Dernière minuite : vaste opération d’interpellation de mineurs dans les rues de la capitale, après 22 heures

Le Procureur spécial du Tribunal pour enfants de Conakry a lancé, tard dans la nuit du vendredi 22 mai 2026, une vaste opération dénommée « Zéro enfant dans les rues ». Cette initiative vise à interpeller tous les mineurs retrouvés dans les lieux publics après 22 heures. Le Procureur spécial Cé Avis Gamy a conduit cette opération avec l’appui du Service central de protection des personnes vulnérables de Belle-Vue, de l’Office pour la Protection du Genre, de l’Enfance et des Mœurs (OPROGEM), ainsi que des agents du PSI de Ratoma.

Le coup d’envoi de cette première opération du genre a été donné à 22h50 au siège du Service central de protection des personnes vulnérables de Belle-Vue, en direction de l’axe Belle-Vue–Lambangny. Au rond-point d’Hamdallaye, une première vague d’une douzaine de mineurs a été interpellée avant d’être conduite au commissariat central de Ratoma. Plusieurs parents y ont rejoint leurs enfants afin d’être entendus dans le cadre de procès-verbaux établissant les circonstances ayant conduit à ces interpellations.

De Ratoma à Lambangny, les forces de l’ordre ont procédé à de nombreuses autres interpellations dans des boîtes de nuit, notamment des chicha lounges, dans les rues de Kipé-centre Émetteurs pour des cas de mendicité nocturne, mais également aux abords des débarcadères de Nongo où certains mineurs auraient été trouvés en possession de stupéfiants. Des enfants venus de Mauritanie figureraient également parmi les personnes interpellées, selon les informations recueillies sur place. Plusieurs mineurs ont aussi été arrêtés dans des cérémonies festives organisées sur des places publiques au-delà de minuit. Ce second groupe a été conduit au commissariat de Kaporo-Rail pour des fins d’enquête.

À l’issue de cette descente, le Procureur spécial Cé Avis Gamy s’est exprimé devant la presse afin de justifier cette opération et annoncer les suites judiciaires envisagées.

« Il faut se dire que le constat, il est très amer sur le terrain. D’autant plus que le résultat en dit long. Parce que, imaginez des petits enfants de 5 ans, de 10 ans, de 12 ans, qui doivent être au lit et qui se retrouvent à la belle étoile, tard la nuit. Et c’est vraiment regrettable. C’est vraiment regrettable, et l’endroit même où les enfants se trouvaient n’est pas un endroit ou ne sont pas des endroits propices pour leur développement harmonieux. Ce ne sont pas des endroits qui puissent permettre à ces enfants vraiment d’évoluer convenablement. Donc ce constat, il est vraiment amer. Et nous estimons avec force et certitude qu’il y aura zéro enfant dans la rue de Conakry parce qu’il nous faut vraiment lutter efficacement contre ce phénomène qui est en train ou qui gangrène notre société. Les enfants, leur milieu à tard la nuit, ce n’est pas la rue, c’est la maison, c’est les lits, vivant au lit des parents. »

Le magistrat a également insisté sur les responsabilités pénales qui pourraient découler de certaines situations observées au cours de l’opération.

« Il faut se dire, celui qui a été interpellé en possession de stupéfiants, il sera mis devant sa responsabilité. En ce qui concerne les enfants interpellés, comme on l’a toujours dit, ce sont les parents qui sont dans notre viseur. Parce que ce sont eux qui manquent à leur obligation de veiller, de protéger les enfants. Donc alors, tous ceux qui ont été interpellés et dont les parents sont présents, seront entendus sur procès-verbal comme on l’a commencé d’ailleurs à Kaloum. Ceux qui n’ont pas de parents, les parents vont venir, c’est obligatoire. Et la procédure sera faite en bonne et due forme. Elle sera déférée devant les juridictions compétentes, et nous allons tirer toutes les conséquences de droit liées à cela. »

Le procureur a annoncé que des procédures judiciaires seront engagées dans les prochains jours.

« Les prochains jours, il y aura effectivement une suite, hein, une suite judiciaire. Et je crois que vous, les journalistes, même vous serez sur les lieux et vous allez couvrir ces différents procès qui se tiendront dans les différentes juridictions de Conakry. »

Concernant les sanctions prévues par la loi, Cé Avis Gamy a rappelé la fermeté du législateur en matière de protection de l’enfance.

«  Il faut dire que les peines varient, hein. Les peines varient selon les cas. Quand vous prenez par exemple le cas de l’exploitation économique, la peine varie de 1 à 3 mois d’emprisonnement avec une lourde amende qui peut varier de 1 million à 3 millions, 5 millions, etc. Donc ça dépend de la gravité.Quand vous prenez par exemple les gens qui exploitent l’enfant pour des fins de mendicité également, le législateur est très sévère par rapport à ces cas d’espèce. Donc, et les enfants qui sont abandonnés à eux-mêmes dans la nature également, les enfants non accompagnés, là également, le législateur est très, très rigoureux sur cette question. »

Le magistrat a enfin indiqué que cette campagne vise avant tout à sensibiliser les parents sur leur responsabilité dans la protection des enfants.

«  Cette interpellation vise à lancer un message tolérance zéro, comme pour dire que les parents doivent s’occuper des enfants. Les parents doivent garder jalousement et soigneusement les enfants (…)  tous les enfants qui ont été interpellés, les parents ont répondu. Les parents ont été entendus sur procès-verbal et, à date, ces parents sont déférés, ils sont à la maison centrale. »

C’est les parents qui seront jugés par rapport aux faits ou les enfants ?

« Oui, c’est effectivement, c’est les parents. » Réponds le magistrat et d’ajouter

« Les enfants subissent juste la négligence des parents qui ont manqué à leur obligation, bien entendu. (…) nous demandons humblement à l’État de mettre suffisamment de moyens à notre disposition, parce que cette action est une action républicaine. Cette action s’inscrit en droite ligne avec quand même la politique générale du gouvernement en termes de lutte contre la délinquance juvénile dans notre pays. Donc, avoir des moyens suffisants pour pouvoir renforcer le système et, de façon permanente, nous permettra vraiment d’atteindre l’objectif. Et au-delà de ça, il faut se dire que les parents doivent jouer un rôle fondamental. Nous sommes, par exemple, en pleurs de la grande fête de la Tabaski, et à Conakry et sur toute l’étendue du territoire. Et comme vous le savez, par le passé, il y a toujours des cas d’enfants égarés, ceci cela. Donc, je crois qu’à travers ces actions que nous allons continuer à mener ou ce que nous avons commencé, les parents pourront tirer des leçons de cela et chacun pourra garder jalousement son enfant à la maison. Car chaque enfant constitue, comme on aime le dire, l’ambassadeur de sa famille, parce que ces enfants constituent le futur de la Guinée. Nous devons tout mettre en œuvre pour assurer leur protection. »

À travers cette opération inédite, les autorités judiciaires entendent renforcer la lutte contre la délinquance juvénile et la présence des mineurs dans les rues de Conakry à des heures tardives. Si cette initiative marque un tournant dans la protection des enfants, elle met également en lumière la responsabilité des parents dans l’encadrement et la sécurité des mineurs. Les prochains jours devraient être marqués par l’ouverture de procédures judiciaires annoncées par le parquet spécialisé.

Par Rama fils, pour lerenifleur224.com