1995-Procès des gangs : Quand le journalisme d’investigation à la RTG faisait plier le grand banditisme en Guinée

Au milieu des années 1990, la Guinée traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire sécuritaire. La capitale et ses périphéries vibrent sous la menace constante du grand banditisme. Braquages à main armée, cambriolages et assassinats ciblés  dont celui de M. Sow, attribué au redoutable Tamba Toundoufédouno, alias « Mathias Léno »  rythment le quotidien des citoyens. Dès la tombée de la nuit, la peur paralyse les rues. Pour beaucoup, le doute s’installe : l’État semble dépassé, et des rumeurs d’infiltration par des mercenaires étrangers circulent.

C’est dans ce climat de crise qu’Abdoulaye Djibril Diallo, alors grand-reporter à la Radiodiffusion Télévision Guinéenne (RTG) et aujourd’hui Directeur Général du Centre de Formation et de Perfectionnement en Techniques de l’Information et de la Communication (CFPTIC), décide de briser l’omerta.

Convaincue que le silence nourrit l’insécurité, la rédaction de la RTG fait le choix du journalisme de vérité. En décembre 1994, Abdoulaye Djibril Diallo lance la rubrique « Les Nuits Folles », informant quotidiennement les citoyens des crimes perpétrés. Une prise de risque majeure à l’époque : accuser la presse d’être « anti-système » devient un réflexe pour le pouvoir central, peu enclin à voir l’insécurité étalée à l’antenne nationale.

Le point d’orgue de cette confrontation survient lors d’un micro-trottoir réalisé par le doyen Amadou Batouly Diallo, dans lequel un citoyen pointe directement la responsabilité du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Alseny René Gomez. En dépit de la sensibilité du sujet et des réticences hiérarchiques, la rédaction fait bloc et diffuse le reportage aux éditions phares de la journée.

Contre toute attente, la réponse politique ne sera pas répressive. Dès le lendemain, le ministre Alseny René Gomez se déplace en personne dans les locaux de la RTG. Loin de sanctionner les journalistes, il salue leur courage et leur rôle de garde-fou républicain :

 

« Vous m’avez interpellé par rapport à mes responsabilités. J’ai aimé. Je ferai mon travail et je vous demande votre accompagnement. »

Cet acte républicain marque un tournant décisif. Les opérations de police et de gendarmerie s’intensifient sous la conduite du commandant Daouda, de l’Escadron n°3 de Matam. Sous la pression combinée des forces de l’ordre, du travail d’investigation de la RTG et des dénonciations citoyennes, la peur change de camp. Les ténors du crime Yadi Touré, Mathias Léno, Dinka Mansaré, Papa Sangaré ou encore Agbolo  tombent les uns après les autres.

 

 

L’arrestation des criminels ouvre la voie à un événement judiciaire historique : le grand procès des gangs. Chaque soir, la Guinée entière s’immobilise devant le petit écran pour suivre les comptes-rendus d’Abdoulaye Djibril Diallo et de feu son confrère Abdoulaye Akass Sylla.

Conduit par un tandem marquant  le magistrat Doura Chérif à la présidence et le procureur Alphonse Aboly au ministère public, ce procès public et contradictoire offre un spectacle saisissant tout en garantissant les droits de la défense, assurés par de grands noms du barreau guinéen tels que Maîtres Boubacar Sow, Sampil et Kassory Bangoura. Le verdict tombera avec la condamnation à mort et l’exécution de six chefs de gang.

Plus de trente ans après ces événements, Abdoulaye Djibril Diallo porte un regard fier sur cet épisode marquant. En osant documenter le réel, la RTG a non seulement incité les pouvoirs publics à réagir et à restaurer l’autorité de l’État, mais elle a aussi démontré le rôle crucial du journalisme dans la consolidation de l’État de droit en Guinée.

 

 

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