Rivalités, injures et diffamations entre fans d’artistes : le BGDA et la Direction Générale des Spectacles annoncent un durcissement des mesures
Le Bureau guinéen du droit d’auteur (BGDA) et la Direction Générale des Spectacles (DGS) ont conjointement animé, ce lundi 21 septembre 2026, une conférence de presse au siège du BGDA, dans le quartier Minière, commune de Dixinn. Organisée sur instruction du ministre de la Culture, Moussa Moïse Sylla, cette rencontre avait pour objectif de mettre en garde contre les dérives observées ces dernières semaines entre communautés de fans d’artistes guinéens, notamment celles se réclamant d’Azaya Boos et du Patronnat.

Selon les responsables du BGDA et de la DGS, la rivalité artistique, qui devrait normalement se limiter à la création et à la compétition musicale, tend désormais à prendre une tournure préoccupante. Injures, moqueries humiliantes, menaces, provocations et attaques visant parfois les familles sont notamment pointées du doigt.
Dans son intervention, le directeur général du BGDA, Moussa Fofana, a d’abord tenu à préciser que la conférence ne constituait pas une mise en accusation des artistes concernés.

« Cette conférence est un avertissement public, et elle vaut pour tous », a-t-il déclaré, avant de rappeler que plusieurs ensembles de règles peuvent s’appliquer simultanément aux faits constatés.
Il a notamment cité la loi L/2019/0028/AN du 7 juin 2019 relative à la propriété littéraire et artistique, la réglementation du spectacle vivant ainsi que le Code pénal guinéen, qui encadre notamment les faits d’injure, de diffamation, de menace, de harcèlement en ligne et d’atteinte à la vie privée.Le responsable du BGDA a également insisté sur la distinction entre la liberté artistique et les comportements susceptibles de tomber sous le coup de la loi.

« Le droit d’auteur protège les œuvres. Il ne protège pas les insultes », a-t-il rappelé, soulignant qu’une chanson, une mélodie, un texte, une chorégraphie ou une vidéo bénéficient de la protection du droit d’auteur, contrairement aux propos injurieux ou aux contenus destinés à humilier une personne.
Moussa Fofana a par ailleurs évoqué le droit moral de l’auteur, consacré par l’article 11 de la loi L/2019/0028/AN. Selon lui, l’utilisation ou la transformation d’une œuvre dans le but de ridiculiser son auteur ou de l’opposer à un autre artiste peut également soulever des questions liées au respect de ce droit.
Face à la multiplication des querelles sur les réseaux sociaux, le BGDA annonce plusieurs mesures. L’institution entend notamment recevoir et instruire les plaintes des auteurs et producteurs dont les œuvres seraient détournées dans le cadre de ces conflits. Des mises en demeure pourraient également être adressées aux pages, chaînes et comptes qui exploiteraient sans autorisation des œuvres du répertoire national à des fins de dénigrement.
Le BGDA prévoit en outre de travailler avec les plateformes et opérateurs concernés pour favoriser le retrait de contenus contrefaisants signalés. Des séances de sensibilisation sur le droit moral et la responsabilité des community managers devraient également être organisées avec l‘UNAMGUI.
Prenant la parole à son tour, le Directeur Général Adjoint de l’Agence Guinéenne de Spectacles (AGS), Aboubacar Diallo, a rappelé que l’encadrement du spectacle vivant relève désormais directement de la Direction Générale des Spectacles, sous l’autorité du ministère de la Culture. Pour lui, l’autorisation administrative d’organiser un spectacle ne constitue pas un permis permettant de tenir n’importe quel propos.

« L’autorisation est un droit d’exercer, pas un permis de tout dire »,
a-t-il martelé.
La DGS entend désormais renforcer les conditions imposées aux promoteurs et aux artistes dans le cadre des demandes d’autorisation. Parmi les mesures annoncées figurent l’engagement écrit des promoteurs et des artistes principaux à s’abstenir de propos injurieux, discriminatoires ou susceptibles d’attiser l’hostilité entre groupes de fans. Un dispositif de sécurité adapté au niveau de risque de chaque événement devra également être prévu, avec une coordination préalable avec les services compétents. La DGS envisage par ailleurs de refuser, suspendre ou retirer une autorisation lorsque la communication d’un événement repose sur la provocation ou la confrontation avec un autre artiste.
En cas de pratiques persistantes, une suspension, voire un retrait de licence, pourrait être proposé au ministre de la Culture. Les faits susceptibles de recevoir une qualification pénale pourront également être transmis au procureur de la République.
Aboubacar Diallo a également appelé les artistes et leurs équipes à mesurer les conséquences de leurs prises de parole publiques. Selon lui, les tensions entre communautés de fans peuvent exposer les promoteurs à des risques commerciaux, juridiques et humains. La DGS rappelle notamment que les promoteurs, diffuseurs et exploitants de lieux ont une responsabilité dans le déroulement des manifestations qu’ils organisent, depuis leur communication jusqu’à la gestion du public et du service d’ordre.
Les autorités ont ainsi insisté sur la nécessité de préserver les spectacles comme des espaces consacrés à la musique et à la création, plutôt que de les transformer en lieux d’affrontement entre communautés de fans.
À travers cette sortie conjointe, le BGDA et la Direction Générale des Spectacles entendent rappeler que la compétition entre artistes fait partie de la vie culturelle, mais qu’elle doit rester encadrée par la loi. Les deux institutions appellent ainsi les artistes, promoteurs, managers, community managers et communautés de fans à privilégier le respect et la responsabilité.

Pour les autorités culturelles, la défense de la création artistique ne peut être dissociée du respect des droits d’autrui et du maintien de l’ordre public. Le message lancé ce lundi est donc clair : la rivalité peut nourrir la création, mais elle ne doit pas se transformer en injures, menaces ou affrontements. « La Direction Générale des Spectacles n’est pas une instance de censure », a rappelé Aboubacar Diallo, « elle exige seulement que le spectacle reste un spectacle. »
Par Rama Fils, pour Lerenifleur224.com