Des coups de feu ont retenti mardi 29 septembre 2026 aux alentours de 17 heures à proximité de la Maison centrale de Kankan, dans le quartier Gare. L’incident est intervenu alors que des agents de sécurité se trouvaient dans l’établissement pénitentiaire pour procéder au transfert d’un détenu vers la prison civile de Kindia.
La présence d’un important dispositif sécuritaire, composé notamment de militaires et d’agents de la Brigade anti-criminalité (BAC 23), avait suscité des interrogations chez les riverains. Face aux nombreuses réactions provoquées par ces détonations, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Kankan, Ibrahima 1 Camara, a apporté des explications ce mercredi 30 septembre lors d’un point de presse .
Selon le parquet, l’intervention faisait suite à une décision du procureur général près la cour d’appel. Un détenu condamné aurait été identifié comme présentant un risque pour la sécurité de la Maison centrale, justifiant son transfert vers Kindia.
Lors de son point de presse, Ibrahima 1 Camara a d’abord tenu à clarifier les raisons de cette intervention :
« Hier, beaucoup d’entre vous nous ont appelés pour nous dire qu’ils ont entendu des coups de feu à la maison centrale. Il faut qu’on en parle. Parce que si on garde le silence, ça va donner lieu à plusieurs interprétations »
Le procureur explique que le transfert concernait un détenu condamné dont le maintien à Kankan aurait été jugé problématique au regard de son comportement ou de son niveau de dangerosité.
« En tant que procureur de la République, il y a le procureur général de la cour d’appel qui, suivant des informations, a estimé qu’il y a une personne à la maison centrale, un condamné, qui constitue de nos jours un danger pour la sécurité de cette maison de détention »
Une équipe de la BAC aurait alors été dépêchée sur place afin d’exécuter la décision de transfert.
« La BAC était arrivée hier pour exécuter cette mesure du monsieur le procureur général. Lorsque la BAC est rentrée dans la cour, puisque l’intéressé était dans les cales, quand on les faisait sortir, je ne sais pas quelle manœuvre il a faite, les détenus se sont révoltés pour dire qu’ils ne partent pas »
L’opposition des détenus aurait conduit les forces de sécurité à effectuer des tirs de sommation. Pour le procureur, cette intervention visait essentiellement à éviter une escalade de la situation.
« Pour empêcher le pire, on fait des tirs de sommation. Voilà, on a fait des tirs de sommation pour les empêcher, en tout cas pour que le pire n’arrive »
Ibrahima 1 Camara précise par ailleurs qu’il ne s’agissait pas, selon lui, d’une opération visant à provoquer des troubles au sein de la Maison centrale, mais de l’exécution d’une décision judiciaire.
« Il n’y avait rien de grave. C’est quelqu’un qui devait être transféré à Kindia. C’est un condamné. Mais vous savez, dans notre politique pénale, lorsqu’on constate que vous êtes condamné, il y a plusieurs condamnés là-bas, mais vous représentez un danger, on vous envoie dans un endroit où votre dangerosité n’est pas plus menaçante »
Si le parquet présente les faits comme une opération de transfert ayant rencontré une résistance, une source anonyme ayant contacté notre rédaction mardi soir donne une version différente.
D’après cette source, les agents venus sur place auraient plutôt cherché à emmener le chef de cour de la Maison centrale, sans que la destination ne soit clairement communiquée aux détenus.
« Souvent, des militaires encagoulés viennent prendre des détenus ici pour les envoyer dans des endroits inconnus. Aujourd’hui, c’est le chef de cour qu’ils étaient venus prendre pour une destination inconnue. Nous nous sommes opposés parce que nous avons aussi des droits. Il n’a rien fait de mal, donc nous ne savons pas pourquoi ils voulaient l’embarquer »
Selon cette même source, le refus des détenus aurait été suivi de coups de feu tirés à l’extérieur de la cour.
« Suite à notre refus, ils ont fait des tirs de sommation à l’extérieur de la cour. Personne n’a été blessé. Honnêtement, nous ne savons pas si ce sont des policiers ou des militaires, ils étaient encagoulés »
Malgré la résistance rapportée au cours de l’opération, le transfert a finalement été effectué. Le procureur de la République assure que la situation est revenue au calme après l’intervention.
« C’était ça seulement. Tout est rentré en ordre et lui, il a été transféré comme ça a été décidé >>
Aucune victime n’a été signalée à la suite des tirs de sommation. Les versions du parquet et de la source anonyme divergent toutefois sur l’identité du détenu concerné et sur les circonstances exactes ayant conduit à l’intervention des forces de sécurité.
Par Kadija Kolou condé pour lerenifleur224.com