Massacre de Zogota : quatorze ans après, les familles des victimes réclament toujours justice. 

Zogota, 4 août 2026, Quatorze ans après le massacre de Zogota, dans la préfecture de N’Zérékoré, les familles des victimes continuent de réclamer vérité, justice et réparation. Ce mardi 4 août, une journée de prières et de recueillement a été organisée autour de la tombe des victimes pour honorer leur mémoire et rappeler que les attentes des survivants restent, jusqu’à ce jour, sans réponse.

 

 

Dans ce village du sud-est de la Guinée, l’émotion demeure vive. Le drame survenu dans la nuit du 3 au 4 août 2012 a profondément marqué les habitants. À l’occasion de cette commémoration, proches des victimes, ressortissants de Zogota et défenseurs des droits humains se sont réunis pour rendre hommage aux disparus et renouveler leur appel à la justice.

L’un des avocats des parties civiles, Maître Pépé Antoine Lamah, est revenu sur les circonstances de cette tragédie et sur le long combat judiciaire engagé depuis quatorze ans.

Selon lui, des forces de défense et de sécurité avaient fait irruption dans le village au cours de cette nuit, ouvrant le feu sur les habitants alors qu’ils dormaient. L’attaque avait coûté la vie à plusieurs citoyens, fait de nombreux blessés et entraîné des arrestations ainsi que des détentions arbitraires.

L’avocat rappelle qu’une plainte avait été déposée devant le tribunal de première instance compétent et qu’une ordonnance de transmission avait été prise en vue de la saisine de la juridiction criminelle. Cependant, il déplore que la procédure n’ait jamais abouti.

« Nous ne savons même pas où se trouve ce dossier », regrette-t-il.

 

 

Face à cette situation, les victimes ont saisi la Cour de justice de la CEDEAO, qui a condamné l’État guinéen pour manquement à ses obligations communautaires. Malgré cette décision, Maître Lamah affirme que les victimes n’ont toujours pas bénéficié des indemnisations prévues et qu’aucune procédure n’a permis de juger les auteurs présumés des faits.

Il appelle ainsi les autorités guinéennes à mettre en œuvre la décision de la juridiction communautaire.

« Nous implorons les autorités politiques de s’impliquer afin que les 3,6 milliards de francs alloués par la Cour de justice de la CEDEAO aux victimes soient effectivement versés et que les auteurs de cette atrocité répondent enfin de leurs actes devant la justice », a-t-il déclaré l’avocat.

Cette année, la commémoration a été marquée par une forte mobilisation des ressortissants de Zogota venus de plusieurs localités du pays.

Membre de la commission d’organisation et proche des victimes, Thomas Kolié évoque une participation sans précédent.

Selon lui, le village a accueilli un nombre exceptionnel de participants venus prendre part aux prières et au recueillement organisés en mémoire des disparus.

Il estime que cette mobilisation traduit le profond sentiment d’injustice ressenti par les familles, quatorze ans après les faits.

« Les ressortissants sont venus de tous les horizons pour exprimer leur ras-le-bol. Depuis quatorze ans, aucun membre du gouvernement n’a exécuté la décision de la Cour de justice de la CEDEAO », déplore-t-il.

Pour Thomas Kolié, les familles n’attendent qu’une chose : que justice soit rendue.

« Elles veulent connaître les responsables de la mort de leurs proches, entendre des excuses de l’État et bénéficier de la réparation prévue. Tant que cela ne sera pas fait, elles continueront d’attendre l’exécution de cette décision », conclut-il.

Quatorze ans après le massacre de Zogota, les plaies restent ouvertes. Entre devoir de mémoire et quête de justice, les familles des victimes espèrent toujours que les décisions judiciaires seront enfin appliquées et que les responsabilités seront établies.

 

Par Mimi Bangoura, pour Lerenifleur224.com