personnel, mais une reconnaissance du travail acharné de tous ceux qui œuvrent pour la promotion et la protection des droits d’auteur dans notre pays ». Ces mots ne sont pas anodins. Ils traduisent une volonté de rupture avec le statu quo, une ambition de faire du BGDA un outil de justice sociale au service des créateurs.

 

Depuis son arrivée, il s’est attelé à une tâche aussi ingrate qu’essentielle : évaluer l’état des lieux. Si les détails de ses premières actions restent peu médiatisés, on peut raisonnablement supposer qu’il a lancé un audit interne – finances, organisation, ressources humaines – pour poser les bases de ses réformes. Ses années comme conseiller juridique au Ministère de la Culture lui ont sans doute appris l’importance de la méthode : pas de grands discours sans un diagnostic précis. Dans les couloirs du BGDA, on murmure qu’il multiplie les réunions avec les cadres et les délégués, qu’il consulte les artistes pour comprendre leurs attentes. Cette approche, silencieuse mais déterminée, fait de lui un marathonien discret, un architecte patient qui prépare le terrain Si son action est encore à ses prémices, les germes d’une révolution se dessinent déjà à travers les promesses qu’il porte. Lors de son installation, il a évoqué des « réformes en faveur de la famille de la culture guinéenne ». Quelles pourraient-elles être ? Son profil de juriste offre des pistes. D’abord, la digitalisation, un chantier urgent dans un BGDA encore englué dans des pratiques archaïques. Imaginez un registre numérique des œuvres, accessible aux artistes et aux usagers, couplé à un système de paiement des redevances par carte Visa ou mobile money – une innovation amorcée sous Lamah, mais qu’il pourrait porter à son apogée. Ensuite, la lutte contre la piraterie, ce fléau qui gangrène le secteur. Avec son réseau au ministère et son expertise légale, il pourrait renforcer les partenariats avec la douane et les forces de l’ordre pour saisir les contrefaçons et sanctionner les contrevenants.

 

Il ne s’arrêtera pas là. Il pourrait aussi viser une vulgarisation accrue des droits d’auteur, en s’inspirant de modèles comme la SACEM au Sénégal ou la SABAM en Belgique. Des campagnes nationales, des ateliers dans les régions de Kindia, Labé ou Nzérékoré, pour que chaque artiste, du griot rural au rappeur urbain, connaisse ses droits et sache les faire valoir. Enfin, une ambition plus audacieuse encore : positionner la Guinée sur l’échiquier international en renforçant les liens avec la CISAC, pour que les œuvres guinéennes rapportent des royalties à l’étranger. Ces innovations, si elles se concrétisent, transformeraient les artistes en véritables acteurs économiques, brisant le cycle de la précarité.

 

Un réseau au service de la cause

 

Non ! Il ne part pas de zéro. Il dispose d’un atout précieux : un réseau solide, forgé au fil de ses années au Ministère de la Culture. Son lien direct avec le ministre Moussa Moïse Sylla, qui l’a soutenu lors de son installation, est un levier politique de poids. Ce tandem pourrait débloquer des fonds, accélérer des réformes législatives ou mobiliser l’État pour faire du BGDA une priorité nationale. Au sein de l’institution, il s’appuie sur le Conseil d’Administration, présidé par Sékouba Diakité – un homme dont le dynamisme a déjà permis des avancées comme la remise des droits en novembre 2024. Ensemble, ils forment une équipe capable de conjuguer vision stratégique et exécution pragmatique.

 

Sur la scène régionale et internationale, Fofana a l’opportunité de tisser des alliances. La Guinée, membre de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI), pourrait sous son impulsion devenir un modèle en Afrique de l’Ouest. Des partenariats avec des homologues comme le Bureau Sénégalais du Droit d’Auteur ou des institutions globales comme la CISAC offriraient au BGDA des outils techniques et financiers pour moderniser ses pratiques. Homme de dialogue, Fofana semble taillé pour fédérer artistes, pouvoirs publics et partenaires étrangers autour d’une cause commune : faire de la culture guinéenne une richesse partagée.

 

L’espoir d’un tournant historique

 

M. Fofana n’a pas encore dévoilé toutes ses cartes. Un mois après son installation, il reste une figure énigmatique, un réformateur dont les ambitions se mesurent davantage dans ses silences que dans ses déclarations. Pourtant, ce premier acte laisse entrevoir un homme animé par une conviction profonde : celle que les créateurs guinéens méritent mieux qu’un système qui les oublie. Son défi est immense : transformer une institution bancale en un pilier de justice culturelle, dans un pays où l’urgence économique éclipse souvent les aspirations artistiques.

 

Mais l’histoire nous enseigne que les grands tournants naissent parfois de figures discrètes. Gandhi, Mandela, Sankara : ces hommes ont prouvé que la persévérance et la vision pouvaient renverser des montagnes. Il n’est pas encore à leur hauteur, mais il porte en lui l’étoffe d’un bâtisseur. La Guinée, riche de son passé culturel, attend de lui qu’il ranime la flamme d’une créativité trop longtemps étouffée. La suite dépendra de sa ténacité, de son audace, et de notre soutien collectif. Car, comme aimait le dire Thomas Sankara, « seule la lutte libère » – et cette lutte, il semble prêt à la mener, pas à pas, pour que les griots, les poètes et les musiciens de Guinée retrouvent leur voix, leur droit, leur dignité.

 

 

 

Par un Observateur Indépendant