Abdoulaye Wade, ancien président du Sénégal: 100 ans et une vie hors normes

De la prison à la gloire, Abdoulaye Wade a tout connu. Résumer cent ans de sa vie, c’est impossible, tant il a changé de casquette et dribblé tous ses adversaires par ses multiples volte-face. Mais de sa naissance mystérieuse à la libération de son fils Karim. Aujourd’hui sur huit dates, huit moments décisifs où l’homme a fendu l’armure et montré sa vraie nature, qui est hors du commun.

Officiellement, le futur président du Sénégal a vu le jour le 29 mai 1926 à Saint-Louis. Son père était un riche commerçant de Kébémer, dans le nord du pays. C’était aussi un ancien tirailleur sénégalais. Mais est-ce sa vraie date de naissance ? Les historiens sont partagés, car Abdoulaye Wade lui-même a confié un jour qu’enfant, à Saint-Louis, il avait couru derrière le cheval d’Ahmadou Bamba. Or, comme le fondateur de la confrérie des Mourides est mort en juillet 1927, ça ne colle pas ! « Maintenant que vous n’avez plus d’ambition électorale, vous pouvez nous dire quel âge vous avez ? », l’interpelle Jeune Afrique en mai 2014. Réponse :

« J’ai 87 ans. Mais admettons que j’en aie 90 : et après ? Je suis en bonne santé. Mon père est mort à 101 ans, il a fait la Grande Guerre. Ma grand-mère est morte à 121 ans. Dans ma famille, on connaît la longévité. Mais je suis musulman, je sais que je peux partir à tout moment. Je sais que j’ai fait tellement de bien sur la terre que j’irai au paradis ».

Après de solides études à l’école Duval de Saint-Louis et à l’école William Ponty près de Dakar, le jeune Abdoulaye décroche une bourse pour le lycée Condorcet, à Paris, où il passe son bac en 1950. Mathématiques, physique, droit, sciences économiques, lettres… Le brillant jeune homme collectionne les diplômes dans les facultés de la Sorbonne, de Besançon, Dijon et Grenoble. À Besançon, où il est avocat stagiaire, il séduit une femme mariée, une jolie blonde aux yeux bleus du nom de Viviane Vert. Elle lui donnera deux enfants, Karim et Sindiély.

Jeune avocat, Me Wade commence à s’engager en politique. À Paris, il entre au bureau national de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) – la pépinière des futurs hommes d’État du continent (Alpha Condé, Ibrahim Boubacar Keita, Bob Akitani, Laurent Gbagbo, etc). Toujours à Paris, le jeune avocat anticolonialiste adhère au Collectif des défenseurs des combattants algériens du Front de libération nationale (FLN). Et à Dakar, où il est nommé avocat-défenseur près la cour d’appel et les tribunaux de l’A.O.F. (Afrique occidentale française) dès mai 1958, deux ans avant l’indépendance, il se taille vite une réputation de ténor des salles d’audience.

En décembre 1962, le Sénégal connait une crise ouverte entre le président et le Premier ministre. Déjà ! Léopold Sédar Senghor fait arrêter Mamadou Dia, qui est traduit devant une Haute Cour de justice pour « tentative de coup d’État ». Me Wade est l’un de ses défenseurs. En mai 1963, il ne parvient pas à empêcher la condamnation de Mamadou Dia à la prison à perpétuité. Plus d’un demi-siècle plus tard, il confiera à Jeune Afrique avoir été « très malheureux » de n’avoir pas pu lui éviter cette condamnation « injuste et très sévère ». Pour lui, Mamadou Dia n’avait en effet jamais voulu faire un coup d’État.

Tout commence en 1973. Depuis onze ans, Senghor gouverne sans partage. Malgré les appels à la clémence de la part du pape, de Jean-Paul Sartre et de François Mitterrand, Mamadou Dia est toujours en prison. Le Sénégal est sous l’emprise d’un parti unique, l’Union progressiste sénégalaise (UPS). C’est le moment où Abdoulaye Wade, avec quatre compatriotes, initie le « Manifeste des 200 », qui, sans critiquer le gouvernement, veut faire des propositions pour une meilleure gouvernance.

En mars 1974, Senghor se décide enfin à gracier et à libérer Dia, son ancien Premier ministre. En juin 1974, le président sénégalais se rend en Somalie pour assister à un sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Première ruse : Wade se fait inviter à Mogadiscio comme expert, afin de soumettre aux chefs d’État du continent un rapport sur les conditions pour créer une monnaie africaine. Deuxième ruse : Wade se présente à l’hôtel où loge Senghor – il n’aurait jamais réussi à franchir tous les barrages à l’entrée du palais à Dakar – et réussit à se faire introduire dans la suite présidentielle… avec l’aide de Moustapha Niasse, directeur de cabinet de Senghor et futur Premier ministre de Wade. Troisième ruse : Wade demande à Senghor l’autorisation de créer un parti… non pas d’opposition, mais « de contribution ».

Nous y reviendrons…

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