Kankan : le ministre de la Justice ibrahima Sory II Tounkara, dénonce les abus financiers et exige plus de transparence au tribunal
En déplacement au Tribunal de première instance (TPI) de Kankan, ce vendredi 9 octobre 2026, le ministre de la Justice et des Droits de l’homme a dénoncé plusieurs dysfonctionnements dans le traitement des affaires judiciaires. Face aux magistrats et aux officiers de police judiciaire (OPJ), le Garde des Sceaux a notamment fustigé les frais de transport judiciaire jugés excessifs, les pratiques d’intermédiation illégale et les lenteurs dans le traitement des dossiers. Il a appelé les responsables de la juridiction à prendre des mesures immédiates pour assainir le fonctionnement du service public de la justice.

Au cours de cette rencontre, le ministre a particulièrement insisté sur les sommes exorbitantes parfois exigées aux citoyens pour les déplacements liés aux procédures judiciaires. Selon lui, ces pratiques constituent une charge injustifiée pour les justiciables, notamment les plus démunis, qui peinent déjà à accéder aux services judiciaires.

« On ne peut pas fixer, par exemple, les frais pour 500 mètres et demander 5 millions, voire 20 millions, aux pauvres justiciables. Ce n’est pas normal. Il faut qu’on arrête », a-t-il déclaré avec fermeté. Le ministre a également prévenu que les responsables du tribunal seraient tenus pour responsables si ces abus continuaient.
Pour mettre un terme à ces pratiques, le Garde des Sceaux a exigé davantage de transparence dans la fixation et la communication des frais liés aux prestations judiciaires et administratives. Il a ainsi demandé que les tarifs officiels des actes, notamment les casiers judiciaires, les certificats de nationalité, les jugements supplétifs, les actes d’état civil et les expéditions de décisions, soient affichés de manière visible dans l’enceinte du tribunal. Cette mesure doit permettre aux usagers de connaître à l’avance le coût réel des démarches qu’ils souhaitent entreprendre et de mieux se prémunir contre d’éventuelles surfacturations. Le ministre a instruit la hiérarchie de la juridiction de veiller à ce que les chefs de greffe procèdent à l’affichage systématique des grilles tarifaires, conformément aux dispositions fixées par arrêté conjoint avec le ministère des Finances.
« Vous allez demander aux chefs de greffe d’afficher ça un peu partout ici, à la porte, à l’entrée et dans tous les endroits visibles du tribunal, pour que ceux qui viennent demander ces actes sachent effectivement combien coûte un certificat de nationalité, un casier judiciaire, une expédition », a-t-il précisé.
Le ministre a, par ailleurs, dénoncé la présence de démarcheurs et d’intermédiaires non autorisés aux abords du tribunal. Ces derniers sont accusés de profiter des difficultés des usagers pour leur soutirer de l’argent en échange de démarches qui devraient être effectuées dans le respect des procédures officielles. À ce sujet, il a appelé les responsables de la juridiction à renforcer leur vigilance et à mettre fin à ces pratiques.
« Quand on met un franc dessus, c’est une arnaque… Vous êtes le premier responsable de ce tribunal, vous devez veiller », a-t-il lancé à l’endroit de la présidence du tribunal, insistant sur la responsabilité de la hiérarchie dans la prévention de tels agissements.
Au-delà de la question des frais judiciaires, le Garde des Sceaux a rappelé aux magistrats et aux officiers de police judiciaire les exigences liées à l’exercice de leurs fonctions. Il les a exhortés à faire preuve de professionnalisme, à respecter les délais impartis pour le traitement des dossiers et à veiller à l’application effective des décisions de justice.
Insistant sur le caractère républicain de l’institution judiciaire, le ministre a rappelé que la justice doit être rendue dans l’intérêt de tous les citoyens et dans le strict respect des lois. « La justice est rendue au nom d’un peuple. La justice n’est pas rendue pour un juge. Un juge ne peut pas s’asseoir et faire comme il veut, penser comme il veut », a-t-il martelé, appelant ainsi les acteurs judiciaires à faire de l’impartialité et du respect des textes les principes directeurs de leur action.
À travers ces instructions, le ministre de la Justice et des Droits de l’homme entend renforcer la transparence, l’intégrité et l’efficacité au sein du Tribunal de première instance de Kankan. L’affichage des tarifs officiels, la lutte contre les intermédiaires illégaux et le respect des délais judiciaires figurent parmi les principales mesures mises en avant lors de cette visite.

Les responsables de la juridiction sont désormais appelés à veiller à l’application de ces directives, dans le but de faciliter l’accès des citoyens à la justice et de consolider la confiance des usagers envers l’institution judiciaire.
Par Rama Fils, depuis Kankan, pour Lerenifleur224.com