La coordination N’ko Semba a organisé, à la bibliothèque Lancinet Williams Sassine de Kankan, la célébration en différé du 77ᵉ anniversaire de l’alphabet N’ko. Cette rencontre a mobilisé des acteurs du monde éducatif, culturel et des passionnés de cette écriture africaine.

Prenant la parole, le coordinateur de N’ko Semba, Bassabati Sidibé, a expliqué les objectifs de cette rencontre :
« Nous avons appelé les gens pour leur rappeler la célébration en différé de l’écriture N’ko. Pendant cette rencontre, nous avons parlé du tableau de Mendeleïev en N’ko. Nous avons aussi évoqué Solomana Kanté en tant que savant. Enfin, nous avons expliqué aux participants comment valoriser nos langues. Quand on considère le monde entier, le N’ko fait partie des langues vivantes. Il est en train de prendre une dimension internationale et beaucoup de choses se font en N’ko » , a-t-il déclaré.
Il a également formulé une doléance à l’endroit des autorités :
« Ce que nous voulons que le gouvernement fasse pour nous, c’est d’intégrer la langue et l’écriture N’ko dans le système éducatif guinéen. »
Marraine de l’événement, Mme Fatoumata Bamba, enseignante-chercheuse à l’université Julius Nyerere de Kankan, a exprimé sa satisfaction face au parcours du N’ko depuis sa création :

« J’ai des sentiments de satisfaction et de fierté, parce que si vous voyez le parcours que le N’ko a traversé de 1949 jusqu’à maintenant, cela signifie que cette lutte valait vraiment la peine. Le professeur Solomana Kanté a pensé à un jour comme aujourd’hui. Les conférenciers ont expliqué que la création du N’ko fait suite à des propos malveillants d’un journaliste qui affirmait que les Africains ne disposaient pas de leur propre écriture. C’est dans cette dynamique que Solomana Kanté a décidé d’inventer une écriture africaine. Aujourd’hui, cette écriture, à travers la langue mandingue, est étudiée partout dans le monde et permet d’enseigner toutes les disciplines. »
Elle a insisté sur le rôle des langues nationales dans le développement du continent :
« Si nous étudions dans notre langue, nous pouvons aller plus loin et avancer. Le développement tant souhaité en Afrique est possible si nous apprenons dans nos langues. Toutes les grandes nations qui se sont développées dans les domaines technologique, scientifique, culturel et littéraire l’ont fait en étudiant dans leur propre langue. Quand on étudie dans sa langue, on apprend mieux et on comprend mieux. Cela favorise les inventions et la compétitivité à l’échelle internationale. »
Mme Bamba a enfin félicité les organisateurs et salué les efforts des autorités guinéennes :
« Je félicite et j’encourage les organisateurs à continuer à se battre. Je remercie également le Président de la République pour les efforts consentis dans la valorisation de l’écriture N’ko comme langue officielle en Guinée. »
De son côté, Sory Mandenka Kaba, promoteur de l’alphabet N’ko et écrivain, est revenu sur l’origine et la portée de cette écriture

« Nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer le 77ᵉ anniversaire de la création de l’alphabet N’ko. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il a été créé le 14 avril 1949 à Bingerville, en Côte d’Ivoire, par Solomana Kanté. Le mois d’avril est donc un mois sacré pour tous les N’kophones et pour les Africains. Aujourd’hui, notre gouvernement a engagé des actions pour promouvoir nos langues. Le 17 avril 2021, le Président Mamadi Doumbouya a pris un décret visant à valoriser les langues nationales et à traduire les communications officielles. Il a notamment cité le N’ko, l’Adlam et le Kourésèbèli. C’est un grand pas en avant, car sans nos langues, l’Afrique ne peut pas se développer. On ne peut pas faire de la science, de la technique ou de la technologie dans une langue étrangère. »
Cette célébration en différé a permis de réaffirmer l’importance du N’ko comme outil de transmission du savoir et levier de développement pour l’Afrique, tout en appelant à une meilleure intégration des langues nationales dans le système éducatif guinéen.
Kankan Kadija Kolou condé pour lerenifleur224.com