Symposium d’Elhadj Mamadou Sylla / L’adieu chargé d’émotion de Boubacar Yacine Diallo : « Sanakou, tu t’en vas »
Conakry a vécu, ce dimanche 19 avril 2026, un moment de profonde émotion. Au , un symposium a été organisé à la mémoire de l’honorable , leader de l’ et ancien chef de file de l’opposition parlementaire, décédé le jeudi 16 avril à l’aube à son domicile de Dixinn-Bora des suites d’une crise cardiaque.
Parmi les nombreuses personnalités présentes, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC) a livré un témoignage poignant, empreint de souvenirs personnels et d’une profonde reconnaissance envers le défunt. Dans une allocution marquée par l’émotion, il a tenu à partager, sans détour, la nature de ses relations avec celui qu’il appelait affectueusement “Sanakou”.
<< J’ai hésité jusqu’au moment où j’ai entendu l’honorable Sorelle parler d’intimité. Parce que mes relations avec Mamadou Sylla « Sanakou » ont été des relations d’amitié. Souffrez donc que j’en dise quelques mots.Lorsqu’en 2000, j’ai démissionné de mes fonctions de Directeur Général de l’Office de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne, j’étais un peu comme un pestiféré. Personne n’osait s’approcher de moi, que mon frère Guirassy. Il a osé s’approcher de moi et je lui ai dit qu’il prenait beaucoup de risques.>>
Poursuivant son témoignage, Boubacar Yacine Diallo a relaté leur première rencontre, facilitée par des proches, ainsi que l’impact décisif de Mamadou Sylla sur sa vie professionnelle à un moment critique.
<< Un jour, le jeune Baïlo Diallo, qui gérait la Fondation Lansana Conté, s’est rendu chez moi. Il m’a dit : « Grand frère, Mamadou Sylla veut te voir ». Je lui ai dit : « Non, mais je ne connais pas Mamadou Sylla ». Il m’a dit : « Non, il veut te voir, il me prie de te conduire chez lui à Dixinn Bora ». J’ai systématiquement refusé. Il a insisté, et un jour, il m’a pris, nous avons été à Dixinn Bora. Je me souviens comme aujourd’hui, Mamadou Sylla était assis dans son fauteuil avec un chapelet d’un demi-kilomètre, tout noir. Et j’ai eu l’impression qu’il m’amenait chez un marabout. Et puis, il m’a dit : « Sanakou viens, assieds-toi à côté de moi ». Et je me suis assis. Il dit : « Tu sais pourquoi je t’ai appelé ? » Je lui ai dit non. Il a dit : « J’ai compris dans l’entourage du Président que tout le monde a peur de te fréquenter. J’ai appris que tu as créé une petite société de communication et que tu as un petit journal de publicité.>>
Dans la suite de son intervention, il a mis en lumière un geste fort de solidarité qui, selon lui, a marqué un tournant décisif dans sa carrière.
<< il a appelé son oncle Dembo, qui était le directeur qui est dans cette salle, et il lui a dit : « Dembo, tous nos marchés de publicité, tu les remettras à Yacine pour son agence de communication ». Et lorsque les premiers produits, à l’époque ils vendaient des antennes paraboliques et des fleurs, des graines de fleurs, quand le premier dépliant est sorti avec la publicité de Mamadou Sylla, tous les hommes d’affaires ont rempli mon petit bureau. Chacun voulait y souscrire. Il m’a donc relevé.>>
Évoquant d’autres souvenirs, le président de la HAC a souligné le patriotisme et la générosité du défunt, notamment lors des tensions sécuritaires aux frontières du pays.
<< Premier témoignage. Deuxième témoignage : en 2000, lorsqu’il y a eu la rébellion au long de la frontière, un jour que j’étais venu pour qu’il me paie ma facture de 5 millions, il m’a dit : « Sanakou, tu attendras deux jours ». Et il m’a révélé qu’il avait amené des véhicules militaires et qu’il avait fait distribuer le long de la frontière, à ses frais. Et je lui ai dit : « Mais Sanakou, et si l’État ne te remboursait pas ? » Il dit : « Ce serait ma contribution à la nation, dont chacun de nous a le devoir de préserver ».Et bien plus tard, quand il est devenu sous-ministre et député, il a été avec Sansy Kaba en voyage en Europe, et il m’a appelé, il dit : « Sanakou, je veux que tu viennes à la dédicace de mon livre ». Je lui ai dit : « Tu as écrit ? » Il m’a dit oui. Je dis : « Dans quelle langue, en arabe ? » Il m’a dit : « En bien, en français ».Et je lui ai raconté qu’en 1996 déjà, j’avais sorti mon premier livre chez L’Harmattan à Paris. Il m’a dit qu’il ne le savait pas. J’ai dit : « Donc je suis l’un des anciens de l’Harmattan ».>>
Enfin, dans un dernier hommage empreint de spiritualité, il a salué la mémoire de son ami disparu.
<< À l’époque, l’Harmattan Guinée n’existait pas. Et je l’ai encouragé à écrire, et je lui ai recommandé Sansy comme un jeune compétent, honnête et sérieux. Et je lui ai dit que s’il prenait les traces de Sansy, il s’en sortirait bien, et je suis heureux de savoir qu’il m’a plus que servi.Sanakou, tu t’en vas. Je demande simplement à Dieu qu’il te mette dans la poche du prophète où que celui-ci se trouve. Je n’ai pas de doute, c’est le meilleur endroit du monde. Paix à ton âme. Amen. >>

À travers ce témoignage sincère et chargé d’émotion, Boubacar Yacine Diallo a dressé le portrait d’un homme généreux, solidaire et profondément attaché à son pays. Ce symposium aura ainsi permis de rappeler, au-delà du parcours politique de Mamadou Sylla, l’empreinte humaine qu’il laisse derrière lui dans la mémoire collective guinéenne.
Par Rama Fils, depuis le Palais du Peuple pour Lerenifleur224.com